Yémen: l’ONU espère une trêve pour éloigner la menace de famine

Le négociateur rebelle houthi Abdelkader Mourtada (g) et Askar Zaeel, négociateur gouvernemental pour l'échange de prisonniers, se serrent la main lors des consultations sur le Yémen sous l'égide de l'ONU, le 11 décembre 2018 à Stockholm. (POOL/AFP / Claudio BRESCIANI)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Le négociateur rebelle houthi Abdelkader Mourtada (g) et Askar Zaeel, négociateur gouvernemental pour l’échange de prisonniers, se serrent la main lors des consultations sur le Yémen sous l’égide de l’ONU, le 11 décembre 2018 à Stockholm. (POOL/AFP / Claudio BRESCIANI)

À quelques heures de la clôture de consultations de paix sur le Yémen, les médiateurs onusiens espéraient toujours mercredi arracher aux belligérants une trêve cruciale pour l’aide humanitaire dans un pays au bord de la famine.


Mise à jour 12/12/2018, 20h32

Pendant ce temps, le Sénat américain a envoyé un nouvel avertissement mercredi à Donald Trump et à l’Arabie saoudite en autorisant la tenue d’un vote sur une résolution qui veut interdire tout soutien militaire à Riyad dans la guerre au Yémen.

L’indignation face au rôle de Riyad dans la guerre civile au Yémen mais aussi le meurtre de Jamal Khashoggi reste toutefois très vive, y compris chez les républicains. Elle pourrait mener à l’adoption dans les prochains jours d’une mesure distincte, accusant le prince héritier Mohammed ben Salmane d’être directement impliqué dans la mort du journaliste saoudien.

L’envoyé spécial des Nations unies, le Britannique Martin Griffiths, les négociateurs du gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, soutenu par l’Arabie saoudite, et ceux des rebelles houthis, appuyés par l’Iran, sont réunis depuis une semaine en Suède.

Ils cherchent un accord sur une désescalade militaire, après quatre ans de guerre où des combats éprouvent durement les populations civiles, pilonnées et menacées de famine, et qui ont provoqué la pire crise humanitaire du monde, selon l’ONU.

Martin Griffiths a remis mercredi aux belligérants réunis à Rimbo, localité rurale près de Stockholm, une batterie de propositions sur plusieurs dossiers clés.

Ces propositions portent sur un « cadre politique » en vue d’un règlement du conflit, la réouverture de l’aéroport de la capitale Sanaa, aux mains des rebelles mais fermé depuis trois ans, le redressement de l’économie et la situation du port de Hodeida (ouest), où la coalition progouvernementale mène une offensive pour déloger les insurgés.

« Nous avons pris en compte tous les commentaires des deux parties et nous espérons recevoir des réponses positives », a assuré un responsable de l’ONU sous couvert d’anonymat.

De nouvelles séances de négociations doivent se dérouler en janvier. Le chef du Conseil révolutionnaire suprême des rebelles, Mohammed Ali al-Houthi, a proposé mercredi que ces prochaines discussions se tiennent à Sanaa.

Un délégué rebelle a évoqué mercredi soir à l’AFP l’imminence d’un compromis à propos de l’aéroport de Sanaa, fermé depuis environ trois ans. Les Houthis tiennent l’aéroport mais la coalition progouvernementale garde la maîtrise du trafic aérien.

Avant de repartir vers Sanaa, les avions en provenance de l’étranger seraient fouillés à Aden ou Sayoun, deux villes sous contrôle gouvernemental, pour empêcher notamment l’entrée illégale d’armes.

« En l’état, les fouilles seraient effectuées à Aden mais sans que cela ne soit gênant. Personne ne sera sommé de débarquer », a expliqué à l’AFP ce délégué, Abdelmajid al-Hanash.

Les belligérants s’accusent mutuellement de bloquer toute négociation en vue d’une trêve, en particulier à Hodeida, principale voie d’entrée au Yémen des importations et de l’aide humanitaire.

Le gouvernement continue d’invoquer la résolution 2216 du Conseil de sécurité appelant les Houthis à se retirer des zones conquises en 2014, dont Hodeida.

Le Premier ministre yéménite Maïn Saïd a déclaré mercredi soir à l’AFP qu’un accord sur Hodeida était peu probable, « étant donné les contraintes de temps », avec une négociation qui s’achève jeudi.

Toutes les tentatives pour mettre fin à la guerre ont jusqu’ici échoué, alors que le conflit a fait quelque 10.000 morts en quatre ans et menace jusqu’à 20 millions de personnes de famine dans ce pays déjà le plus pauvre de la péninsule arabique.

Afin d’encourager la poursuite du dialogue inter-yéménite, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a décidé de faire le déplacement en Suède.

Il rencontrera jeudi les deux délégations et s’exprimera à 11H00 (10H00 GMT) devant la presse lors de la session de clôture. Il pourrait à cette occasion confirmer d’éventuels accords négociés pied à pied jusqu’au dernier moment et dévoiler le lieu et la date d’un nouveau cycle de pourparlers.

La présence en Suède des délégations yéménites qui ne se parlaient plus depuis plus de deux ans a été favorisée par deux mesures de confiance: l’évacuation début décembre de 50 rebelles blessés vers Oman et un accord préliminaire d’échange de prisonniers.

Les images de dévastation provoquées par les raids aériens de la coalition et celles de la crise humanitaire ont par ailleurs convaincu les grandes puissances de la nécessité d’accélérer un règlement du conflit.

Dans ce qui constituait encore la seule avancée concrète de ces consultations à quelques heures de leur clôture, gouvernement et rebelles ont établi une liste de plus de 15.000 prisonniers à échanger.

Parmi eux figurent des soldats saoudiens, ont confirmé mercredi à l’AFP des sources gouvernementales yéménites.

Mercredi matin une trentaine de Yéménites installés en Suède ont manifesté aux abords du château de Johannesberg où se tiennent les consultations pour réclamer un référendum d’autodétermination au Yémen du Sud, indépendant jusqu’à l’unification du Nord et du Sud en 1990.

« Nous sommes ici pour faire valoir notre droit, en tant qu’autochtones, comme en Ecosse, à un référendum », a déclaré à l’AFP Abdelfattah Haddad, originaire de la ville de Daleh.

« Si l’ONU parle de démocratie et de pluralisme, pourquoi ne pas organiser un référendum? »