Yémen: trêve fragile à Hodeida en attendant les observateurs de l’ONU

Un homme debout au milieu des décombres d'une usine partiellement détruite par des raids aériens dans la ville de Hodeida au Yémen, le 17 décembre 2018. (AFP/Stringer)
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Un homme debout au milieu des décombres d’une usine partiellement détruite par des raids aériens dans la ville de Hodeida au Yémen, le 17 décembre 2018. (AFP/Stringer)

La trêve reste fragile jeudi autour du port stratégique de Hodeida, dans l’ouest de Yémen, après de nouveaux combats sporadiques nocturnes, en attendant le déploiement d’observateurs des Nations unies visant à consolider le cessez-le-feu entre forces loyalistes et rebelles Houthis.

La trêve sur ce front actif de la guerre qui ravage ce pays pauvre de la péninsule arabique a été conclue il y a une semaine en Suède lors de pourparlers de paix inter-yéménites. Entrée en vigueur mardi, elle a donné lieu à de nombreuses pauses dans les opérations militaires sans empêcher toutefois des échanges de tirs.

Mercredi, la coalition menée par l’Arabie saoudite, qui intervient militairement aux côtés des forces gouvernementales, a menacé implicitement de reprendre son offensive en cas de « violations » persistantes, exhortant l’ONU à agir vite.

Au lendemain de ces déclarations, la ville de Hodeida, dont le centre reste tenu par la rébellion, est restée calme, selon un responsable militaire loyaliste et des habitants.

Des positions des forces progouvernementales ont été visées tard mercredi par des tirs de rebelles Houthis à partir de l’Avenue Zayed et d’un QG de la police, selon ce responsable parlant sous couvert de l’anonymat.

Les forces progouvernementales, qui ont enregistré quatre blessés, ont riposté, a-t-il ajouté, précisant que les échanges de tirs avaient duré trente minutes environ.

Sur le site internet du centre d’information de leur mouvement Ansarullah, les rebelles ont pour leur part accusé les forces progouvernementales d’avoir tiré sur l’hôtel Al-Rafahia qu’ils contrôlent, dans le centre de Hodeida.

Cette ville portuaire par où transite la majeure partie de l’aide humanitaire destinée au Yémen est un enjeu stratégique dans la guerre opposant les Houthis, appuyés par l’Iran, aux forces progouvernementales, soutenues militairement par une coalition conduite par l’Arabie saoudite.

Dans le sud de la province de Hodeida, les localités d’Al-Tahatya, de Hays, et de Beit al-Faqih ont aussi connu durant la nuit des escarmouches, selon le même responsable militaire progouvernemental.

« Prévenir les violations » 

L’ONU, qui a piloté les pourparlers en Suède, est pressée de contribuer à la mise en oeuvre dans les meilleurs délais des termes de l’accord.

Le commandant des observateurs de l’ONU, chargés de surveiller la trêve, est entré en contact avec le comité mixte yéménite qui doit l’appliquer sur le terrain, pour demander une désescalade, a par ailleurs indiqué jeudi à l’AFP un membre de ce comité.

« Le général Patrick Cammaert a demandé des efforts pour calmer la situation et prévenir les violations », a dit le général Ahmed al-Kawkabani, l’un des représentants du gouvernement au sein de cette instance qui comprend également des délégués des rebelles.

Patrick Cammaert a insisté, selon lui, sur « le désir de la communauté internationale de faire aboutir l’accord de trêve à Hodeida ».

Selon l’ONU, qui souhaite un déploiement rapide des observateurs, le général Cammaert est attendu vendredi à Amman à la tête de l’avant-garde des observateurs, avant de se rendre à Sanaa et à Hodeida à des dates non précisées.

« Son départ pour le Yémen dépendra des dispositions logistiques », a déclaré à l’AFP une source onusienne à Amman.

Selon des diplomates, quelque 30 à 40 observateurs pourraient être déployés à Hodeida, une ville où vivent environ 600.000 personnes, sans attendre une résolution de l’ONU.

Les membres du Conseil de sécurité tiennent depuis près d’une semaine des négociations ardues sur un projet de résolution visant à entériner les acquis des consultations inter-yéménites de Suède et à officialiser le déploiement dans le pays d’une avant-garde d’observateurs.

Selon une source diplomatique, un dernier point de blocage est apparu mercredi. Alors que les 15 membres de l’instance étaient d’accord pour le texte proposé par le Royaume-Uni, la Russie a objecté qu’il ne devait pas accuser spécifiquement des pays soutenant les Houthis.

Dans une étude publiée mercredi, le centre de réflexion International Crisis Group (ICG) a pour sa part mis en garde contre les conséquences d’un effondrement de la trêve.

« Sans un appui international fort, le cessez-le-feu de Hodeida échouera », et un tel échec entraînerait « une longue et destructrice bataille pour Hodeida et presque certainement une famine d’envergure » dans le pays, a-t-il noté.