Le Canada réaffirme avec force son rejet du régime Maduro au Venezuela

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Le président vénézuélien Nicolas Maduro lors d'une conférence de presse, le 9 janvier 2019 à Caracas. (AFP)
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Le président vénézuélien Nicolas Maduro lors d’une conférence de presse, le 9 janvier 2019 à Caracas. (AFP)
Alors que le président Nicolas Maduro a prêté serment aujourd’hui pour un deuxième mandat de six ans à la tête du Venezuela, rongé par une crise profonde et toujours plus isolé, le Canada a tenu à réitérer son refus de reconnaître la légitimité et la légalité de son mandat, considéré comme illégitime par une partie de la communauté internationale.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a déclaré qu’ «Aujourd’hui, le règne de Nicolás Maduro perd ses dernière allures de légitimité. Après s’être emparé du pouvoir au terme d’élections frauduleuses et antidémocratiques tenues le 20 mai 2018, le régime Maduro a maintenant totalement établi sa dictature. La souffrance du peuple vénézuélien ne fera qu’empirer s’il continue de s’accrocher au pouvoir illégitimement.»

Le 4 janvier, les pays du Groupe de Lima, à l’exception du Mexique, ont accentué la pression sur Nicolas Maduro, indiquant à l’issue d’une réunion vendredi qu’ils ne reconnaîtraient pas le deuxième mandat du président vénézuélien.

À l’issue de la rencontre, 12 pays d’Amérique latine et le Canada ont en outre signé une déclaration destinée à coordonner une série de mesures à l’encontre du pouvoir de Caracas.

« Avec d’autres pays aux vues similaires du Groupe de Lima, le Canada rejette la légitimité du nouveau mandat présidentiel de Nicolás Maduro. Nous l’exhortons à céder immédiatement le pouvoir à l’Assemblée nationale élue démocratiquement jusqu’à la tenue de nouvelles élections, qui doivent inclure la participation de tous les acteurs politiques et se tenir à la suite de la libération de tous les prisonniers politiques au Venezuela.», a réitéré la cheffe de la diplomatie canadienne.

En réponse directe aux actions du régime Maduro, le Canada a imposé des sanctions ciblant 70 responsables du régime et, en collaboration avec cinq autres pays des Amériques, a saisi la Cour pénale internationale de la situation au Venezuela. Le Canada a aussi pris des mesures visant à limiter ses relations diplomatiques et à restreindre sa collaboration avec le Venezuela, a aussi rappelé la ministre canadienne, déclarant que le Canada avait bien l’intention de continuer à prendre d’autres mesures rigoureuses, tel qu convenu à la dernière réunion du Groupe de Lima.

La ministre Freeland a également félicité Juan Guaidó, qui assume la présidence de l’Assemblée nationale depuis le 5 janvier 2019, «Seule institution du pays«», souligne-t-elle, «dont les membres sont encore élus démocratiquement», et qui doit continuer de jouer «un rôle crucial dans la survie de la démocratie vénézuélienne.»

Aux États-Unis, qui ne sont pas membres du Groupe de Lima, le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, John Bolton, a indiqué que Washington ne reconnaîtrait pas lui non plus « l’investiture illégitime de la dictature Maduro ». « Nous continuerons d’augmenter la pression sur ce régime corrompu, de soutenir l’Assemblée nationale démocratique et d’appeler à la liberté et la démocratie au Venezuela », a tweeté John Bolton.

L’Organisation des États américains (OEA) doit pour sa part tenir une session extraordinaire jeudi sur la situation dans le pays sud-américain.

(Infographie AFP)
Maduro se rapproche de ses alliés, dont l’Iran et la Corée du Nord

Le chef de l’État vénézuélien,, 56 ans, n’a pas prêté serment devant le Parlement, seule institution aux mains de l’opposition, mais plutôt devant le  président du Tribunal suprême de justice (TSJ), affilié au régime, lors d’une cérémonie à Caracas.

Ni l’UE, ni les pays du Groupe de Lima, à l’exception du Mexique, n’ont envoyé de représentants pour assister à la cérémonie, à laquelle participaient toutefois les présidents de la Bolivie, de Cuba, du Salvador, du Nicaragua et des représentants de pays alliés comme la Chine, la Russie et la Turquie. 

Face à la menace d’un isolement plus grand et d’une poursuite des sanctions, Nicolas Maduro s’est aussi rapproché davantage de ses alliés, parmi lesquels l’Iran et la Corée du Nord.

Héritier politique de l’ex-président Hugo Chávez (1999-2013), l’ancien chauffeur de bus et ancien syndicaliste gouverne d’une main de fer, appuyé par une Assemblée constituante composé de fidèles du régime et soutenu par les militaires, auxquels il a donné un énorme pouvoir économique.

(Infographie AFP)
Débâcle économique et exode massif

Dans les rues de Caracas, la désespérance et la résignation sont palpables, alors que de nombreux Vénézuéliens sont asphyxiés par la plus grave crise économique de l’histoire moderne du pays, pourtant doté des plus grandes réserves de pétrole au monde.

La débâcle économique devrait encore s’aggraver, selon plusieurs experts. Outre les pénuries d’aliments et de médicaments, les Vénézuéliens doivent faire face à une hyperinflation qui, selon le FMI, atteindra 10 millions de % en 2019.

Sous le mandat de Nicolas Maduro, l’économie s’est réduite de moitié et le pays devrait encore connaître un repli de 5% en 2019 selon le FMI.

La production de pétrole, qui représente 96% des revenus, a chuté à 1,4 million de barils/jour, niveau le plus bas depuis 30 ans. 

Et l’exode le plus massif de l’histoire récente d’Amérique latine devrait se poursuivre: l’ONU estime que 2,3 millions de Vénézuéliens ont déjà fui leur pays depuis 2015, et prévoit que ce chiffre grimpe à 5,3 millions en 2019. 

«Les Canadiens et Canadiennes sont solidaires du peuple vénézuélien dans son désir de restaurer la démocratie et le respect des droits de la personne au Venezuela. », a quant à elle réaffirmé avec force la ministre Freeland.

*Avec AFP