Enquête russe: un proche conseiller de Trump inculpé et arrêté

Roger Stone, ami et conseiller de longue date de Donald Trump, a été arrêté vendredi et inculpé dans l'enquête sur les soupçons de collusion entre l'équipe de campagne de milliardaire républicain et Moscou, dernier proche en date du président américain à être mis en cause par ces investigations empoisonnant son mandat.
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Roger Stone, le 11 décembre 2018 à Washington. (AFP)
Roger Stone, ami et conseiller de longue date de Donald Trump, a été arrêté vendredi et inculpé dans l’enquête sur les soupçons de collusion entre l’équipe de campagne de milliardaire républicain et Moscou, dernier proche en date du président américain à être mis en cause par ces investigations empoisonnant son mandat.

Roger Stone a été inculpé de sept chefs d’accusation, dont ceux de fausses déclarations, de subornation de témoin et d’obstruction à une procédure officielle, ont déclaré les équipes du procureur spécial Robert Mueller chargé de l’enquête russe.

M. Stone, 66 ans, a été arrêté tôt vendredi matin à Fort Lauderdale en Floride, « à la suite d’une inculpation par un grand jury fédéral le 24 janvier 2019 », selon l’acte d’inculpation consulté par l’AFP.

CNN a diffusé des images de l’interpellation montrant des agents du FBI lourdement armés entourant la maison où se trouvait Roger Stone avant l’aube.  

Ce proche de M. Trump depuis au moins trois décennies doit comparaître à 11h00 vendredi devant une juge à Fort Lauderdale.

Selon le document de justice, Roger Stone « clamait à la fois publiquement et en privé avoir communiqué avec l’Organisation 1 » autour d’août 2016. Cette organisation, Wikileaks, a diffusé en octobre 2016 des messages piratés du camp démocrate dans le but affiché d’influencer l’élection présidentielle au détriment de Mme Clinton. Le site a de son côté nié toute communication directe avec M. Stone.

Or Roger Stone était membre de l’équipe de campagne de Donald Trump « jusqu’à ou autour d’août 2015 et a maintenu un contact régulier et soutenu publiquement la campagne Trump jusqu’à l’élection de 2016 », poursuit le document judiciaire.

« Pendant l’été 2016, Stone a discuté avec des hauts responsables de la campagne Trump à propos de l’Organisation 1 et des informations qu’elle pourrait avoir qui seraient préjudiciables à la campagne de Clinton. »

En décembre 2018, Roger Stone avait nié tout contact durant la campagne présidentielle américaine de 2016 avec Julian Assange, le créateur de WikiLeaks.

Le conseiller informel de Donald Trump est notamment accusé d’avoir « pris des mesures pour entraver » les investigations sur les ingérences russes dans l’élection présidentielle américaine de 2016. Il lui est reproché d’avoir « fait de nombreuses fausses déclarations » à la commission du renseignement de la Chambre des Représentants sur ses interactions avec Wikileaks.

M. Mueller et ses services tentent de déterminer depuis plus d’un an et demi s’il y a eu collusion ou coordination entre l’équipe de campagne de Donald Trump et Moscou en 2016. 

Investigations tentaculaires 

Cette nouvelle inculpation d’un proche du magnat de l’immobilier dans ces investigations tentaculaires est une mauvaise nouvelle pour Donald Trump, qui clame à cor et à cri qu’il n’y a eu aucune collusion avec Moscou. 

Jusqu’ici, les investigations supervisées par Robert Mueller n’ont pas directement mis en cause le milliardaire républicain. Elles ont en revanche débouché sur de multiples inculpations et sur des condamnations de proches collaborateurs du 45e président des Etats-Unis.

Son ancien avocat, Michael Cohen, a été condamné à trois ans de prison, notamment pour infractions à la législation sur le financement des campagnes électorales.

Paul Manafort, qui a été un temps directeur de l’équipe de campagne de M. Trump, a lui été jugé coupable de malversations financières liées à des activités en Ukraine antérieures à la présidentielle de 2016.

Et Michael Flynn, ancien conseil à la sécurité nationale du président, a plaidé coupable d’avoir menti aux enquêteurs sur ses liens avec des responsables russes.

Donald Trump, lui, critique régulièrement cette enquête, la qualifiant de « chasse aux sorcières », et accuse le procureur Mueller d’être en mission commandée au service des démocrates.

Roger Stone, « l’artiste » des coups bas en politique

Roger Stone, le 21 mars 2017 en Floride lors de la présentation de son livre « The Making of the President 2016 ». (AFP)

Ami de longue date et conseiller informel du président américain Donald Trump, Roger Stone, arrêté vendredi dans le cadre de l’enquête russe avant d’être libéré sous caution, s’est un jour décrit comme un « habitué des coups fourrés ».

Cet homme exubérant de 66 ans se vante d’avoir participé aux campagnes victorieuses des républicains Richard Nixon, Ronald Reagan et Donald Trump avec une expertise: l’attaque sans vergogne de leurs rivaux.

C’est en cherchant à obtenir des informations compromettantes sur la démocrate Hillary Clinton que ce dandy, connu pour sa mise soignée et ses maximes décapantes, aurait fait le pas de trop. 

Le procureur spécial Robert Mueller, chargé d’établir s’il y a eu collusion entre l’équipe de campagne du candidat Trump et Moscou pendant la présidentielle de 2016, reproche à Roger Stone d’avoir menti au Congrès sur ses interactions, à l’été 2016, avec WikiLeaks.

Selon les enquêteurs, il savait que l’organisation de Julian Assange allait publier des e-mails piratés dans le camp démocrate, susceptibles de noircir l’image de leur candidate, Hillary Clinton. Il avait cherché à en savoir plus et avait tenu l’équipe de Donald Trump au courant. 

Mais en 2017, interrogé par des parlementaires, il avait tout nié, fidèle à l’un de ses principes: « Ne rien admettre, tout nier, contre-attaquer ». 

« Un art de la performance »

Roger Stone a fait ses premiers pas en politique dès l’âge de 12 ans derrière le candidat républicain Barry Goldwater. Huit ans plus tard, il abandonne ses études pour se mettre au service de la campagne de réélection de Richard Nixon, son idole, dont il porte un portrait tatoué entre les épaules. 

Il se distingue en introduisant un espion dans l’équipe de son adversaire, qui, devenu chauffeur du candidat, finira par voler des documents internes. 

Apôtre des « Fake News » avant l’heure, il fait passer dans la presse un autre rival de Nixon pour un gauchiste extrémiste en inventant une donation que ce dernier aurait faite à un groupe socialiste. 

De cette campagne, il retiendra une autre leçon: les républicains doivent s’adresser à une base d’électeurs blancs, de la classe moyenne, en banlieue ou zone rurale.

Tout au long de sa carrière, il suit la même recette et théorise sa méthode: « Attaquer, attaquer, attaquer, ne jamais se défendre ».

Tandis que ses crédos passent à la postérité, lui cultive son image de dandy tiré à quatre épingles. Vêtu de costumes sur-mesure sur son corps bodybuildé, il teint ses cheveux en blond doré, avant d’assumer une crinière blanche et nourrie.

« La politique pour moi n’est pas du théâtre. C’est un art de la performance », déclare-t-il en 2007.

« Du cran »

S’il a aidé certains candidats à gagner, il a aussi essuyé des revers. Et à Washington, les consultants politiques le considèrent comme un second couteau. 

Mais Donald Trump, qu’il rencontre à New York en 1979, le prend au sérieux. 

Associé au début des années 1980 au lobbyiste Paul Manafort (qui sera brièvement directeur de campagne de Donald Trump en 2016, et est aussi mis en cause dans l’enquête russe), il aide le magnat de l’immobilier à se sortir de problèmes légaux au sujet de son méga-yacht.

Sur son site internet, Roger Stone se vante d’avoir conseillé à Donald Trump de se lancer dans la présidentielle dès 1988. Quand ce dernier entre finalement en lice en 2015, Roger Stone est l’un des premiers à bord.

Les deux hommes se déchirent pour des raisons obscures fin 2015 et Roger Stone abandonne toute fonction officielle dans la campagne, tout en continuant à soutenir le milliardaire. 

La Maison Blanche a déclaré vendredi que son arrestation n’avait « rien à voir avec le président ».

Début décembre, après avoir promis qu’il ne témoignerait jamais contre Donald Trump, Roger Stone avait pourtant reçu un satisfecit présidentiel: « Sympa de voir que certaines personnes ont toujours du +cran+ », avait tweeté @realDonaldTrump.