Face à Washington, Kim Jong Un renforcé par sa visite en Chine

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Capture d’écran de la télévision chinoise CCTV du président chinois Xi Jinping (d) et du leader nord-coréen Kim Jong Un, le 9 janvier 2019 à Pékin. (AFP)
Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un est rentré de Pékin plus fort qu’il ne l’était avant sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping, estiment des experts, et ce même si Séoul lui demande davantage de concessions dans son bras de fer avec Washington.

La Chine est le principal allié diplomatique d’une Corée du Nord isolée sur la scène internationale, et son principal soutien économique.

L’étroite relation entre les deux voisins, dont les racines plongent dans les champs de bataille de la Guerre de Corée (1950-1953), s’était tendue en raison de l’agacement grandissant de la Chine face à la fuite en avant de Pyongyang sur le nucléaire.

Mais elles se sont remarquablement améliorées en 2018 à la faveur de la « détente » sur la péninsule. MM. Xi et Kim, qui ne s’étaient jusqu’alors jamais vus, se sont rencontrés trois fois l’année dernière, entre les sommets historiques entre le leader nord-coréen et les présidents américain et sud-coréen, Donald Trump et Moon Jae-in.

Une seconde rencontre entre MM. Trump et Kim pourrait bien être « imminente ». Et il semble que les dirigeants nord-coréen et chinois aient eu, ces derniers jours, des discussions plus approfondies que jamais sur les questions de sécurité, indique Lim Eul-chul, professeur d’études nord-coréennes à la Kyungnam University.

MM. Kim et Xi se sont mis d’accord sur le fait d’étudier conjointement et de coordonner « la gestion de la situation sur la péninsule coréenne et des négociations sur la dénucléarisation en particulier », rapporte l’agence officielle nord-coréenne KCNA.

(Infographie AFP)
Jouer sur la rivalité

Cela va conférer à Pékin un rôle central dans les discussions entre les Etats-Unis et la Corée du Nord, a déclaré M. Lim à l’AFP, même si elle n’est pas à la table des discussions.

« Le rapprochement entre la Chine et la Corée du Nord vers une alliance de sécurité n’est pas quelque chose qui sera bien vu par les Etats-Unis », ajoute-t-il.

« Devoir faire face à des responsables nord-coréens bénéficiant du franc soutien de leur voisin pourrait être un défi pour Washington. »

Les négociations entre Washington et Pyongyang patinent depuis le sommet Trump-Kim de juin à Singapour, où ils avaient signé un engagement à la formulation vague sur la dénucléarisation, et dont le sens exact fait depuis l’objet de désaccords.

La Corée du Nord demande l’adoucissement des sanctions imposées en réponse à ses programmes nucléaire et balistique interdits, alors que les Etats-Unis exigent qu’elles demeurent jusqu’à ce que Pyongyang renonce à ses armes atomiques.

La Chine, qui considère l’Asie du Nord-Est comme appartenant à sa sphère d’influence, et qui a ses propres désaccords avec Washington, est également favorable à un assouplissement des sanctions.

M. Xi est d’accord avec les « questions de principe » soulevées par la Corée du Nord dans ses discussions avec les Etats-Unis et pense aussi que ses « sujets d’inquiétude raisonnables devraient être résolus de façon adéquate », selon KCNA.

Pyongyang a de longue date l’habitude de jouer sur la rivalité entre les grandes puissances. Le fondateur du régime -et grand-père de Kim Jong Un- Kim Il Sung était ainsi passé maître dans l’art de tirer profit des tensions sino-soviétiques.

« Fossé »

« La Corée du Nord utilise son rapprochement avec la Chine pour affermir sa position vis-à-vis des Etats-Unis, et inversement », a déclaré l’ancien diplomate américain Mintaro Oba.

Pour Pyongyang, il pourrait être « irritant » de devoir concéder à Pékin sa « supériorité » dans la relation bilatérale, a-t-il tweeté. Mais ce « n’est pas payer cher un renforcement de la position » dans les discussions avec M. Trump.

Ce dernier a affirmé que les deux camps discutaient actuellement du lieu d’un second sommet avec M. Kim. M. Moon a vu dans le voyage à Pékin de M. Kim le signe que ce deuxième sommet était « imminent ».

Les spéculations vont bon train sur le théâtre d’une telle rencontre. Certains ont évoqué Hanoï, dont le régime communiste a de bonnes relations avec Pyongyang, Oulan-Bator, qui aurait l’avantage pour M. Kim d’être accessible en train, la Suède -qui a une longue expérience de la médiation entre les deux pays-, ou même l’Etat américain d’Hawaï.

Mais la tenue d’un sommet dépendra de ce que Pyongyang est prêt à mettre sur la table des discussions préliminaires, observe Kim Han-kwon, de l’Académie diplomatique nationale de Corée.M. Moon a demandé jeudi à Pyongyang « davantage de mesures audacieuses, pratiques vers la dénucléarisation ». Il a aussi souhaité des « mesures correspondantes » de Washington.

Pour le président sud-coréen, les discussions sur la dénucléarisation doivent donner cette année des « résultats tangibles », croit savoir Cho Seong-ryoul, ancien chercheur à l’Institut pour la stratégie nationale de sécurité. 

« Il y a un fossé entre Pyongyang et Washington sur ce que signifie la dénucléarisation », explique-t-il. « M. Moon essaie de le combler. »