Idleb, ultime bastion insurgé syrien, passe intégralement aux mains des jihadistes

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Vue des destructions dans la ville syrienne de Maaret al-Noomane, située dans le nord de la province d’Idleb, dernier grand bastion insurgé de la Syrie en guerre, le 27 septembre 2018. (AFP)
Un groupe jihadiste dominé par l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda a renforcé jeudi son emprise sur l’ultime grand bastion insurgé en Syrie, à la suite d’un accord mettant fin à plusieurs jours de combats meurtriers avec des factions rivales.

Les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui ont récemment enchainé les gains territoriaux en Syrie, ont conclu un accord de trêve dans la province d’Idleb avec des groupes rebelles, regroupés au sein du Front national de libération (FNL), une coalition appuyée par la Turquie.

La province d’Idleb a fait l’objet, en septembre, d’un accord entre Ankara, soutien des rebelles, et Moscou, parrain du régime syrien: la Turquie devait contenir les factions rebelles et jihadistes afin d’empêcher une offensive de Damas et de son allié russe sur cette province du nord-ouest de la Syrie en guerre.

L’accord conclu entre rebelles et jihadistes à Idleb, dont une copie a circulé dans des médias locaux, met fin aux combats entre HTS et les rebelles et renforce le contrôle des jihadistes.

Cet accord signé jeudi matin par HTS et le FNL établi « le contrôle du +gouvernement du salut+ sur l’ensemble » d’Idleb, a annoncé Ebaa, le site de propagande de HTS.

Ce « gouvernement de salut » autoproclamé est une administration locale instaurée par HTS, qui gérait déjà plusieurs régions, y compris dans la ville même d’Idleb. Il étend aussi son pouvoir à certaines parties des provinces voisines d’Alep et de Hama, qui échappent toujours au contrôle du régime de Bachar al-Assad.

Il prend également le contrôle de territoires jusqu’alors sous la domination de deux autres factions islamistes –Ahrar al-Cham et Souqour al-Cham, soutenues Ankara– et notamment des localités de Maarat al-Noomane et d’Ariha.

« Interlocuteur indispensable »

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), l’accord de jeudi fait passer l’intégralité de la province d’Idleb sous le contrôle administratif de HTS.

Outre la cessation immédiate des hostilités, l’accord prévoit également un échange de détenus et la levée de tous les barrages.

D’autres groupes jihadistes comme Houras al-Din et le parti islamique de Turkestan sont aussi présents dans la région d’Idleb, mais ce sont des alliés de HTS, a souligné le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Selon la même source, l’ultime bastion, qui s’étend sur près de 9.000 Km2, était contrôlé à 60% par HTS et les factions acolytes avant la récente offensive.

Début janvier, les jihadistes ont lancé un assaut contre les factions rebelles, qui a fait plus de 130 morts dans les deux camps, et pris le contrôle de dizaines de localités, notamment dans l’ouest de la province d’Alep, secteur tombé intégralement aux mains de HTS.

Cette nouvelle donne territoriale devrait permettre à HTS de conforter sa position sur l’échiquier politico-diplomatique, estiment des analystes. 

« Désormais, HTS peut se présenter à la Turquie et à d’autres comme un interlocuteur indispensable pour toute solution non-militaire à Idleb », soutient Sam Heller, analyste à l’International Crisis Group (ICG). 

La capacité de la Turquie à mettre en oeuvre une zone « démilitarisée » dans la province d’Idleb, comme prévu par l’accord russo-turc conclu le 17 septembre à Sotchi (Russie), est désormais incertaine. La zone tampon devait séparer les secteurs insurgés des régions gouvernementales adjacentes.

Cette disposition du texte n’a été que partiellement respectée, suite au refus des jihadistes de se retirer de la future zone « démilitarisée ».

Selon M. Heller, il n’est désormais pas clair « si le maintien de la désescalade à Idleb dépend réellement de la mise en œuvre littérale de l’accord ou de facteurs plus politiques tels que l’état des liens turco-russes ».

Offensive turque

Parallèlement, Ankara a réitéré ses menaces d’offensive contre les Unités de protection du peuple (YPG), principale milice kurde en Syrie, dans le nord-est du pays.

« Si (le retrait américain) est retardé avec des excuses ridicules (…), alors nous mettrons à exécution notre décision », a déclaré le ministre, Mevlut Cavusoglu, lors d’une interview à la chaîne turque NTV.

Le président américain Donald Trump a annoncé en décembre le retrait des quelque 2.000 soldats américains postés en Syrie, prenant de court les forces kurdes, soutenues par une alliance internationale emmenée par Washington. 

La Turquie qualifie les YPG de « terroristes » pour leurs liens présumés avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui livre une guérilla sur le territoire turc depuis 1984.

L’annonce américaine a poussé les Kurdes dans les bras de Damas, au détriment de leur projet d’autonomie politique, pour garantir leur survie.

La guerre en Syrie a éclaté en 2011 après la répression par le régime de manifestations prodémocratie. Elle s’est complexifiée au fil des ans et a fait plus de 360.000 morts.

Grâce à l’intervention militaire de l’allié russe depuis 2015, les forces pro-régime contrôlent près des deux-tiers de la Syrie après en avoir chassé rebelles ou jihadistes.

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