Israël mène des frappes sur des cibles iraniennes en Syrie

L'aviation israélienne a bombardé jeudi soir 29 novembre plusieurs positions près de Damas et dans le sud du pays, affirme l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH)
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Israël a indiqué avoir ciblé des positions iraniennes en Syrie, tôt lundi 21 janvier (AFP)
Israël a indiqué avoir ciblé des positions iraniennes en Syrie, tôt ce lundi, après avoir intercepté dimanche une roquette visant son sol et lancée depuis le territoire syrien.

L’armée israélienne «frappe en ce moment», c’est-à-dire au petit matin, la force Quds des Gardiens de la révolution iranienne en Syrie, a-t-elle écrit dans un communiqué, sans davantage de précisions sur le nombre de tirs.

Elle a également mis en garde les forces syriennes contre «toute tentative de frapper le territoire ou les forces d’Israël», en référence à la roquette qu’elle dit avoir interceptée dimanche, tirée selon elle depuis le nord du plateau du Golan, territoire syrien. Les médias israéliens avaient parlé d’un missile sol-sol.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), a fait état de frappes de missiles israéliens dans le secteur de l’aéroport de Damas et les environs de la capitale. Ces bombardements ont touché des dépôts d’armes vraisemblablement iraniens et appartenant au Hezbollah, la milice chiite libanaise soutenue par Téhéran, selon cette ONG.

Lundi matin à Damas, l’agence de presse officielle syrienne Sana a fait savoir que la défense anti-aérienne syrienne avait riposté dans la nuit de dimanche à lundi à de nouveaux tirs «ennemis» contre la Syrie, après des frappes israéliennes menées dimanche dans la journée dans le sud du pays. «Notre défense anti-aérienne a riposté à des objectifs ennemis et en a visé plusieurs», a indiqué Sana sans plus de précisions.

L’agence de presse officielle du régime du président Bachar al-Assad a par ailleurs fait part du survol par l’aviation israélienne «au-dessus du territoire libanais et de tirs depuis la Galilée et le lac de Tibériade», indiquant que la défense anti-aérienne avait réussi à intercepter des «dizaines d’objectifs ennemis».

Israël a promis d’empêcher l’Iran, son principal ennemi, de se renforcer militairement en Syrie.

«Saper l’enracinement de l’Iran»

Au cours des derniers mois, l’armée israélienne a déjà effectué en Syrie des centaines de frappes aériennes contre des objectifs militaires iraniens et contre des armements devant être livrés au Hezbollah. Mais il est rare qu’Israël confirme publiquement avoir mené des frappes en Syrie.

«Nous avons une politique bien établie : saper l’enracinement de l’Iran en Syrie et nuire à quiconque tente de nous nuire», a déclaré dimanche aux journalistes le premier ministre Benyamin Nétanyahou, lors d’un déplacement au Tchad.

Une semaine auparavant, M. Nétanyahou avait reconnu que l’aviation israélienne avait effectué deux jours plus tôt un raid contre des «entrepôts d’armes» iraniens dans l’enceinte de l’aéroport international de Damas, une rare confirmation de la part d’un responsable israélien.

Certains analystes estiment que le premier ministre et d’autres responsables israéliens s’expriment plus ouvertement à propos du théâtre syrien afin d’accroître la crédibilité de M. Nétanyahou sur le plan sécuritaire à l’approche des élections législatives du 9 avril.

Mais ce faisant, Israël risque cependant de s’engager dans une escalade militaire avec la Syrie et l’Iran, mais aussi d’irriter la Russie, soutien du régime de Damas.

Rôle russe

L’armée russe avait affirmé dimanche : «Quatre avions F-16 des forces armées israéliennes ont tiré des roquettes sur le territoire syrien». Dans ce communiqué, Moscou faisait état de la destruction de «sept roquettes israéliennes» par la défense anti-aérienne syrienne.

La coopération militaire entre l’État hébreu et Moscou s’est compliquée depuis un incident en septembre, lorsque la défense anti-aérienne syrienne a par erreur abattu un avion russe lors d’une frappe israélienne. Les quinze militaires russes qui se trouvaient à bord avaient été tués.

Moscou a alors équipé Damas du système anti-aérien S-300, plus avancé, ce qui a rendu les opérations israéliennes plus difficiles.

Israël essaie depuis de maintenir une coordination avec la Russie tout en conservant toute latitude pour effectuer des bombardements sur le territoire syrien.

Jeudi, des responsables militaires des deux pays ont conclu une série de pourparlers destinés à améliorer leur coordination sur le théâtre syrien déchiré par les conflits.

Déclenché en 2011 par la répression sanglante de manifestations prodémocratie par le régime Assad, le conflit syrien s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de puissances régionales et étrangères et de groupes djihadistes, sur un territoire morcelé.

Il a fait plus de 360 000 morts, des millions de déplacés et de réfugiés, et a bousculé l’équilibre géopolitique régional.


Frappes israéliennes en Syrie: ce qu’il faut savoir

Photo de la défense anti-aérienne syrienne entrant en action dans le ciel de Damas en réponse à des tirs attribués à Israël, le 21 janvier 2019 avant l’aube. (AFP)
– Que s’est-il passé ? 

L’armée israélienne dit avoir attaqué des entrepôts et des centres de renseignement et d’entraînement de la force iranienne Qods. Les batteries syriennes s’en sont mêlées et ont également été visées, dit-elle.

Côté syrien, l’agence officielle Sana confirme que la défense anti-aérienne de Damas a riposté à des tirs de missiles.

Israël dit avoir mené ces raids en réponse à un missile sol-sol tiré selon lui par les Iraniens de la Syrie vers le nord de l’Etat hébreu. Il a été intercepté dimanche par le système de défense aérien « Iron Dome ». Ce tir de missile a lui-même été précédé de raids israéliens rapportés par les médias syriens et l’armée russe, mais non confirmés par Israël.

Selon l’armée russe, les frappes de la nuit ont tué quatre soldats syriens et en ont blessé six autres. 

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui dispose d’un vaste réseau de sources en Syrie, évoque 11 combattants tués dont au moins deux Syriens.

– Pourquoi Israël frappe-t-il en Syrie ?

Israël et Syrie restent techniquement en état de guerre. Israël s’est employé à ne pas se laisser aspirer dans le conflit après le début de la guerre civile de l’autre côté de la ligne de démarcation en 2011.

Mais, le 30 janvier 2013, Israël a frappé une première fois en bombardant près de Damas un site de missiles sol-air et un complexe militaire soupçonné d’abriter des produits chimiques, selon un responsable américain. Depuis, Israël a frappé des positions syriennes, mais aussi des convois d’armes destinés au Hezbollah libanais et, de plus en plus ces derniers mois, des intérêts iraniens. Le chef d’état-major israélien sortant Gadi Eisenkot faisait état récemment de « milliers de cibles » iraniennes et du Hezbollah visées, surtout à partir de janvier 2017.

Il s’agit, dit Israël, d’empêcher l’Iran, grand ennemi régional, de se servir de la Syrie comme tête de pont et de former un arc hostile jusqu’à la Méditerranée.

Depuis peu, Israël admet ouvertement s’en prendre à des cibles iraniennes. Cette publicité est une manière de mettre en garde l’Iran, disent des experts. Elle s’adresse aussi aux électeurs israéliens appelés aux urnes le 9 avril, estime Eyal Zisser, vice-recteur de l’université de Tel-Aviv et spécialiste de la Syrie. 

Selon lui, ces frappes « ne peuvent pas empêcher une présence iranienne en Syrie, mais retarder un déploiement iranien ». 

Les attaques de la nuit rappellent aussi que le conflit entre Israël et Iran va durer, « jusqu’à ce que le régime syrien soit bien plus solide ou que les Russes interviennent », juge-t-il.

Jusqu’alors, la Russie, autre alliée du régime de Bachar al-Assad, ne s’est pas frontalement opposée aux frappes israéliennes en Syrie, qui visaient surtout les intérêts de l’Iran, perçu comme un rival de Moscou dans le contexte syrien.

– Quelle présence iranienne en Syrie ? 

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), des milliers de combattants pro-iraniens ont été déployés au fil des plus de sept années de conflit en Syrie, dont des membres de la force Qods dirigée par le général Qassem Soleimani, un artisan de la stratégie militaire iranienne dans la région.

Une unité commando de l’armée régulière iranienne a pu en outre être temporairement déployée aux côtés de dizaines de milliers de combattants appartenant à des groupes chiites, dont le Hezbollah libanais.

Selon le général Mohammad Ali Jafari, qui dirige les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime iranien dont relève la force Qods, Téhéran a dépêché en Syrie des « conseillers militaires et révolutionnaires » et dispose sur place de « matériel et d’armes ».

Cité lundi par les médias iraniens, le commandant des forces aériennes Aziz Nasirzadeh, sans faire référence à l’attaque israélienne, a déclaré que les Iraniens étaient « prêts à combattre le régime sioniste et les éradiquer de la surface de la Terre ».

– Quelles sont les conséquences du retrait américain ?

L’Iran est annoncé comme l’un des grands gagnants du retrait américain de Syrie annoncé le 19 décembre par le président Donald Trump au motif que la guerre contre le groupe Etat islamique (EI) était terminée.

« C’est un revers pour Israël », reconnaît Eyal Zisser, car l’Etat hébreu se retrouve davantage isolé dans le jeu des puissances régionales en Syrie. Depuis le 19 décembre, les officiels israéliens laissent entendre à l’envi que leur détermination et faculté à contrer l’Iran en Syrie sont intactes.