Le Canada reconnaît Juan Guaido «président par intérim» du Venezuela

Le président du Parlement vénézuélien Juan Guaido s'adresse à ses partisans après avoir été brièvement détenu par les services de renseignement, le 13 janvier 2019 à Caraballeda (Venezuela). (AFP)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Le président du Parlement vénézuélien Juan Guaido s’adresse à ses partisans après avoir été brièvement détenu par les services de renseignement, le 13 janvier 2019 à Caraballeda (Venezuela). (AFP)
Après les États-Unis, le Canada a annoncé mercredi qu’il reconnaissait l’opposant Juan Guaido, président du Parlement vénézuélien contrôlé par l’opposition, comme président par intérim. Le Brésil, la Colombie et le Pérou ont aussi emboîté le pas.

«Le Brésil reconnaît Juan Guaido comme président en exercice du Venezuela. Le Brésil soutiendra politiquement et économiquement le processus de transition pour que la démocratie et la paix sociale reviennent au Venezuela», a notamment indiqué le ministère des Affaires étrangères du pays dans un communiqué reproduit par le président Jair Bolsonaro lui-même sur Twitter.  

Donald Trump a annoncé mercredi qu’il reconnaissait l’opposant Juan Guaido, président du Parlement vénézuélien, comme « président par intérim » du pays peu après que ce dernier se soit autoproclamé à ce poste devant des milliers de partisans à Caracas.

Juan Guaido, député de 35 ans, est devenu en quelques jours le visage de l’opposition vénézuélienne et a réussi à remobiliser les adversaires du président, divisés et affaiblis ces derniers temps.

«Aujourd’hui, je reconnais officiellement le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Juan Guaido, comme président par intérim du Venezuela», a indiqué M. Trump dans un communiqué diffusé au moment où des dizaines de milliers d’opposants et de partisans du président vénézuélien Nicolas Maduro manifestaient à Caracas.

Jugeant que l’Assemblée nationale était « la seule branche légitime du gouvernement », M. Trump rappelle que cette dernière a déclaré le président Nicolas Maduro « illégitime ».  

«Le peuple du Venezuela a courageusement parlé contre Maduro et son régime et exigé la liberté et l’État de droit», ajoute-t-il.

«Je continuerai à utiliser toute la puissance économique et diplomatique des États-Unis pour faire pression en faveur du rétablissement de la démocratie vénézuélienne», écrit encore le président américain.

Un responsable américain a précisé par ailleurs que « toutes les options » étaient sur la table si le régime Maduro avait recours à la violence.

«Les Vénézuéliens ont trop longtemps souffert aux mains du régime illégitime de Maduro», a ajouté M. Trump un peu plus tard dans un tweet tandis que le chef de la diplomatie Mike Pompeo appelait explicitement Nicolas Maduro à «céder la place».

Mais, après que Juan Guaido se soit autoproclamé mercredi «président» par intérim du pays, et a immédiatement été reconnu par les États-Unis et ses alliés dans la région, l’armée vénézuélienne, soutien indéfectible du président socialiste Nicolas Maduro, a rejeté l’autoproclamation: «L’armée défend notre Constitution et est garante de la souveraineté nationale», a affirmé le ministre de la Défense, Vladimir Padrino.  

Opposants et partisans de Maduro sont descendus en masse dans les rues

À la suite de l’annonce, des heurts ont éclaté entre forces de l’ordre et partisans de l’opposition à Caracas.

Opposants et partisans du président Maduro sont descendus en masse dans les rues mercredi dans tout le pays, dans un climat de haute tension. Sept personnes sont mortes dans des troubles précédant les manifestations.  

Une vague de joie et d’espérance s’est répandue parmi les dizaines de milliers d’opposants, dont nombreux s’étaient vêtus de blanc, après que Juan Guaido s’est auto-proclamé président par intérim.  

«Ce qui s’est produit nous apporte de l’espérance, ce peuple, ce qu’il ressent aujourd’hui, c’est de l’espérance, c’est une nécessité que nous allions de l’avant», a déclaré José Gregorio Flores, 43 ans, qui a participé à la manifestation organisée à l’appel de Juan Guaido pour réclamer un «gouvernement de transition».  

De leur côté, les partisans du gouvernement, habillés de rouge pour la plupart, se sont retrouvés dans d’autres points de la capitale pour apporter leur soutien au chef de l’État et rejeter les revendications de l’opposition, qu’ils considèrent comme une tentative de coup d’État orchestrée par Washington.  

En cette date historique, qui commémore les 61 ans la chute de la dictature de Marcos Perez Jimenez, le 23 janvier 1958, opposants et partisans du président socialiste souhaitaient compter leur forces.  

Le président vénézuélien a été investi le 10 janvier pour un deuxième mandat, contesté par l’opposition et non reconnu par les États-Unis, l’Union européenne et de nombreux pays d’Amérique latine.  

Yelitze Pariata, 47 ans, qui vit dans une maison que lui a attribuée le gouvernement dans le centre de Caracas, est, elle, venue «manifester pacifiquement pour soutenir le président et montrer au monde que le chavisme est uni».  

Les commerces, écoles et institutions sont restés fermés mercredi, tandis que de rares véhicules étaient visibles dans les rues. Les violentes manifestations de 2017 qui ont fait 125 morts sont encore dans toutes les mémoires.  

Amnistie pour les militaires

Ces mobilisations étaient organisées dans un climat explosif, deux jours après le bref soulèvement d’un groupe de 27 militaires qui se sont retranchés quelques heures dans une caserne du nord de Caracas, en lançant des appels à l’insurrection. Ils ont rapidement été arrêtés.  

Dans la foulée du soulèvement des militaires, une trentaine d’émeutes avaient été enregistrées dans des quartiers populaires de la capitale et de sa banlieue. Et dans la nuit de lundi à mardi, des chars anti-émeutes avaient patrouillé dans la capitale.  

Cette insurrection s’est produite alors que l’opposition ne cesse d’appeler l’armée, considérée comme le principal soutien de Maduro, à rompre avec le régime.  

Le Parlement a notamment promis une «amnistie» aux membres de l’armée qui refuseraient de reconnaître le nouveau mandat du chef de l’État.  

Mardi, les députés ont approuvé cette proposition, défiant la décision de la Cour suprême, affiliée au régime, qui a déclaré nulles toutes leurs décisions.  

«Ils ne peuvent pas déclaré inconstitutionnel le désir de changement d’un peuple», a affirmé Juan Guaido, selon lequel le soulèvement de lundi traduit le mécontentement croissant au sein de l’armée.  

Le nouveau mandat de M. Maduro est contesté par l’opposition, qui dénonce des pressions sur les électeurs lors du scrutin du 20 mai et pointe la forte abstention.