Kim Jong-un est arrivé mardi à Pékin à l’invitation de Xi Jinping

Photo de l'agence KCNA de Kim Jong Un, accompagné de son épouse Ri Sol Ju, quittant la gare de Pyongyang pour la Chine, le 7 janvier 2019. (AFP)
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(China Global Television Network. 08/01/2018)
Kim Jong-un est arrivé mardi à Pékin. Une visite surprise chez l’allié chinois du dirigeant nord-coréen, qui intervient quelques jours après sa menace de changer d’attitude envers les États-Unis s’ils maintiennent leurs sanctions.

À l’heure où un deuxième sommet avec Donald Trump se profile, M. Kim doit rencontrer durant son séjour le président chinois Xi Jinping, ont indiqué mardi les agences de presse officielles nord-coréenne et chinoise.  

La Chine est un important acteur diplomatique dans le dossier sensible des programmes nucléaire et balistique de la Corée du Nord, car le géant asiatique est son principal soutien diplomatique et commercial.

Le jeune leader nord-coréen pourrait chercher à coordonner sa stratégie avec M. Xi en vue d’une prochaine rencontre envisagée avec le président américain, après celle de juin 2018 organisée à Singapour.

Kim Jong-un, accompagné de son épouse Ri Sol Ju et de plusieurs hauts dignitaires, est parti lundi de Pyongyang à bord d’un train spécial, a rapporté l’agence de presse officielle nord-coréenne KCNA.

Il est arrivé mardi en fin de matinée en gare de Pékin, a indiqué de son côté l’agence sud-coréenne Yonhap.

Le président Xi est à l’origine de cette visite en Chine, qui doit s’achever jeudi, selon la même source.  

La venue de Kim Jong-un intervient une semaine après un avertissement aux États-Unis. Dans son discours du Nouvel An, il a indiqué qu’il pourrait changer d’attitude si Washington maintenait, malgré le rapprochement diplomatique opéré depuis l’an dernier, ses sanctions économiques contre Pyongyang.

«L’aide de Pékin»

«MM Xi et Kim voient un intérêt à coordonner leurs positions avant les sommets Kim-Trump. Cela semble désormais une habitude», juge Bonnie Glaser, du Centre pour les études stratégiques et internationales, un centre de réflexion américain.  

«Kim cherche également l’aide de Pékin pour obtenir l’allègement des sanctions internationales», estime-t-elle.

La Chine et la Russie jugent que l’ONU devrait considérer une levée de ces sanctions. Mais Donald Trump a affirmé dimanche qu’elles resteraient en place tant qu’il n’y aurait pas de résultats «très positifs» sur la dénucléarisation.

La visite de Kim Jong-un intervient par ailleurs au second jour de discussions à Pékin entre négociateurs chinois et américains, qui visent à résoudre la guerre commerciale entre les deux puissances.

«Le timing ne pouvait pas être meilleur», estime Harry Kazianis, du cabinet conservateur américain Center for the National Interest.

«Cela montre que Pékin, manifestement, peut jouer la carte de la Corée du Nord s’il le juge utile.»

Kim Jong-un, qui fêterait mardi son 36e anniversaire, s’est rendu trois fois en Chine l’an dernier pour des entretiens avec Xi Jinping.

Jusqu’à son premier voyage en mars dernier, M. Kim ne l’avait jamais rencontré depuis son accession au pouvoir fin 2011, les relations entre la Corée du Nord et la Chine s’étant dégradées ces dernières années en raison du soutien chinois aux sanctions de l’ONU contre Pyongyang.

Six essais nucléaires

Mais 2018 a accouché d’un exceptionnel rapprochement intercoréen, marqué par trois rencontres entre le leader nord-coréen et le président sud-coréen Moon Jae-in, et le sommet historique avec Donald Trump à Singapour.

Ce dernier s’était conclu sur une déclaration en faveur de la «dénucléarisation de la péninsule». Mais peu de progrès ont été enregistrés depuis, et les deux capitales ne sont pas d’accord sur la signification précise de cette formulation.

Donald Trump a affirmé dimanche que des négociations étaient en cours pour déterminer le lieu de son prochain sommet avec Kim Jong-un, tout en restant évasif sur le calendrier.

Washington exige toujours de Pyongyang le démantèlement de son arsenal nucléaire. La Corée du Nord refuse toute concession si les États-Unis n’en font aucune, et veut notamment des garanties sur la sécurité de son régime.

Au fil des ans, Pyongyang a effectué six essais nucléaires et développé et testé des missiles balistiques qui, selon des experts, seraient désormais capables d’atteindre le territoire continental des États-Unis.

Kim Jong-un à Pékin pour faire monter les enchères

La visite-surprise du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un en Chine pourrait augurer d’une nouvelle vague de rencontres au sommet autour de la péninsule, mais aussi constituer une tentative pour faire pression sur le président américain Donald Trump au moment où leurs négociations patinent, estiment les analystes.

Les discussions entre Pyongyang et Washington sur l’arsenal nucléaire nord-coréen sont dans l’impasse depuis le sommet historique entre MM. Kim et Trump en juin à Singapour. Les États-Unis martèlent que les sanctions doivent rester en place tant que le Nord n’aura pas renoncé à ses armes nucléaires, Pyongyang exigeant leur allègement immédiat.

Dans son discours du Nouvel An, moment clé du calendrier politique nord-coréen, M. Kim a prévenu que le Nord pourrait « n’avoir d’autre choix que d’explorer une nouvelle voie pour défendre (sa) souveraineté et (ses) intérêts » si Washington ne changeait pas de cap.  

En se rendant en Chine, M. Kim « est désireux de rappeler à l’administration Trump qu’il a des possibilités diplomatiques et économiques en dehors de celles qui peuvent être proposées par Washington et Séoul », juge Harry Kazianis, du Centre pour l’intérêt national, un cercle de réflexion à Washington.

Washington devrait « s’inquiéter » des efforts du Nord pour renforcer ses liens avec Pékin, car quasiment tous les échanges commerciaux nord-coréens passent par la Chine, poursuit-il. Toute amélioration des relations avec Pékin affaiblirait la stratégie américaine des « pressions maximales ».

Des négociateurs américains sont à Pékin pour discuter de la guerre commerciale entre les deux premières économies mondiales qui a secoué les marchés de la planète et il ne pourrait pas y avoir de « meilleur moment » du point de vue chinois pour la visite de M. Kim, a-t-il encore dit. « Cela montre clairement que Pékin a une carte nord-coréenne à jouer s’il le juge opportun ».

Engagement vague

Les forces chinoises ont joué un rôle crucial dans la défense du Nord durant la guerre de Corée (1950-53). Pékin est toujours le principal soutien diplomatique et économique de Pyongyang.

La Chine a toujours redouté l’effondrement de son voisin, qui serait synonyme d’afflux de réfugiés sur son territoire et pourrait signifier l’arrivée de troupes américaines à sa frontière. Mais ces dernières années, les ambitions nucléaires du Nord l’ont passablement irritée.

Cependant, la spectaculaire détente en cours sur la péninsule a vu M. Kim mettre fin au printemps à six années d’isolement diplomatique pour se rendre à Pékin, son premier voyage à l’étranger en tant que leader.  

Une série de visites ont suivi, bien que M. Xi n’ait pas encore fait le voyage de Pyongyang. Parallèlement, trois sommets entre M. Kim et le président sud-coréen Moon Jae-in ont également eu lieu. Pékin a prêté à M. Kim l’avion qui l’a conduit à Singapour.  

Là, devant les caméras du monde entier, MM. Kim et Trump avaient signé un engagement vague derrière le principe de la dénucléarisation de la péninsule, mais les deux parties s’écharpent depuis sur la signification de la formule.

M. Kim ne s’est pas rendu à Séoul avant la fin de l’année comme l’avait suggéré M. Moon mais les spéculations sur un second sommet Washington/Pyongyang pour sortir de l’impasse ne font qu’enfler.  

Le président Trump vient de dire que le lieu de la rencontre était en discussion. Les mauvais esprits ont espéré que le contenu de la rencontre était également en négociation.

« Allègement des sanctions »

Pour Cheong Seong-chang, chercheur à l’Institut Sejong de Séoul, la tournée chinoise de M. Kim est un signe qu’il pourrait bientôt se rendre à Séoul ou rencontrer à nouveau Donald Trump.

L’année dernière, il s’était rendu en Chine avant ses sommets avec M. Kim et Moon, fait-il remarquer.

La composition de la délégation nord-coréenne, qui comprend Kim Yong Chol, l’interlocuteur du secrétaire d’État américain Mike Pompeo pour les pourparlers, laisse à penser « que l’allègement des sanctions » serait au menu des discussions.

La Corée du Sud de M. Moon a engagé le dialogue avec le Nord et des analystes sud-coréens pensent que des garanties chinoises pourraient améliorer les perspectives d’accord.  

« La Corée du Nord pourrait se sentir menacée si elle renonce entièrement à ses programmes nucléaires », estime Koh Yu-hwan, professeur d’études nord-coréennes à l’Université Dongguk.

« Mais si Pékin promet à Pyongyang de lui fournir son aide économique et de garantir la sécurité du régime en cas d’abandon de ses armes atomiques, le Nord se sentirait plus en sécurité », déclare-t-il à l’AFP.

Pékin partage l’objectif américain de dénucléarisation du Nord.