Pompeo au Moyen-Orient la semaine prochaine pour ressouder les alliances

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo. (AFP)
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Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo. (AFP)
Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo se rend la semaine prochaine au Moyen-Orient pour une tournée marathon visant à ressouder des alliances parfois ébranlées par de récents événements, de l’assassinat de Jamal Khashoggi au retrait américain de Syrie.

Il ira du 8 au 15 janvier en Jordanie, en Egypte, à Bahreïn, à Abou Dhabi, au Qatar, en Arabie saoudite, à Oman et au Koweït, a annoncé vendredi le département d’Etat.

La Maison Blanche avait également fait savoir fin décembre que le secrétaire d’Etat se rendrait à Bagdad, mais l’étape irakienne n’a pas été confirmée à ce stade.

Dans un discours sur la politique régionale de l’administration de Donald Trump qu’il prononcera au Caire puis tout au long de son voyage, le secrétaire d’Etat va marteler que « les Etats-Unis ne quittent pas le Moyen-Orient », a déclaré vendredi à des journalistes un haut responsable américain.

« Malgré les faux récits autour de la décision concernant la Syrie, nous n’allons nulle part », a-t-il insisté.

Le président Trump a annoncé à la surprise générale, avant Noël, le retrait des soldats américains déployés en Syrie pour combattre le groupe jihadiste Etat islamique (EI). Sa décision a pris de court les alliés des Américains, que Washington tente maintenant à la fois de rassurer et de prier de prendre le relais sur le terrain après son départ.

Après le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, parti vendredi pour Israël et la Turquie pour coordonner le retrait américain, Mike Pompeo va donc en discuter notamment à Amman et à Ryad.

Ryad pas assez « crédible »

Le gouvernement américain multiplie les messages pour gommer l’impression initiale de départ précipité donnée par le locataire de la Maison Blanche.

Pour rassurer les combattants kurdes qui ont lutté contre l’EI aux côtés des Américains, Mike Pompeo a dit que Washington continuerait de « faire en sorte que les Turcs ne massacrent pas les Kurdes », alors qu’Ankara menace d’une offensive contre une milice kurde qu’elle accuse de « terrorisme ».

Pour rassurer les alliés occidentaux engagés dans la coalition antijihadiste, le département d’Etat garantit désormais qu’il n’y a « pas de calendrier » pour le retrait militaire, qui sera « extrêmement coordonné » afin de ne « pas laisser de vides que les terroristes pourraient exploiter ». Pas de calendrier donc, mais « nous allons bien partir », « nous n’entendons pas garder une présence militaire indéfiniment en Syrie », a argumenté vendredi un autre responsable de la diplomatie américaine, sans dissiper le flou qui entoure plus que jamais la stratégie des Etats-Unis.

Pour rassurer enfin les alliés régionaux, Israël en tête, qui ont comme ennemi commun l’Iran et se retrouvent donc plus isolés face à Téhéran, ce responsable a confirmé que « le retrait de Syrie de toutes les forces sous commandement iranien » demeurait parmi les « objectifs » de Washington, mais par « d’autres moyens » que la simple présence militaire américaine.

Fait rare, Mike Pompeo se rendra au cours d’un même voyage dans les six pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), en proie aux divisions entre le Qatar et ses voisins arabes, pour les appeler à l’unité contre l’Iran chiite qui reste « la plus grande menace à la stabilité » selon le département d’Etat. 

Au menu des discussions à Abou Dhabi, Ryad, Mascate et Koweït City, également la guerre au Yémen où un cessez-le-feu est entré en vigueur dans le port de Hodeida après des discussions de paix saluées par les Etats-Unis.

L’administration Trump est sous la pression du Sénat américain, pourtant contrôlé par le camp républicain du président, qui a voté en décembre une résolution pour que Washington cesse de soutenir militairement au Yémen la coalition menée par l’Arabie saoudite contre les rebelles Houthis appuyés par l’Iran.

Les sénateurs américains sont particulièrement remontés contre Ryad depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, début octobre dans le consulat d’Arabie à Istanbul. Ils ont adopté une autre résolution, par consentement unanime, accusant le puissant prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane d’être « responsable du meurtre », alors même que l’administration Trump a fait savoir qu’elle entendait quoi qu’il en soit préserver l’alliance avec le royaume.

Mike Pompeo, qui s’était affiché tout sourire auprès du prince au plus fort de l’affaire Khashoggi, va « continuer à faire pression » sur les responsables saoudiens, a dit un troisième responsable du département d’Etat. Selon ce diplomate, les « récits » des autorités saoudiennes sur le meurtre n’ont « pas encore atteint le seuil de crédibilité et responsabilité nécessaires ».