À Ryad, le principal interlocuteur de Pompeo reste le prince héritier

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Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo (G) avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (D), lors d’un déplacement à Ryad le 16 octobre 2018, deux semaines après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul. (Reuters)
Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a assuré dimanche qu’il demanderait au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, lors d’une visite politiquement sensible à Ryad, que tous les responsables du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi « rendent des comptes ».

« On va continuer à discuter avec le prince héritier et les Saoudiens pour faire en sorte que tout le monde rende des comptes au sujet du meurtre inacceptable de Jamal Khashoggi », a-t-il dit lors d’une conférence de presse à Doha avant de se rendre dans la soirée en Arabie saoudite dans le cadre d’une tournée dans le Golfe.

Laissant entendre que le compte n’y était pas, il a expliqué vouloir s’assurer que Washington « dispose de tous les faits » autour de l’assassinat du journaliste saoudien, tué le 2 octobre dans le consulat de son pays à Istanbul. Et que les auteurs « soient tenus responsables, par les Saoudiens bien sûr mais par les Etats-Unis également ».

Le procès de 11 suspects s’est ouvert le 3 janvier en Arabie saoudite et le procureur général a requis la peine de mort contre cinq d’entre eux. L’administration de Donald Trump a, de son côté, sanctionné 17 responsables saoudiens.

Cependant, plus de trois mois après le meurtre, le corps de Khashoggi, critique du pouvoir saoudien qui collaborait avec le Washington Post, n’a toujours pas été retrouvé et des zones d’ombre demeurent, dont l’identité du ou des commanditaires de cette opération menée par un commando de 15 agents saoudiens.

Sous pression, les autorités saoudiennes ont fini par admettre que le journaliste avait été drogué et qu’il était mort d’overdose avant que son corps ne soit démembré à l’intérieur du consulat. Elles ont en revanche totalement dédouané le puissant prince héritier.

L’affaire a affecté les relations entre les Etats-Unis et le royaume sunnite, pilier traditionnel des alliances régionales de Washington, brouillant le message américain au moment où l’administration Trump tente de bâtir une « coalition » solide contre l’ennemi commun, l’Iran chiite.

Bien que le Sénat américain, pourtant contrôlé par le camp républicain de Donald Trump, ait clairement imputé au prince héritier la responsabilité du meurtre, le président américain a affirmé vouloir préserver le partenariat stratégique avec le royaume.

A Ryad, tous les regards seront donc tournés sur la rencontre de Mike Pompeo avec Mohammed ben Salmane. Lors de sa précédente visite, au plus fort de l’affaire Khashoggi, ses larges sourires auprès de celui que l’on surnomme « MBS » avaient indigné une partie de la classe politique américaine.

Sur la chaîne américaine Fox News, le secrétaire d’Etat a réaffirmé que les relations américano-saoudiennes restaient « incroyablement importantes pour les Américains ».

Au Qatar, avant l’Arabie saoudite, Mike Pompeo a aussi tenté de pousser à la réconciliation entre les deux pays voisins, sans signe d’ouverture à ce stade après un an et demi de crise qui sape la politique américaine dans la région et paralyse le Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Appel à l’unité

« Aujourd’hui j’ai souligné l’importance de l’unité parmi les membres du CCG. Le président Trump et moi-même pensons tous deux que la dispute a duré trop longtemps », a martelé le chef de la diplomatie américaine lors d’une conférence de presse avec son homoloque qatari, cheikh Mohammed ben Abderrahmane Al-Thani.

« Nous sommes plus puissants quand nous travaillons ensemble » face aux « défis communs », à commencer par l’Iran, a-t-il insisté.

Plus tard, M. Pompeo, qui s’exprimait à l’ambassade des Etats-Unis à Doha, a dit qu’il n’était « pas clair du tout si la querelle (du Golfe) était plus proche d’un règlement aujourd’hui qu’elle ne l’était hier. Et je le regrette ».

Au Caire, jeudi, il avait déjà exhorté les pays du Moyen-Orient à « dépasser les vieilles rivalités ».

L’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Egypte ont rompu en juin 2017 leurs relations diplomatiques avec le Qatar en lui imposant un blocus de fait. 

En cause, les liens présumés entre Doha et des groupes islamistes radicaux et, justement, l’Iran chiite, ennemi commun des autres pays sunnites de la région. Le Qatar réfute catégoriquement soutenir des mouvements extrémistes et s’est depuis efforcé de donner des gages aux Etats-Unis dans la lutte antiterroriste.

Mais les tentatives de médiation sont dans l’impasse, comme en témoigne la démission mardi de l’émissaire américain Anthony Zinni, qui a jeté l’éponge en raison de « l’absence de volonté » de réconciliation des « dirigeants régionaux ».

Pour Washington, tourner la page de cette crise est indispensable pour réussir le lancement de son Alliance stratégique du Moyen-Orient, une sorte d’Otan arabe vouée à souder ses alliés du Golfe mais aussi l’Egypte et la Jordanie contre Téhéran.

Mais la tâche s’annonce ardue.

« C’est compliqué à mettre sur pied », a reconnu samedi à Abou Dhabi le chef de la diplomatie américaine. « Il s’agit d’un accord complexe entre plusieurs nations, auxquelles on demande des engagements significatifs, mais je pense qu’il est possible d’avancer ».

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