Yémen: les observateurs de l’ONU à Hodeida indemnes après des tirs sur leur convoi

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Le général Patrick Cammaert, qui dirige une mission d'observateurs de l'ONU au Yémen, arrive dans le port de Hodeida, une ville dans l'ouest du pays, le 29 décembre 2018. (AFP)
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Le général Patrick Cammaert, qui dirige une mission d’observateurs de l’ONU au Yémen, arrive dans le port de Hodeida, une ville dans l’ouest du pays, le 29 décembre 2018. (AFP)
Des observateurs de l’ONU chargés de surveiller la trêve à Hodeida sont sortis indemnes de tirs contre leur convoi jeudi, quelques heures après que le Conseil de sécurité a approuvé l’envoi d’une mission élargie de 75 membres dans cette ville stratégique du Yémen.

Le chef de la mission d’observateurs, le général néerlandais à la retraite Patrick Cammaert, et son équipe sont « indemnes », a affirmé Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général de l’ONU.

Ils sortaient d’une réunion avec le gouvernement yéménite lorsqu’un « véhicule blindé portant la mention ONU a subi une série de tirs d’armes légères », a-t-il précisé. « L’équipe est rentrée à la base sans autres incidents ».

« Nous ne dramatisons pas outer mesure cet incident », a ajouté le porte-parole.

« Nous n’avons pas d’informations sur l’origine des tirs », a déclaré M. Dujarric, affirmant que « toutes les parties au Yémen » étaient responsables de la sécurité du personnel de l’ONU dans ce pays.

Les observateurs de l’ONU sont arrivés le 23 décembre à Hodeida, ville de l’ouest du Yémen qui abrite un port crucial pour l’acheminement de l’aide humanitaire à quelque 20 millions de Yéménites.

Ils sont chargés de superviser un cessez-le-feu fragile entré en vigueur le 18 décembre entre les rebelles Houthis, soutenus par l’Iran, et le gouvernement, appuyé par une coalition militaire menée par l’Arabie saoudite depuis mars 2015. 

Si les affrontements se sont atténués à Hodeida, des combats sporadiques continuent de mettre en péril la trêve négociée par l’ONU en Suède, dans l’espoir de mettre fin à une guerre qui menace le Yémen de famine. Les belligérants se sont tour a tour accusés d’avoir violé la trêve.

Rejet des rebelles

Les tirs contre le véhicule de l’ONU ont eu lieu au lendemain de l’adoption par le Conseil de sécurité, à l’unanimité, d’une résolution technique confirmant l’établissement au Yémen de 75 observateurs non-armés, chargés de superviser le cessez-le-feu et le retrait de troupes de la ville de Hodeida.

Les observateurs des Nations unies qui viendront renforcer l’équipe déjà sur place opèreront dans la ville de Hodeida et dans les ports de Salif et Ras Issa, situés dans la même province, pour une durée initiale de six mois.

Les rebelles sont divisés sur la question du soutien à apporter à l’accord de cessez-le-feu et sur l’envoi d’observateurs, le général Cammaert cristallisant le mécontentement de certains d’entre eux.

Un représentant des rebelles, Mohammed al-Bukhaiti, a indiqué que les Houthis refusaient la mission élargie de l’ONU.

« Nous n’accepterons pas de dialogue sur l’augmentation du nombre d’observateurs internationaux tant que le problème de Patrick Cammaert n’est pas résolu », a-t-il affirmé à l’AFP. « Depuis sa nomination, il a cherché à voir l’accord de Stockholm échouer ».

Le ministre yéménite de l’Information Mouammar al-Iryani a accusé jeudi sur Twitter les rebelles d’empêcher les observateurs de l’ONU dirigés par le général Cammaert de se rendre à une réunion conjointe avec des responsables du gouvernement.

Fonds de soutien

Hodeida est le point d’entrée de plus de trois quarts des importations et de l’aide humanitaire au Yémen, où le conflit a provoqué la pire crise humanitaire au monde selon l’ONU.

Les rebelles Houthis contrôlent la majeure partie de la ville et les forces gouvernementales sont déployées dans ses périphéries est et sud.

La coalition militaire menée par Ryad en soutien au gouvernement yéménite contrôle les frontières maritimes du pays et a imposé un blocus quasi total sur le port de Hodeida.

La trêve à Hodeida est l’une des avancées les plus importantes obtenues dans le cadre des discussions en Suède, considérées comme la meilleure chance de mettre un terme au conflit qui dévaste ce pays pauvre, toutes les tentatives en ce sens ayant jusqu’ici échoué.

Parmi les autres avancées obtenues en Suède, l’accord prévoit également des échanges de prisonniers.

Jeudi, le pouvoir et les rebelles yéménites ont tenté à Amman de traduire dans les faits cette disposition de l’accord, qui pourrait concerner jusqu’à 15.000 personnes. Le Comité international de la Croix-Rouge devrait superviser les échanges de détenus.

Au même moment, des donateurs internationaux se sont réunis à Berlin pour créer un fonds visant à soutenir le processus de paix balbutiant. 

Le ministre des Affaires étrangères allemand Heiko Maas s’est engagé à verser 4,5 millions d’euros, première contribution à ce nouveau fonds de soutien.

La guerre au Yémen menace 14 millions de personnes de famine et a fait quelque 10.000 morts depuis le début, en mars 2015, de l’intervention de la coalition militaire menée par Ryad. Des ONG estiment que le bilan des victimes est largement supérieur.