Centrafrique: 14 groupes armés pour un seul territoire

Des miliciens anti-balaka près de Bambo, le 16 août 2017. (AFP)
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Des miliciens anti-balaka près de Bambo, le 16 août 2017. (AFP)
Chacun maîtrisant une partie plus ou moins importante du territoire centrafricain, quatorze groupes armés sont parvenus à conclure avec les autorités de Bangui un accord de paix, paraphé mardi à Khartoum.

Depuis la chute du président François Bozizé en 2013, qui a marqué le début d’une profonde crise en Centrafrique, ces groupes contrôlent environ 80% du territoire, où une mission de l’ONU (Minusca) et l’armée tentent d’empêcher les violences quotidiennes.

Deux influents groupes de l’ex-Séléka

Officiellement, la coalition de la Séléka (alliance en langue locale), à l’origine de la chute de François Bozizé, a été dissoute en 2013.

Mais deux groupes armés créés par d’ex-généraux de la Séléka ont aujourd’hui une grande influence: le Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique (FPRC) et l’Unité pour la paix en Centrafrique (UPC).

Le FPRC, dirigé politiquement par Noureddine Adam et militairement par Abdoulaye Hissene, tous deux sous sanctions de l’ONU, est basé dans le nord du pays, à Birao et Ndele. L’influence du groupe s’étend jusqu’au centre du pays (de Kaga Bandoro à Bria), région riche en ressources minières.

L’UPC, emmené par Ali Darassa, est lui basé dans le centre, à Alindao et Bambari. Jusqu’en 2017, le FPRC et l’UPC combattaient pour le contrôle du centre de la Centrafrique.

Ils sont alliés depuis octobre 2017, période à laquelle ils ont signé un accord de cessation des hostilités à Ippy.

Un troisième ex-général de la Séléka garde une influence notable: le Tchadien Mahamat Al-Khatim, qui a créé en 2015 le Mouvement patriotique pour la Centrafrique (MPC).

Allié du FPRC et de l’UPC, le MPC est installé à Kabo et le long de la frontière tchadienne, dans le nord du pays.

Groupes antibalaka épars

Les milices antibalaka, créées en 2013 en réaction à la prise de Bangui par la Séléka en s’autoproclamant d' »autodéfense », sont aujourd’hui divisées en deux branches.

L’une est emmenée par Patrice-Edouard Ngaïssona, l’ancien « coordinateur » des milices, toujours influent, qui a été transféré à la Cour pénale internationale (CPI) début janvier.

M. Ngaïssona est réputé proche de l’ex-président François Bozizé en exil.

L’autre branche dépend de Maxime Mokom (sous sanctions américaines) qui a créé une alliance avec des groupes de l’ex-Séléka en 2015 en signant les accords de Nairobi.

Cette alliance conclue de façon opportuniste pour assurer aux signataires le contrôle d’un large territoire, comprenait aussi le groupe armé Rassemblement patriotique pour le renouveau de la Centrafrique (RPRC), un petit groupe armé basé à Bria.

D’autres petits groupes locaux

Dans l’ouest et le nord-ouest du pays, d’autres petit groupes armés à l’influence locale, composés de quelques centaines de combattants tout au plus, sont installés sur les couloirs de transhumance de bétail, aux frontières du Tchad et du Cameroun.

Parmi ceux-ci, se trouve le groupe armé Retour, réclamation et réhabilitation (3R), créé en 2016 par Abass Sidiki dans la préfecture de Nana-Mambéré.

Les groupes Révolution justice (RJ), le Mouvement national pour la libération de la Centrafrique (MNLC) de l’ex-officier de la Séléka Ahmat Bahar, ou encore le Front démocratique du peuple centrafricain (FPDC) sont aussi présents dans la zone, riche en or et diamants.

Centrafrique: un accord paraphé à Khartoum relance les espoirs de paix

Un accord de paix entre le pouvoir et 14 groupes armés qui contrôlent 80% du territoire de la Centrafrique a été paraphé mardi à Khartoum, relançant les espoirs de paix dans ce pays pauvre meurtri par des années de conflit.

Cet accord de paix, le huitième depuis 2012, avait été obtenu samedi après une dizaine de jours de négociations à Khartoum sous l’égide de l’Union africaine (UA).

Son contenu restait toujours inconnu mardi, le texte n’ayant pas été distribué aux journalistes présents à la cérémonie de paraphe. Il ne sera rendu public qu’après la signature proprement dite, prévue à Bangui dans les prochains jours, selon les autorités centrafricaines.

L’accord a été paraphé au nom du gouvernement centrafricain par le président Faustin Archange Touadéra, venu spécialement dans la capitale soudanaise, a constaté un correspondant de l’AFP.

Le président soudanais Omar el-Béchir, dont le pays a accueilli les négociations, était présent à la cérémonie, ainsi que le président de la Commission de l’UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat.

Après avoir paraphé le texte appelé « accord de Khartoum », les représentants des 14 groupes armés, pour la plupart issus de l’ex-rébellion musulmane Séléka ou des milices antibalaka (antimachettes, qui affirment défendre les chrétiens), ont serré la main à MM. Touadéra et Béchir, devant plusieurs ambassadeurs et diplomates étrangers.

« L’accord de Khartoum ouvre la voie au retour de la paix dans notre pays, il est maintenant temps d’ouvrir une nouvelle page pour la Centrafrique », a déclaré le président Touadéra qui a lancé aux représentants des groupes armés: « rentrons ensemble à Bangui pour construire notre pays ensemble ».

Parlant au nom des groupes armés, Herbert Gontran Djono Ahaba, également ministre de l’Energie, a estimé que « les difficultés commencent maintenant avec l’application de l’accord (…) crucial pour la paix ».

A Bangui, Ambroise Saraga, un habitant de la capitale centrafricaine, s’est dit « très enthousiasmé » par la conclusion de ce nouvel accord de paix à Khartoum: « C’est ce que nous attendions, que deux parties qui ne s’entendent pas, se retrouvent autour d’une table ».

Il a dit espérer que l’accord retiendrait ce que de nombreux Centrafricains avaient exigé lors de rencontres et forums récents, à savoir une « tolérance zéro » pour les auteurs de crimes et de violences.

Sept accords sans suite

Les négociations de Khartoum, lancées le 24 janvier, ont rassemblé les principaux chefs des groupes armés et une importante délégation gouvernementale.

En Centrafrique, pays de 4,5 millions d’habitants en guerre depuis fin 2012, pas moins de sept accords de paix ont déjà été signés depuis, sans qu’aucun n’aboutisse au retour de la stabilité.

Les pourparlers de Khartoum ont à un moment été suspendus à cause de désaccords, en particulier sur la question de l’amnistie des responsables de crimes et d’exactions, réclamée par les groupes armés.

Sous la pression de ses partenaires occidentaux, Bangui a toujours refusé une amnistie des chefs de guerre dont plusieurs sont sous sanctions de l’ONU ou cités pour violations des droits de l’homme dans des rapports d’ONG. D’autres sont sous la menace d’un mandat d’arrêt.

Une Cour pénale spéciale (CPS) a été créée à Bangui pour juger les crimes commis dans le pays depuis 2003, mais son activité est limitée.

Outre l’amnistie, les groupes armés exigeaient aussi « la dissolution du gouvernement et la formation d’un gouvernement de sortie de crise » dont le Premier ministre serait issu de leurs rangs.

Ils réclamaient également la mise en place de patrouilles mixtes avec les Forces armées centrafricaines (Faca) pour sécuriser le territoire qui est en grande partie placé sous leur coupe.

Ancienne colonie française classée parmi les pays les plus pauvres au monde, la Centrafrique est cependant riche en diamants, or et uranium. Les groupes armés, qui contrôlent 80% du territoire, s’y affrontent pour le contrôle de ces richesses.

Ils s’opposent régulièrement aux quelque 12.000 soldats et policiers de la Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca) qui tente en vain d’empêcher les violences.

Depuis un an, la Russie a fait une entrée remarquée en Centrafrique en livrant des armes aux Faca et en assurant la sécurité du président Touadéra.