Crise indo-pakistanaise: le Pakistan va libérer un pilote indien en un « geste de paix »

Des soldats pakistanais autour de ce que le Pakistan présente comme les débris d'un avion de chasse indien abattu le 27 février 2019. (AFP)
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Des soldats pakistanais autour de ce que le Pakistan présente comme les débris d’un avion de chasse indien abattu le 27 février 2019. (AFP)
Le Pakistan va libérer vendredi un pilote de l’armée de l’air indienne capturé mercredi en un « geste de paix » à l’égard de l’Inde, a indiqué jeudi son Premier ministre Imran Khan après trois jours de crise aiguë entre les deux puissances nucléaires.

Ce geste d’ouverture survient après deux journées de dangereuse confrontation militaire entre les deux pays voisins, la communauté internationale craignant que leurs dirigeants ne perdent le contrôle de la situation.

« En un geste de paix, nous libérerons le pilote indien demain (vendredi) », a déclaré Imran Khan devant le Parlement, qui l’a chaudement applaudi. Aucun détail n’a filtré dans l’immédiat sur la manière dont serait organisé le retour du pilote dans son pays. 

Pour autant « notre désir de désescalade ne devrait pas être interprété comme une faiblesse » par le Premier ministre indien Narendra Modi, a averti M. Khan, ajoutant toutefois qu’il avait « essayé de (lui) parler » mercredi  soir.

« Nous ne devrions même pas penser à la guerre, particulièrement vu la létalité des armes que les deux pays détiennent », a-t-il observé en référence à leur arsenal nucléaire. « J’ai peur des mauvais calculs », insisté Imran Khan.

L’armée pakistanaise avait affirmé mercredi avoir capturé le pilote après avoir abattu deux avions indiens dans son espace aérien, dont l’un serait tombé au Cachemire indien et l’autre au Cachemire pakistanais.

Elle avait publié des images du pilote, le lieutenant-colonel Abhinandan Varthaman, et assuré l’avoir bien traité.

New Delhi avait de son côté reconnu avoir perdu un Mig-21 dans les affrontements et exigé le « retour immédiat et en toute sécurité » de son pilote, devenu entretemps un héros dans son pays.

Pour l’analyste pakistanais Hasan Askari, sa libération représente « un geste extraordinaire ». « Normalement on ne renvoie pas les gens comme lui aussi rapidement ».

« Espérons que l’Inde répondra positivement et travaillera avec le Pakistan à la normalisation de la situation entre les deux pays », a-t-il ajouté, interrogé par l’AFP.

En Inde même, l’annonce de M. Khan a été saluée comme une victoire diplomatique pour New Delhi, les commentateurs estimant qu’Islamabad avait cédé sous la pression.

Trump optimiste

M. Modi avait auparavant usé d’un ton peu conciliant l’égard du Pakistan, dénonçant sans le nommer un « ennemi (qui) essaye de déstabiliser l’Inde ».

« Face à leur but, chaque Indien devrait faire mur, être solide comme un roc », a lancé le dirigeant nationaliste lors d’une vidéo conférence.

M. Modi briguera au printemps un second mandat et est sous forte pression de l’opinion publique indienne pour se montrer inflexible face au Pakistan.

Les appels à la vengeance et aux représailles se sont multipliés en Inde depuis l’attentat-suicide qui a coûté la vie à plus de 40 paramilitaires au Cachemire indien le 14 février et qui avait été revendiqué par un groupe islamiste basé au Pakistan, le Jaish-e-Mohammed (JeM).

La crise a éclaté mardi lorsque des avions de l’armée de l’air indienne ont pénétré dans l’espace aérien pakistanais et mené une « frappe préventive » contre ce que New Delhi a décrit comme un vaste camp d’entraînement du JeM.

Elle s’est poursuivie mercredi avec des incursions aériennes de part et d’autre et l’annonce de la perte des avions et de la capture du pilote indien.

« Le vrai danger est que la crise échappe au contrôle des deux gouvernements », estime Richard Gowan, expert rattaché à l’université de l’ONU à New York.

« Le risque existe qu’une autre attaque terroriste ou qu’un accès de violences communautaires rendent soudainement la diplomatie plus difficile », juge-t-il.

Depuis Hanoï, où il rencontrait le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, le président américain Donald Trump a déclaré « espérer que (la crise) va se terminer ».

État d’alerte

« Nous avons reçu, je pense, des nouvelles raisonnablement attrayantes du Pakistan et de l’Inde », a poursuivi M. Trump. « Nous essayons de faire s’arrêter » les deux protagonistes, a-t-il affirmé.

Au Pakistan, l’atmosphère demeurait néanmoins tendue. La sécurité a été renforcée et les hôpitaux mis en état d' »alerte » pour être prêts à toute éventualité.L’espace aérien, fermé la veille « jusqu’à nouvel ordre » en raison des tensions, n’avait toujours pas rouvert jeudi, provoquant l’annulation de dizaines de vols dans le pays. Des milliers de vacanciers se sont également retrouvés bloqués à l’aéroport de Bangkok pour les mêmes raisons.

Au Cachemire, l’armée pakistanaise a indiqué être en état d' »alerte élevée pour contrecarrer toute agression indienne » le long de la Ligne de contrôle (LoC) qui sert de frontière de facto.