Réunion du Groupe de Lima, à Ottawa: le Canada appuie les Vénézuéliens, mais exclut l’option militaire

Des opposants à Nicolas Maduro manifestent le 30 janvier 2019 à Caracas. (AFP)
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Des opposants à Nicolas Maduro manifestent le 30 janvier 2019 à Caracas. (AFP)
Les pays du Groupe de Lima réunis lundi à Ottawa, ont réaffirmé l’appui d’un «processus de transition pacifique» pour dénouer la crise politique et sociale qui affecte le Venezuela sous le régime contesté du président Nicolas Maduro.  

Les pays du Groupe de Lima réunis lundi à Ottawa, ont réaffirmé l’appui d’un «processus de transition pacifique» pour dénouer la crise politique et sociale qui affecte le Venezuela sous le régime contesté du président Nicolas Maduro.  

«[L’intervention militaire] est exclue», a affirmé la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland lors d’une conférence de presse marquant la fin de la rencontre de cette réunion d’urgence des pays membres du Groupe de Lima.

Le Groupe de Lima a par ailleurs réitéré son appui au président intérimaire Juan Guaidó pour parvenir à la tenue d’élections «libres et justes» et accueilli en son sein comme membre du groupe le gouvernement «légitime» de Juan Guaidó.  

Le gouvernement du Canada a également aujourd’hui à l’ouverture de la réunion qu’il versera 52,89 millions de dollars dans le cadre d’une intervention intégrée axée sur la stabilisation, l’aide humanitaire et le développement afin d’aider les personnes touchées par la crise au Venezuela, ainsi que les pays voisins recevant un afflux de réfugiés et de migrants.

« Aujourd’hui, le Canada monte en puissance et annonce (une aide de) 53 millions de dollars pour répondre aux besoins les plus urgents des Vénézuéliens sur le terrain, notamment les près de trois millions de réfugiés », a déclaré M. Trudeau lors d’un discours à l’ouverture des débats, qui regroupent la dizaine de pays latino-américains du Groupe de Lima auxquels sont également associés les Etats-Unis et l’Union européenne.

Un nombre croissant de Vénézuéliens sont contraints de fuir vers les pays voisins en raison de l’aggravation de la crise économique, politique et humanitaire.

Au moyen de l’aide annoncée, le Canada s’efforcera de répondre aux besoins fondamentaux des personnes les plus touchées, notamment les migrants et les réfugiés. Il s’agira notamment de fournir une aide alimentaire d’urgence et d’améliorer l’accès aux soins de santé, à l’eau et aux installations sanitaires, ainsi qu’aux services d’éducation et de protection, en mettant l’accent sur les besoins des femmes et des filles. Le Canada collaborera aussi avec des partenaires internationaux pour aider les voisins du Venezuela qui accueillent un grand nombre de réfugiés et de migrants, et pour accroître son soutien de manière à aider à surveiller la situation des droits de la personne au Venezuela et à en rendre compte.

Juan Guaido, qui s’est proclamé président par intérim du Venezuela, s’est adressé par message vidéo à la conférence, se disant impatient de voir organiser « le plus tôt possible une élection libre et équitable pour restaurer la démocratie au Venezuela ».

« Les Vénézuéliens « sont tout près de recouvrer leur liberté », a-t-il ajouté.

Son envoyé spécial à la conférence Julio Borges, leader du parti Primero Justicia, a estimé devant quelques journalistes que la chute du régime du président Nicolas Maduro serait « l’équivalent de la chute du mur de Berlin pour l’Amérique latine ». 

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo ainsi que l’adjointe de la chef de la diplomatie européenne, Helga Schmid, devaient participer par vidéoconférence aux débats.

Madrid, Londres, Paris, Berlin et plusieurs autres capitales européennes ont reconnu lundi Juan Guaido comme président par intérim du Venezuela après le refus de Nicolas Maduro de convoquer une élection présidentielle malgré un ultimatum européen.

La plupart des pays du Groupe de Lima, à l’exception du Mexique, avaient déjà reconnu M. Guaido la semaine dernière. 

Le Groupe de Lima

Créé en 2017, le Groupe de Lima comprend l’Argentine, le Brésil, le Canada, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras, le Mexique (qui n’a pas reconnu M. Guaido), le Panama, le Paraguay, le Pérou, le Guyana et Sainte-Lucie. 

Dimanche, le Premier ministre Justin Trudeau, qui s’est impliqué personnellement dans cette crise, avait téléphoné à Juan Guaido et les deux hommes avaient appelé à l’organisation d’une présidentielle « libre et juste » et réaffirmé « l’illégitimité » de Nicolas Maduro.

L’envoyé spécial de Juan Guaido à la réunion du Groupe de Lima à Ottawa s’est félicité de la reconnaissance de M. Guaido par plusieurs capitales européennes, qu’il a qualifiée de « bonne nouvelle ». 

« Nous attendons et espérons de cette réunion du Groupe de Lima qu’elle apporte un soutien total pour une aide humanitaire, pour la coalition en faveur de la liberté au Venezuela, un plein soutien pour des élections libres et pour de nouvelles mesures visant à accroitre la pression démocratique pour mettre fin au régime Maduro », a-t-il déclaré à un groupe de journalistes, dont un correspondant de l’AFP.

M. Trudeau a par ailleurs annoncé qu’Ottawa reconnaissait officiellement un représentant du président par intérim Guaido au Canada, M. Orlando Viera-Blanco.

L’aide canadienne

« Les Vénézuéliens qui ont été contraints de fuir leur foyer font face à des conditions de plus en plus difficiles, et les pays qui les accueillent ont du mal à répondre à leurs besoins. L’appui du Canada aidera des organismes partenaires expérimentés à alléger les souffrances des plus vulnérables et à renforcer les capacités des pays qui accueillent des migrants et des réfugiés. »

– Marie-Claude Bibeau, ministre du Développement international

  • Depuis 2015, plus de 3 millions de Vénézuéliens ont été contraints de fuir leur pays par manque de nourriture, de soins de santé et d’autres services de base.
  • Depuis 2017, le Canada a versé 2,21 millions de dollars en aide humanitaire pour répondre aux besoins des populations les plus vulnérables touchées par la crise au Venezuela. Les 52,89 millions de dollars supplémentaires dédiés à l’aide humanitaire, à la stabilisation et au développement portent à plus de 55 millions de dollars la contribution globale du Canada pour répondre directement aux effets de la crise au Venezuela.

L’aide canadienne vise à fournir de l’aide alimentaire d’urgence, des médicaments, de l’eau et de l’aide sanitaire aux personnes les plus affectées par la crise, dont les Vénézuéliens réfugiés dans d’autres pays de la région.

Le Canada doit aussi contribuer à surveiller la situation des droits humains au Venezuela.

*Avec AFP