Du plomb dans l’aile ou plutôt de la rouille sur les ailes et le moral dans les talons…

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La décision du gouvernement de Justin Trudeau de procéder à l’achat de 25 avions de combat F-18 à l’Australie est fortement discutable sur de multiples facettes.

Dans quelques semaines, le Canada commencera à prendre possession de ces « nouveaux » appareils. Personnellement, je suis d’avis que notre nation est une fois de plus la risée mondiale. Quel autre pays du G7 irait dépenser 500 millions de dollars pour faire l’achat de 25 avions de combat qui ont plus de 30 ans de service ?

Pourront-ils (au moins) voler de Mirabel à Cold Lake ?

Le comble du comble, Radio-Canada nous apprenait que le gouvernement Trudeau considère sérieusement de rapporter au Canada ces vieux appareils à l’aide… d’un avion-cargo de type Antonov. C’est quoi le problème ? Les F-18 australiens ne sont pas en mesure de parcourir la distance entre Canberra en Australie et Mirabel au Canada ? Si cela est le cas, c’est rassurant, car ce sont ces mêmes appareils qui assureront la défense aérienne de notre pays. Pourront-ils voler de Mirabel à Cold Lake ?

Si le Canada décide de rapporter les 23 avions par avion-cargo (2 avions sont déjà aux États-Unis), une fortune sera dépensée en transport, car les frais de fonctionnement d’un Antonov sont très élevés. Ils n’ont pas pensé à les transporter par bateau ? Pourquoi ne pas acheter un porte-avion usagé ? Avec nos sous-marins et nos « nouveaux » F-18, un porte-avion usagé ferait aussi l’affaire !

Vous savez quoi, ça me donne l’impression que tout est improvisé !

Technologie désuète

Fondamentalement, avons-nous besoin de F-18 dont la technologie est désuète et qui selon toute vraisemblance ne feraient aucunement le poids contre des avions de chasse de 5e génération ? Dans le contexte des guerres modernes et urbaines, quelle est la valeur ajoutée, l’utilité, de procéder à l’achat de ces appareils ? Les gouvernements libéraux ont une fâcheuse habitude d’acheter du matériel militaire usagé. Personne (et surtout pas les contribuables) n’a oublié la désastreuse transaction du gouvernement de Jean Chrétien avec la Grande Bretagne dans les années 1990 pour l’achat de 4 sous-marins, au diesel, technologie qui était déjà dépassée depuis longtemps au moment de l’achat. Ces sous-marins ont coûté jusqu’à présent plus de 3 milliards de dollars et ont passé 91% du temps en cale sèche ou à quai.

Mais au-delà de tous ces éléments de discussion, ma réflexion porte sur les répercussions sur le moral des troupes lorsque notre gouvernement fait l’achat d’équipement qui est bon pour la ferraille, pour le musée ou pour être installé en avant d’une filiale de la Légion royale canadienne.

Et le moral des troupes ?

Si je prends le temps de me mettre dans la tenue de vol d’un pilote de l’Aviation royale canadienne, j’aurais sans doute le moral dans les talons. Je me questionnerais sérieusement. J’aurais sans doute des craintes pour ma propre vie si jamais je devais être impliqué dans un combat aérien. Je me demanderais si notre gouvernement est véritablement sérieux dans sa stratégie de défense. En fait, je serais assez confus et déprimé. De mon point de vue, l’achat d’équipement militaire usagé ne peut qu’avoir un impact négatif sur le moral des troupes et un impact sur l’attrition du personnel. Par de fait même, cela doit aussi affecter le recrutement des personnes qui auraient un intérêt pour la carrière de pilote de chasse. J’ai tenté de rejoindre deux pilotes de chasse que je connais, mais je n’ai pas eu de retour. De toute manière, je doute fortement qu’ils aient commenté cet achat, ils sont trop professionnels.

Nous avons l’une des meilleures forces militaires au monde sur le plan des ressources humaines. Une force qui est professionnelle, très bien entraînée et qui a démontré à maintes reprises son excellence lors de conflits ou d’opérations locales ou de maintien de la paix. Toutefois, pour demeurer parmi les meilleurs, nos soldats, marins et aviateurs doivent pouvoir bénéficier d’un équipement militaire à la fine pointe de la technologie. C’est aussi simple que ça ! Il est impossible de séparer le soldat de l’équipement militaire pour obtenir de bons résultats.

Une fausse bonne affaire

Bien évidemment, l’équipement militaire moderne est extrêmement cher et comme pays, nous avons des moyens financiers limités en matière de défense (budget de +/- 25 milliards en 2017). Comme nation, nous devons faire des choix en matière d’investissements dans les différentes sphères de la société. Conséquemment, avant d’acheter n’importe quoi dont des sous-marins au diesel qui devraient être stationnés à Pointe-au-Père en Gaspésie ou des F-18, il faudrait possiblement avoir une réflexion de fond sur nos intentions en matière de défense, sur nos alliances et sur notre capacité financière.

Entretemps, le gouvernement de Justin Trudeau pourra continuer de penser qu’il a fait une bonne affaire et se réjouir d’avoir obtenu 7 avions F-18 sur les 25 qui seront utilisés par leurs pièces.

À une échelle moins considérable il va sans dire, c’est comme le gars, très fier de son coup, qui s’achète deux Bombardiers ski doo Tundra 250cc 1988 dont l’un sera utilisé pour les pièces ! Il doit aller les chercher à Chibougamau et il habite en banlieue de Montréal. Il pense faire une bonne affaire ! Le Tundra à quand même 30 ans, il doit parcourir des centaines de kilomètres pour aller le chercher et son moral risque d’en prendre un coup lorsqu’il sera « stallé » dans les bois à des kilomètres de chez lui !

Une bonne affaire vous dites ! ?