Escalade au Cachemire où Pakistan et Inde affirment avoir abattu des avions

80
Des soldats pakistanais autour de ce que le Pakistan présente comme les débris d'un avion de chasse indien abattu le 27 février 2019. (AFP)
Temps de lecture estimé : 4 minutes
Des soldats pakistanais autour de ce que le Pakistan présente comme les débris d’un avion de chasse indien abattu le 27 février 2019. (AFP)
La tension s’est brutalement aggravée mercredi entre l’Inde et le Pakistan qui ont tous deux affirmé avoir abattu des avions du camp opposé, les deux puissances nucléaires répétant toutefois vouloir éviter « l’escalade ».

Mise à jour 27/02/2019, 14h22

Le Pakistan a annoncé la fermeture de son espace aérien jusqu’au 28 février à 23h59. Il n’y a présentement aucun vol commercial à destination, en provenance ou à l’intérieur du Pakistan, rapporte le service aux voyageurs du ministère canadien des Affaires mondiales qui avise aussi les Canadiens que les opérations dans plusieurs aéroports pourraient être perturbées, notamment au Jammu et- Cachemire et dans le nord de l’Inde.

La ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, demande pour sa part la désescalade des tensions entre l’Inde et le Pakistan.

«Le Canada est vivement préoccupé par la montée des tensions entre l’Inde et le Pakistan. Nous exhortons les deux parties à faire preuve de la plus grande retenue et à éviter toute nouvelle escalade militaire, a-t-elle déclaré, affirmant que «Le dialogue entre l’Inde et le Pakistan est nécessaire pour trouver une solution diplomatique durable et maintenir la paix et la sécurité dans la région.»

La tension s’est brutalement aggravée mercredi entre l’Inde et le Pakistan qui ont tous deux affirmé avoir abattu des avions du camp opposé, les deux puissances nucléaires répétant toutefois vouloir éviter « l’escalade ».

Cette poussée de fièvre alarme la communauté internationale qui redoute un conflit ouvert entre les deux frères ennemis d’Asie du Sud autour de la région poudrière du Cachemire, pomme de discorde depuis des décennies.

Le Premier ministre pakistanais Imran Khan n’a pas caché son inquiétude: « Pouvons-nous nous permettre le moindre mauvais calcul avec le genre d’armes que nous avons et que vous avez? », a-t-il interrogé en référence à l’arsenal nucléaire des deux pays voisins. 

« Si l’escalade commence ici, jusqu’où cela ira-t-il ? », a-t-il lancé lors d’un bref discours télévisé mercredi, renouvelant son appel à New Delhi à « venir à la table des négociations ».

Plus tôt mercredi, la ministre indienne des Affaires étrangères, Sushma Swaraj, avait semblé plaider elle aussi l’apaisement, soulignant lors d’un déplacement en Chine que « l’Inde ne souhaite pas d’escalade ».

Les événements se précipitent dans la région depuis que l’armée indienne a affirmé mardi avoir mené une « frappe préventive » contre un camp d’entraînement du groupe islamiste Jaish-e-Mohammed (JeM) au Pakistan.

Ce mouvement rebelle avait revendiqué un attentat-suicide au Cachemire indien ayant tué au moins 40 paramilitaires indiens le 14 février. Un « très grand nombre » de combattants ont été tués lors de ce raid, selon New Delhi, selon qui le groupe préparait de nouveaux attentats en Inde.

Islamabad avait aussitôt dénoncé une « agression intempestive » et promis d’y répondre « à l’heure et à l’endroit de son choix ».

Les Etats-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et la Russie ont exhorté l’Inde et le Pakistan à la « retenue », tout comme la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini.

Pilote capturé

Les forces armées pakistanaises ont affirmé mercredi avoir abattu deux avions indiens dans l’espace aérien pakistanais, dont l’un serait tombé au Cachemire indien et l’autre au Cachemire pakistanais. 

L’armée avait initialement fait état de la capture de deux pilotes indiens, dont l’un aurait été conduit à l’hôpital, avant de préciser plus tard sur Twitter qu’elle ne détenait qu' »un seul pilote ». 

Il est traité « selon les normes de l’éthique militaire », a affirmé l’armée, qui a publié une vidéo le montrant assis en train de boire du thé dans un endroit inconnu.

« Le thé est excellent », l’entend-t-on déclarer en anglais, précisant qu’il est marié et a été bien traité, mais se refusant à répondre à d’autres questions. 

New Delhi a de son côté annoncé avoir « perdu un Mig-21 » dont le pilote est porté « disparu au combat ». L’Inde demande « son retour immédiat et en toute sécurité », a indiqué par la suite le ministère des Affaires étrangères. 

L’Inde a également affirmé avoir abattu un avion pakistanais, ce qu’a démenti Islamabad.

Vols annulés

Signe de la volatilité de la situation, le Pakistan a fermé son espace aérien « jusqu’à nouvel ordre », provoquant l’annulation ou des changements d’itinéraires pour de nombreux vols commerciaux. 

En Inde, au moins neufs aéroports de la pointe nord du pays ont été brièvement fermés aux vols civils.

La situation était également très tendue le long de la Ligne de contrôle, frontière de facto au Cachemire. 

Contactés par l’AFP, des villageois ont décrit d’intenses échanges d’artillerie entre armées indienne et pakistanaise dans plusieurs secteurs dans la nuit de mardi à mercredi. Les tirs d’obus de part et d’autre de la frontière de facto sont récurrents dans cette zone parmi les plus militarisées au monde.

« Nous avons passé la nuit dans l’horreur la plus totale. Les obus n’ont pas atterri dans le village mais des avions de chasse continuent de voler au-dessus de nous », a raconté Tariq, un habitant du village de Kamalkote, côté indien.

Quatre personnes, dont deux enfants, ont été tuées mardi dans un échange de tirs entre militaires indiens et pakistanais près de la Ligne de contrôle. Plus de 2.000 personnes ont fui leur domicile côté pakistanais à la suite des tirs, ont indiqué des responsables pakistanais à l’AFP.

Carte de la région du Cachemire entre l’Inde et le Pakistan. (AFP)

L’Inde et le Pakistan se sont livré trois guerres par le passé, dont deux au sujet du Cachemire, région himalayenne en majorité peuplée de musulmans, partagée entre les deux pays et que tous deux revendiquent.

Il s’agit de la première crise diplomatique majeure pour le dirigeant pakistanais Imran Khan, entré en fonction l’été dernier et qui avait jusqu’ici plaidé pour le dialogue avec New Delhi.

Le Premier ministre nationaliste indien Narendra Modi cultive pour sa part une image d’homme fort et briguera au printemps un second mandat. Il était sous forte pression de son opinion publique de venger l’attentat du 14 février.

L’analyste du Wilson Center Michael Kugelman a déclaré « douter que l’Inde soit prête à la désescalade à ce stade ». « Mais le pilote indien capturé donne à Islamabad un atout de marchandage clé » pour la suite, a-t-il souligné sur Twitter.