Khashoggi: un «meurtre planifié et perpétré» par l’Arabie saoudite, dit l’ONU

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La rapporteure spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires Agnès Callamard, le 5 février 2018 à San Salvador. (AFP)
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La rapporteure spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires Agnès Callamard, le 5 février 2018 à San Salvador. (AFP)
La rapporteuse spéciale de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires a affirmé jeudi détenir des «preuves» montrant que le «meurtre» du journaliste saoudien Jamal Khashoggi avait été « planifié et perpétré par des représentants de l’État d’Arabie saoudite ».

Dans un communiqué, Agnès Callamard, de retour d’une mission en Turquie pour faire la lumière sur la mort le 2 octobre 2018 de l’éditorialiste au consulat saoudien d’Istanbul, a souligné que ce «meurtre» était «prémédité» et constituait «la violation la plus grave du droit le plus fondamental de tous, le droit à la vie».

Elle a également dénoncé l’utilisation de l’«immunité» diplomatique pour commettre un meurtre en toute «impunité».

«Les preuves recueillies au cours de ma mission en Turquie montrent de prime abord que M. Khashoggi a été victime d’un meurtre brutal et prémédité, planifié et perpétré par des représentants de l’État de l’Arabie saoudite», a affirmé Mme Callamard, citée dans le communiqué.

Plus de quatre mois après sa mort, le corps du journaliste, qui écrivait notamment pour le Washington Post, n’a toujours pas été retrouvé.

Son assassinat a plongé l’Arabie saoudite dans une grave crise diplomatique et a nettement terni la réputation du prince héritier Mohammed ben Salmane qui est accusé par des responsables américains et turcs d’avoir commandité le meurtre.

Riyad a toutefois imputé ce meurtre à des éléments «incontrôlés». Le procès de 11 suspects s’est ouvert début janvier en Arabie saoudite et le procureur général a requis la peine de mort contre cinq d’entre eux.

Ankara a plusieurs fois souligné la nécessité d’une enquête internationale sur cette affaire, déplorant le manque de transparence de l’enquête saoudienne.

Dans le communiqué, Mme Callamard a assuré que le meurtre de M. Khashoggi «violait à la fois le droit international et les règles fondamentales des relations internationales, y compris les exigences relatives à l’utilisation légale des missions diplomatiques».  

«Les garanties d’immunité n’ont jamais eu pour but de rendre possible qu’un crime soit commis et d’exonérer ses auteurs de leur responsabilité pénale», a-t-elle écrit.

Son rapport final doit être présenté en juin devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève, mais il devrait être publié quelques semaines auparavant, fin mai. Dans le rapport, elle présentera une série de recommandations, qui ne sont toutefois pas contraignantes pour les États.

Au cours de sa mission, Mme Callamard s’est notamment entretenue avec le procureur de la République à Istanbul et avec le chef des services secrets turcs, et a été reçue par les ministres turcs des Affaires étrangères et de la Justice.

Le communiqué n’indique pas si elle a pu avoir accès au consulat saoudien à Istanbul, comme elle l’avait demandé.

Son équipe a en revanche pu avoir accès à des «informations cruciales» sur le meurtre du journaliste, notamment des extraits d’un enregistrement audio «effrayant» qui se trouve entre les mains des services secrets turcs.

Mme Callamard a toutefois précisé que son équipe n’avait pas été en mesure d’effectuer un «examen approfondi» de ce matériel et qu’elle n’avait pas eu l’occasion d’authentifier l’enregistrement audio de manière indépendante.