La loi ou la force: les groupes armés chiites veulent bouter les Américains hors d’Irak

Des membres des Brigades du Hezbollah, un groupe armé chiite irakien soutenu par l'Iran, à Najaf, le 20 février 2015. (AFP)
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Des membres des Brigades du Hezbollah, un groupe armé chiite irakien soutenu par l’Iran, à Najaf, le 20 février 2015. (AFP)
Faire partir les Américains d’Irak est désormais l’objectif numéro un des factions armées chiites proches de l’Iran. Et elles ont, disent leurs dirigeants à l’AFP, deux solutions pour cela: la loi ou les armes.

Ces factions soutenues par l’Iran ont combattu avec le gouvernement irakien contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) tout comme…les Américains.

Mais le président des Etats-Unis Donald Trump les a indignées en affirmant, dans une interview diffusée dimanche, qu’après le retrait des soldats américains de Syrie, l’Irak servira de base pour « surveiller » Téhéran. Des déclarations qui ont fait tiquer même des alliés de Washington à Bagdad, l’Iran étant un partenaire clé de l’Irak, économiquement et politiquement. 

Un peu plus d’un an après la déclaration de victoire contre l’EI, les relations entre l’Irak et les Etats-Unis se sont une nouvelle fois tendues. 

De la guerre du Golfe de 1990 à l’invasion américaine de 2003 qui a renversé Saddam Hussein en passant par l’embargo imposé durant 12 ans aux Irakiens jusqu’à la récente guerre menée de conserve contre l’EI, la relation irako-américaine a connu quelques hauts et beaucoup de bas. 

Désormais, les Américains sont de nouveau vus par certains comme « une force d’occupation » indésirable.

Et, s’ils ne partent pas, « chaque Irakien aura le droit légitime de les affronter par tous les moyens », menace Mohammed Mohie, porte-parole des Brigades du Hezbollah, un groupe armé proche de l’Iran. Outre son combat contre l’EI, cette faction est engagée aux côtés du régime de Bachar al-Assad en Syrie.

« Si jamais on avait besoin de nous, nous sommes prêts! », abonde Qaïs al-Khazali, puissant chef de la faction Assaïb Ahl al-Haq, La ligue des vertueux en arabe.

Américains « très inquiets »

Avant d’en arriver à cette extrémité, dans un pays où 4.500 soldats américains ont été tués entre 2003 et 2011 notamment dans des combats contre des milices chiites, M. Mohie dit toutefois à l’AFP vouloir donner une chance à la légalité. 

Une proposition de loi a été déposée au Parlement afin d’imposer un calendrier de départ aux Américains.

Fait rare, elle pourrait faire l’unanimité parmi les deux principales forces de l’assemblée: la liste emmenée par le leader chiite Moqtada Sadr qui se veut le champion de l’indépendance de l’Irak, et le bloc pro-Iran des anciens combattants anti-EI.

« Depuis trois ans, les rivalités au Parlement se jouent entre forces chiites », décrypte pour l’AFP le chercheur Renad Mansour, du centre de réflexion Chatham House. « Elles ne parviennent pas à s’accorder sur le choix d’un ministre, mais elles se retrouvent sur un point: l’expérience américaine en Irak a été mauvaise ».

Ironiquement, celui qui a donné un nouveau souffle à la proposition de loi organisant le départ des soldats américains est Donald Trump lui-même avec ces propos sur la « surveillance » de l’Iran depuis l’Irak.

Les diplomates et militaires américains à Bagdad, « très inquiets », font désormais tout pour « minimiser » ces propos, assure à l’AFP le chercheur Renad Mansour.

Donald Trump avait déjà passablement exaspéré les Irakiens en ne rencontrant aucun responsable de leur pays lors de sa visite surprise de Noël aux troupes américaines stationnées à moins de 200 km de Bagdad.

Partis définitivement d’Irak en 2011, les soldats américains sont revenus en 2014, cette fois-ci au sein de la coalition contre l’EI en Irak et en Syrie.

Par étapes

Aujourd’hui, les Etats-Unis cherchent à se servir du pays pour « en faire une base pour attaquer les pays voisins », assure M. Khazali dans un entretien à l’AFP.

« Trump n’a pas compris que l’Irak est un pays fort maintenant », affirme cet homme arborant le turban blanc des docteurs en religion chiites. « Mais il peut être sûr que s’il s’entête, il le paiera très cher », poursuit-il. 

Avant cela, la loi sera une « première étape », nuance M. Mohie. Mais, ajoute-t-il aussitôt, « nous pensons que les Etats-Unis vont de nouveau défier la volonté populaire ». Son groupe, comme les autres, passeront alors à la « deuxième étape »: sortir les armes face à « une force d’occupation ».

Et, prévient-il, « les factions de la résistance ont acquis des capacités et une expertise en combattant l’EI », alors que des sources de sécurité irakiennes s’inquiètent que les groupes armés qui se sont multipliés dans le pays aient enrichi leurs arsenaux au gré des batailles gagnées contre l’EI.

Cette expérience acquise dans la lutte contre les jihadistes « servira à affronter n’importe quelle armée qui menacerait l’Irak et sa souveraineté », affirme M. Mohie.

Et surtout, renchérit M. Mansour, ce potentiel affrontement permettra aux factions chiites « de trouver une menace externe sur laquelle concentrer l’attention plutôt que sur leurs problèmes internes ».