Les jihadistes de l’EI assiégés en Syrie, les jours du « califat » comptés

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Un combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS) sur le front contre le groupe Etat islamique (EI) à Baghouz en Syrie, le 14 février 2019. (AFP)
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Un combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS) sur le front contre le groupe Etat islamique (EI) à Baghouz en Syrie, le 14 février 2019. (AFP)
La victoire contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI) en Syrie sera annoncée dans « quelques jours », a affirmé samedi un commandant de l’alliance arabo-kurde combattant les jihadistes assiégés dans un dernier lambeau de leur « califat » longtemps synonyme de terreur.

« Dans un laps de temps très court, qui ne durera pas plus que quelques jours, nous annoncerons officiellement la fin de l’existence de l’EI », a déclaré le commandant de la force arabo-kurde, Jia Furat, sur la base d’Al-Omar, près du front. 

Selon ce commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), les jihadistes sont désormais assiégés « dans un quartier (dont la surface) est estimée à 700 mètres de long sur 700 mètres de large », soit un demi kilomètre carré dans le village de Baghouz, aux confins de l’est syrien.

Après sa montée en puissance en 2014, l’EI avait établi un « califat » sur un territoire vaste comme la Grande-Bretagne à cheval sur l’Irak et la Syrie. Les jihadistes y avaient établi leur propre administration, exécutant et torturant ceux qui ne respectaient pas leur loi de fer et fomentant des attentats meurtriers y compris à l’étranger.

Les FDS et la coalition internationale antijihadistes menée par les Etats-Unis qui les appuie, ont reconnu samedi que la présence de « nombreux civils » ralentit leur progression.

« Boucliers humains »

Vendredi, le président américain Donald Trump avait laissé entendre une victoire imminente.

Mais « il y a toujours de nombreux civils à l’intérieur » du réduit de l’EI « et c’est une surprise de taille », a indiqué à l’AFP, Adnane Afrine, porte-parole des FDS. « C’est pour cela que (l’opération) a été ralentie », a-t-il ajouté.

« Des centaines de civils continuent de fuir et ceux qui ont pu s’échapper racontent que l’EI les utilise comme boucliers humains », a affirmé à l’AFP un porte-parole de la coalition antijihadistes, le colonel Sean Ryan, précisant que les frappes aériennes avaient été limitées pour protéger ces civils.

« Le tempo de la bataille ne doit pas être dicté par des impératifs politiques, il faut d’abord protéger les civils et possibles otages », a déclaré à l’AFP Nadim Houry de l’organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW).

Depuis le lancement en décembre de l’offensive des FDS, près de 40.000 personnes ont fui la zone des combats.

Parmi eux de nombreux membres des familles de jihadistes, dont des Français, des Allemands, des Russes, des Ukrainiens et de nombreux Irakiens, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Etrangers jusqu’au-boutistes

« Il y a une scission entre les combattants jihadistes locaux et étrangers sur le terrain. Les jihadistes locaux veulent abandonner tandis que les étrangers empêchent toute reddition », a indiqué à l’AFP M. Afrine.

Des « Irakiens, des Turcs et des Européens » dont des Français, ainsi que des Egyptiens et des Libyens, sont encore présents dans le réduit, selon ce porte-parole des FDS.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les FDS continuent de passer au peigne fin les vergers des alentours de Baghouz « à la recherche de combattants de l’EI dissimulés dans des tunnels » et prêts à commettre des attaques kamikazes.

« Nous sommes en train de voir comment en finir avec ces tunnels, soit les sceller soit les faire exploser », a expliqué M. Afrine. Il a indiqué que certains membres des FDS étaient « otages » de l’EI.

Les personnes sortant du réduit jihadiste sont fouillées et interrogées à la recherche de jihadistes potentiels.

Traque continue

Les FDS ont précisé qu’elles tentaient également d’identifier les jihadistes morts.Le commandant des artilleurs français appuyant les FDS a affirmé dans un article que la victoire aurait pu être obtenue avec moins de destructions si les Occidentaux avaient engagé des troupes au sol.

De son côté HRW, a évoqué « la crainte du jour d’après », soit une déclaration de victoire « sans plans pour la reconstruction et le retour des civils ».

La bataille contre l’EI n’est qu’un des fronts de la guerre en Syrie qui a éclaté en 2011 après la répression par le régime de manifestations prodémocratie. Ce conflit s’est complexifié avec l’implication de groupes jihadistes et a fait plus de 360.000 morts.

Le retrait des 2.000 soldats américains du pays promis par le président Donald Trump après la victoire contre l’EI risque de renforcer la présence de la Russie et de l’Iran, les deux grands alliés du régime syrien, a mis en garde samedi la chancelière allemande Angela Merkel.

Même en cas de défaite dans son dernier réduit, l’EI risque par ailleurs d’actionner des cellules dormantes et des jihadistes sont présents dans certains points du désert syrien, mettent en garde des experts.

« Les Etats-Unis garderont une forte présence dans la région » et « continueront de traquer les vestiges de l’EI, partout et à chaque fois qu’ils sortiront leur sale tête », a assuré samedi le vice-président américain Mike Pence à Munich.