Lorsqu’être nommé ministre des Anciens combattants est une rétrogradation…

Jody Wilson-Raybould devient ministre des Anciens Combattants et ministre associée de la Défense nationale. (PMO)
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L’ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould, qui a depuis quitté le gouvernement Trudeau, et dont la nomination au poste de ministre des Anciens Combattants et ministre associée de la Défense nationale a été perçu comme une rétrogradation. (PMO)
En arrière-plan de toute l’affaire qui touche la démission de la ministre des Anciens combattants, Judy Wilson-Raybould, il est nécessaire de mettre un accent particulier sur le fait que les vétérans des FAC et de la GRC se retrouvent orphelins d’un capitaine pour diriger le navire qu’est ce ministère.

À court terme, Justin Trudeau a pris la décision de nommer par intérim le « héros » ou comme il s’auto-désignait, « l’architecte » de l’Opération Medusa, et actuel ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan.  

J’ose dire à court terme, car dans la réalité, le poste de ministre des Anciens combattants ne sera comblé que dans les jours qui suivront le 21 octobre 2019, soit après l’élection fédérale. Même si Justin Trudeau devait nommer prochainement un quatrième ministre des Anciens combattants depuis son élection en 2015, force est d’admettre que ce dernier n’aura pas le temps de travailler activement sur les dossiers les plus pressants, car il lui restera moins de 8 mois avant l’élection (et pendant cette courte période, il faut inclure la période estivale et la campagne électorale).

Oui, vous avez bien lu, la prochaine nomination sera un 4e ministre en 3.5 ans à la tête du ministère des Anciens combattants ! Comment est-il possible de faire avancer les dossiers prioritaires lorsqu’on change constamment de leader dans un ministère qui a besoin d’une restructuration majeure ? C’est impossible, considérant que de se familiariser avec les dossiers, les maîtriser et se mettre à la tâche prend quelques mois !

Mais vous savez ce qui me choque le plus dans toute l’affaire entourant la démission de Judy Wilson-Raybould ? Il a été rapporté sur plusieurs tribunes que cette dernière avait été rétrogradée en passant de la Justice aux Anciens combattants. Comme si être ministre des Anciens combattants était « moins bon » ou « moins important » qu’être ministre de la Justice.

Être ministre au sein du gouvernement du Canada est une tâche noble et peu importe le ministère, elle est importante. Un ministère ayant à sa tête un ministre de premier plan permet d’avoir une influence significative auprès de ses collègues du cabinet et cela peut directement contribuer à faire cheminer les dossiers sous sa responsabilité. Est-ce que Kent Hehr et surtout Seamus O’Regean étaient les bonnes personnes pour piloter un ministère comme celui des Anciens combattants ? Honnêtement, je ne crois pas et je doute fortement qu’ils eussent une voix d’influence au cabinet pour défendre les intérêts des vétérans. Il ne suffit pas de mettre « ses amis » dans une position de ministre, il faut s’assurer de mettre la bonne personne au bon ministère, en considération de ce qui doit être accompli.

Être ministre des Anciens combattants, c’est d’abord et avant tout être au service des hommes et des femmes qui ont servi notre nation. Ces personnes ont directement contribué à bâtir notre beau et grand pays en s’assurant de défendre au prix de leur vie ou de leur santé physique ou mentale, nos droits, nos valeurs et nos libertés. Le gouvernement du Canada a une responsabilité aussi grande à leur égard que leur dévouement à notre pays. Alors, il s’agit d’une très noble nomination, car elle permet au ministre en poste de travailler à la reconnaissance des vétérans et à la mise en place de services et de programmes pour contribuer à leur mieux-être et à celui de leurs familles qui les ont soutenus tout au long de leur carrière, avec le sacrifice que ce service à la nation implique.

Être ministre des Anciens combattants vient avec un défi colossal, car ce ministère nécessite d’être modernisé. Prenez bien le temps de lire ce que je tente de dire ici ! Je ne parle pas de promettre des sommes d’argent pour tel ou tel bénéfice ou programme ou service. Il faut prendre le temps de revoir le ministère dans ses fondements, dans sa structure, ses programmes, ses procédés, sa mécanique, sa culture organisationnel, etc. Bref, il faut revoir son efficacité et son efficience à donner aux anciens combattants et leurs familles ce qui leur revient.

Toute personne qui lit ce texte ne peut prétendre être surprise par mes propos, car je le dis et je le redis depuis plusieurs années. D’ailleurs, voici ce que j’ai écrit le 20 août 2015 dans un texte publié ici même sur le site du 45enord.ca :

« Le ministère des Anciens combattants dans pratiquement toute sa structure, toute sa grandeur, a besoin d’être modernisé et pour se faire de nouveaux procédés doivent être édifiés. Il ne faut pas tenter de donner quelques couches de peinture pour le mettre au goût du jour, mais il faut mettre la structure actuelle au rancart et en construire une nouvelle qui répondra aux besoins, aux réalités et aux défis des anciens combattants. Il faut un plan. Il faut des idées. Il faut consulter les anciens combattants et les familles. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui demande volonté et rigueur. Pensez-vous sérieusement que les autres partis feront mieux que le précédent (les conservateurs) sans une refonte du ministère? Pensez-vous que même si le «Mario Lemieux» de la politique était nommé au poste de ministre des Anciens combattants, il pourra faire mieux que ses prédécesseurs sans des changements majeurs dans la structure de fonctionnement? Laissez-moi le privilège d’en douter fortement ».

Nous sommes 3.5 ans plus tard et cet extrait est encore frais comme une rose au lever du soleil.

Je n’accepte pas le terme « rétrogradé » ! Personnellement, je suis irrité par une telle façon de nous considérer, nous les vétérans. Les vétérans ne sont pas une bande de « rétrogradés » et être nommé à la fonction de ministre des Anciens combattants n’est pas un prix de consolation.

Un joueur de la Ligue nationale de hockey qui est envoyée dans un circuit professionnel mineur comme la Ligue américaine ou la Ligue de la Côte Est est rétrogradé de la grande ligue. Mais ce n’est pas le cas pour les vétérans, peu importe les missions, les affectations, le nombre d’années, le type de libération, le métier, etc. ils ne seront jamais au grand jamais rétrogradés du fait qu’ils ont servi honorablement leur pays.  

À partir de maintenant, c’est à nous de nous mobiliser, d’arrêter de regarder en arrière et d’aborder le futur positivement afin de ne plus accepter de se faire considérer comme une bande de « rétrogradés ». Être nommé ministre des Anciens combattants du Canada ne constitue aucunement une rétrogradation !  C’est un honneur et un privilège !