Venezuela: Guaido à la frontière colombienne pour faire entrer l’aide humanitaire

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Des journalistes sur le pont de Tienditas reliant Cucuta (Colombie) à Urena (Venezuela) barré à la circulation, le 20 février 2019. (AFP)
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Des journalistes sur le pont de Tienditas reliant Cucuta (Colombie) à Urena (Venezuela) barré à la circulation, le 20 février 2019. (AFP)
L’opposant Juan Guaido part jeudi avec un convoi de ses partisans à la frontière avec la Colombie pour tenter de faire entrer au Venezuela l’aide humanitaire envoyée par les Etats-Unis, bloquée par l’armée fidèle au président Nicolas Maduro.

En milieu de matinée, l’opposant, dont le départ avait été initialement annoncé à 06h00 locales (10h00 GMT) n’était toujours pas apparu auprès du convoi de véhicules qui stationnaient dans l’est de Caracas, pour parcourir les 900 km séparant la capitale de la frontière avec la Colombie.

« Nous partons à vide (…) mais nous allons revenir chargés de caisses d’aide humanitaire », a assuré la député d’opposition Delsa Solorzano, au moment où elle s’apprêtait à monter dans un autocar. 

Mercredi soir, Nicolas Maduro a une nouvelle fois dénoncé un « show » politique et répété que le président américain Donald Trump projetait une intervention militaire pour le renverser: « Ils ont inventé une supposée aide humanitaire de nourriture pourrie, cancérigène et veulent la faire entrer par la force », a-t-il accusé.

Reconnu comme président par intérim par une cinquantaine de pays, Juan Guaido a expliqué mercredi que des brigades de volontaires se rendraient samedi en « caravanes » en différents points de l’Etat de Tachira (ouest), frontalier avec la Colombie, et celui de Bolivar (sud), frontalier avec le Brésil, où de l’aide d’urgence est entreposée. 

Il a également mentionné les ports de Cabello et de La Guaira, les deux principaux du pays.

« L’aide humanitaire entrera quoi qu’il arrive, par mer, par terre », a réaffirmé le chef de file de l’opposition, qui a choisi pour l’entrée de l’aide la date symbolique du 23 février, un mois tout juste après s’être proclamé président par intérim du pays.  

Mais le gouvernement a ordonné aux militaires de renforcer le blocage des frontières terrestres et maritimes : le pont de Tienditas, reliant Cucuta (Colombie) à Urena (Venezuela) est barré de conteneurs, et les vols et liaisons maritimes sont suspendus avec l’île néerlandaise de Curaçao, où de l’aide doit également être stockée.

Des manifestations pro-Guaido et pro-Maduro sont prévues dans tout le pays samedi, journée qui s’annonce sous haute tension. 

« Hand off » contre « Aid Live »

Comme un symbole du bras de fer qui se joue autour de l’entrée de l’aide humanitaire entre Juan Guaido et le président Nicolas Maduro, deux concerts, l’un pour demander l’acheminement de l’aide, l’autre pour la refuser, auront lieu vendredi à quelque 300 mètres de distance, de part et d’autre du pont de Tienditas. 

« Venezuela Aid Live », le concert organisé par le milliardaire britannique Richard Branson pour récolter des dons, aura lieu vendredi à Cucuta, en présence des présidents colombien, chilien et paraguayen. Un porte-parole des organisateurs, Fernan Ocampo, espère 250.000 spectateurs.

Parmi les stars internationales attendues : les Espagnols Alejandro Sanz et Miguel Bosé, le Dominicain Juan Luis Guerra, les Colombiens Carlos Vives et Juanes, le Portoricain Luis Fonsi, ainsi que plusieurs célébrités vénézuéliennes (José Luis Rodriguez, Nacho, Ricardo Montaner).

Une trentaine de vols privés emmenant les artistes sont attendus ces prochains jours à Cucuta, tandis que 1.500 policiers et militaires seront déployés pour assurer la sécurité de l’événement. 

La liste des participants à « Hand off Venezuela » (Pas touche au Venezuela), le contre-concert organisé par le gouvernement, n’était en revanche pas connue. 

La façon dont Juan Guaido et ses partisans comptent rompre le blocus militaire mis en place par le gouvernement reste également la grande inconnue. Mercredi, Juan Guaido a tenté une énième fois, sans succès, de convaincre les militaires, soutien clé du pouvoir chaviste, de se ranger derrière lui. 

Mais si l’armée a neutralisé certains points de passage, la frontière de 2.200 km séparant le Venezuela de la Colombie est très poreuse, avec des larges zones contrôlées par les narco-trafiquants, des groupes mafieux qui font régulièrement passer en contrebande des marchandises et de l’essence. 

Frappés de plein fouet par la crise et une hyperinflation record, des centaines de Vénézuéliens la traversent chaque jour — notamment via le pont piétonnier Simon-Bolivar, autre pont reliant le Venezuela à Cucuta — avec des cargaisons illégales, selon la police colombienne.