Venezuela: Guaido recrute des volontaires, appelle à d’autres manifestations

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Combinaison de photos montrant Nicolas Maduro et Juan Guaido s’adressant à leurs partisans respectifs le 2 février 2019. (AFP)
L’opposant vénézuélien Juan Guaido a appelé samedi à de nouvelles manifestations le 23 février pour soutenir les volontaires prêts à acheminer l’aide humanitaire américaine au Venezuela, le président Nicolas Maduro envisageant, lui, un déploiement militaire contre ce qu’il estime être une possible invasion.

Plusieurs milliers de partisans de l’opposant, vêtus de t-shirts blancs et de casquettes aux couleurs du drapeau vénézuélien, se sont rassemblés à Los Cortijos, dans le nord-est de Caracas, pour s’inscrire sur des listes de volontaires prêts à participer à l’acheminement de l’aide dans le pays. 

Juan Guaido, qui promet que l’aide humanitaire entrera le 23 février, a appelé à de nouvelles manifestations ce jour-là pour soutenir ces volontaires. « Tout un pays va être mobilisé (…) pour dire au monde que nous allons rester dans la rue jusqu’à ce que cesse l’usurpation, que soient mis en oeuvre un gouvernement de transition et des élections libres », a-t-il lancé à ses partisans. 

Selon l’opposant, 600.000 personnes se sont inscrites pour participer à l’acheminement de l’aide américaine dans le pays. Il a indiqué que les « caravanes » de volontaires se rendraient non seulement jusqu’à la ville frontalière colombienne de Cucuta, mais aussi à la frontière avec le Brésil, où sont installés deux centres de stockage, et au point d’arrivée de l’aide qui sera envoyée depuis l’île de Curaçao. 

Des vivres et médicaments envoyés par les Etats-Unis à l’appel de Juan Guaido sont stockés à Cucuta depuis le 7 février, mais leur entrée est bloquée au moyen de conteneurs déposés sur un pont frontalier par les autorités de Caracas. Des dizaines de tonnes supplémentaires sont arrivées samedi, s’ajoutant au 2,5 tonnes acheminées vendredi depuis Porto Rico (territoire américain des Caraïbes).

« Je me suis inscrit parce que l’aide humanitaire est urgente. Trouver des médicaments relève du miracle. J’ai besoin de prendre des cachets pour la tension et ceux qu’on trouve, je ne peux pas les payer. Un proche est mort, faute d’antibiotiques », a raconté à l’AFP Coromoto Crespo, volontaire de 58 ans. 

Sept jours

Reconnu par une cinquantaine de pays comme président par intérim du pays, le président du Parlement, unique institution aux mains de l’opposition, a réitéré son appel aux militaires afin qu’ils laissent passer l’aide humanitaire. 

« A nouveau, un message pour l’armée : vous avez sept jours pour vous mettre du côté de la Constitution, faites ce qu’il faut », a-t-il lancé.

« Vos concitoyens fuient et meurent de faim. Vous commettez une terrible, terrible erreur en bloquant cette aide », a déclaré depuis Cucuta, l’envoyée du département d’Etat américain, Julie Chung.

De son côté, Nicolas Maduro a demandé vendredi à son armée de préparer un « plan spécial de déploiement » à la frontière colombienne, longue de 2.200 km. Il souhaite évaluer « quelles nouvelles forces » sont nécessaires pour que cette frontière « soit inviolable, imbattable, inexpugnable ».

L’aide d’urgence est au coeurs du bras de fer entre les deux hommes, une question sensible dans un pays en proie à la pire crise économique de son histoire, avec de graves pénuries ayant fait fuir plus de 2 millions d’habitants depuis 2015, selon l’ONU. 

Nicolas Maduro refuse toute aide, qu’il considère comme un prétexte pour une intervention militaire des Etats-Unis. « Donald Trump et Ivan Duque ont annoncé à la Maison Blanche des plans de guerre contre le Venezuela », a déclaré le dirigeant chaviste, après la rencontre des présidents américain et colombien mercredi à Washington. M. Trump avait alors réaffirmé qu’il étudiait « toutes les options » pour régler la crise. 

Réunions secrètes

Samedi, le chef de la diplomatie vénézuélienne, Jorge Arreaza, a reconnu s’être entretenu à deux reprises cette semaine à New York avec Elliot Abrams, l’émissaire spécial des Etats-Unis pour le Venezuela. « Nous nous sommes écoutés, il y a eu des moments de tension. Il y a des divergences profondes, mais en même temps, il y a des préoccupations communes », a-t-il déclaré. 

Soucieux de maintenir la pression sur Caracas, le vice-président américain Mike Pence a appelé de son côté l’Union européenne à reconnaître Juan Guaido comme chef de l’Etat par intérim. Les Etats-Unis ont aussi infligé des sanctions financières à cinq hauts responsables proches de M. Maduro.

M. Guaido s’est proclamé président par intérim du Venezuela le 23 janvier. Peu avant, la majorité d’opposition au Parlement avait qualifié M. Maduro d' »usurpateur » après une élection présidentielle qu’elle considère comme frauduleuse.

Vendredi, M. Maduro, qui dément l’existence d’une « urgence humanitaire », a réaffirmé son refus de laisser entrer l’aide, la qualifiant de « miettes », de « nourriture pourrie ». « 

Assurant que son gouvernement distribue de l’aide alimentaire à 6 millions de familles, il rejette la responsabilité des pénuries sur les sanctions américaines, dont Caracas évalue l’impact à 30 milliards de dollars par an sur l’économie vénézuélienne.

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