Venezuela: un camion d’aide humanitaire incendié par la police

Un camion transportant de l'aide humanitaire a été incendié samedi 23 février à la frontière avec la Colombie quand la police et l'armée vénézuélienne sont intervenues pour bloquer un convoi. (AFP)
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Un camion transportant de l’aide humanitaire a été incendié samedi 23 février à la frontière avec la Colombie quand la police et l’armée vénézuélienne sont intervenues pour bloquer un convoi. (AFP)

Mise à jour 23/02/2019, 18h52

La marine vénézuélienne a menacé de tirer sur un navire parti du territoire américain de Porto Rico avec de l’aide humanitaire, a annoncé samedi le gouverneur de l’île, Ricardo Rossello.

Ce navire parti mercredi en direction du Venezuela « a reçu des menaces directes de tir de la part de vaisseaux vénézuéliens. Cette menace est une grave atteinte à une mission humanitaire menée par des citoyens américains. C’est inacceptable et indigne », a affirmé le gouverneur dans un communiqué.

En outre, le gouvernement colombien a ordonné samedi le retour des camions d’aide destinée au Venezuela, en affirmant que 285 personnes ont été blessées dans la répression ordonnée par le gouvernement de Nicolas Maduro pour empêcher qu’elle entre dans le pays.

« Cette action pacifique et de caractère humanitaire a été interrompue depuis le Venezuela sous le régime usurpateur de Maduro avec une répression violente et disproportionnée », a déclaré aux médias le ministre des Affaires étrangères, Carlos Holmes Trujillo, faisant état de 285 blessés, dont 255 Vénézuéliens et 30 Colombiens.

Un camion transportant de l’aide humanitaire a été incendié samedi à la frontière avec la Colombie quand la police et l’armée vénézuélienne sont intervenues pour bloquer un convoi, a indiqué la députée d’opposition Gaby Arellano.

« Les gens sont en train de protéger la cargaison du premier camion et de veiller à l’aide humanitaire que [le président Nicolas] Maduro, le dictateur, a demandé de brûler », a affirmé à la presse Mme Arellano, qui se trouvait près du pont Santander marquant la frontière avec la Colombie où se déroulent des heurts.

Quatre camions d’aide humanitaire destinée au Venezuela, sur lesquels sont juchés des dizaines de volontaires, tentaient samedi de forcer le passage depuis la Colombie, ont constaté les journalistes de l’AFP.

Au moins quatre manifestants ont été blessés parmi la foule qui tentait de forcer les barrages érigés par des militaires et des policiers, qui ont lancé des gaz lacrymogènes et fait usage de balles en caoutchouc, selon les mêmes sources.

Les quatre camions se trouvaient à l’entrée du pont Simon Bolivar séparant les deux pays à hauteur de Las Tienditas, qui fait face côté vénézuélien à la ville colombienne de Cucuta.

Deux camions chargés d’aide humanitaire envoyée par le Brésil au Venezuela stationnaient samedi soir en un endroit situé entre les postes de la douane des deux pays, face à des militaires vénézuéliens, selon des journalistes de l’AFP à Pacaraima (nord du Brésil).

Le premier camion est arrivé en milieu de matinée à l’endroit où sont déployés les drapeaux des deux pays et s’est positionné à côté du drapeau du Venezuela.

En début de soirée, un deuxième camion s’est garé parallèlement au premier.

Cet endroit est situé à 300 mètres environ de la douane brésilienne et à la même distance du premier cordon de soldats vénézuéliens, déployé à quelque 500 m de la douane de ce pays.

Les deux véhicules sont côte à côte et leur remorque est tournée vers les militaires pour que ceux-ci puissent constater qu’ils ne transportent que de l’aide humanitaire, a précisé un des coordinateurs de cette opération.

Il est prévu que les véhicules fassent marche arrière et que les chauffeurs, aidés par des Vénézuéliens installés au Brésil, tentent de négocier leur entrée au Venezuela.

L’opposant Juan Guaidó a annoncé samedi à la mi-journée l’entrée au Venezuela d’un premier camion d’aide humanitaire par la frontière brésilienne, malgré l’ordre donné par le président Nicolas Maduro de la maintenir fermée.

Relations diplomatiques rompues

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a annoncé samedi la rupture des liens diplomatiques avec la Colombie en dénonçant l’appui que le président Ivan Duque apporte à son opposant Juan Guaidó pour faire entrer l’aide humanitaire au Venezuela.

« J’ai décidé de rompre les relations politiques et diplomatiques avec le gouvernement fasciste de Colombie dont les ambassadeur et consuls ont 24 heures pour quitter le Venezuela », a déclaré M. Maduro devant un rassemblement de ses partisans à Caracas.

Pour Maduro, tout de rouge vêtu, « la patience est à bout, nous ne pouvons continuer de supporter que le territoire de Colombie se prête à une agression contre le Venezuela ».  

« Sortez d’ici, dehors les oligarques » a-t-il lancé, ajoutant « Ivan Duque, tu es le diable , jamais un gouvernement de Colombie n’était tombé aussi bas ».

La vice-présidente de Colombie, Marta Lucia Ramirez, a réagi à l’annonce en répondant qu’il ne pouvait rompre des relations inexistantes, et a à nouveau qualifié le président Nicolas Maduro de « dictateur ».

Mme Ramirez a affirmé sur Twitter que « Maduro ne peut rompre des relations diplomatiques que la Colombie n’a pas avec lui », ajoutant que le dirigeant chaviste « n’est qu’un dictateur qui occupe de force Miraflores », le palais présidentiel à Caracas.

« Notre gouvernement n’a pas nommé d’ambassadeur là-bas, ni ne reconnaît l’ambassadeur de Maduro, étant donné que son mandat [présidentiel] s’est achevé le 9 janvier », a-t-elle précisé.  

« Du bon côté de l’histoire »

Défiant le leader chaviste, M. Guaidó avait bravé vendredi un ordre judiciaire lui interdisant de quitter le territoire national, affirmant que l’armée, pilier du régime chaviste, avait « participé » à cette opération.

L’opposant avait fixé samedi comme date butoir pour l’entrée au Venezuela des vivres et des médicaments, essentiellement fournis par les États-Unis. Pour bloquer leur entrée, Caracas a ordonné la fermeture vendredi des trois principaux ponts frontaliers. Un quatrième, celui de Tienditas, est bloqué avec des conteneurs par l’armée depuis début février.

« L’appel aux forces armées est très clair : bienvenus du bon côté de l’histoire, bienvenus les militaires qui aujourd’hui se mettent du côté de la Constitution », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse, en référence notamment à cinq soldats de la Garde nationale bolivarienne qui ont déserté samedi et franchi la frontière colombienne, selon le service migratoire colombien.  

Au total, 11 militaires et deux policiers vénézuéliens ont déserté samedi, en franchissant la frontière vers la Colombie à Cucuta, ont annoncé les autorités colombiennes.

Plusieurs heurts ont éclaté pourtant, sans faire de victimes, quand les militaires vénézuéliens ont voulu disperser des centaines de manifestants exigeant aux frontières le libre passage des convois humanitaires : faisant usage de gaz lacrymogène et de balles en caoutchouc, les soldats ont dispersé la foule dans la ville de San Antonio del Tachira, pour empêcher plusieurs centaines de personnes de se diriger vers le pont Simon Bolivar, principal passage piéton entre la Colombie et le Venezuela.

D’autres incidents avaient également éclaté le matin contre une foule vêtue de blanc en grande majorité, massée sur le pont Francisco de Paula Santander un peu plus au nord, qui matérialise la frontière entre Cucuta, côté colombien et la localité d’Ureña, côté vénézuélien.

« Entrez du bon côté de l’histoire », clamait une des pancartes brandies par les manifestants. « Je suis venu apporter mon grain de sable à la lutte. C’est un moment historique, les militaires vont céder, j’ai confiance » a affirmé sur place à l’AFP Neyerson Cisneros, un psychologue de 29 ans.

Au moins deux manifestants ont été arrêtés, selon les équipes de l’AFP.  

« Yankee Go Home »

Les deux leaders vénézuéliens concurrents ont simultanément appelé leurs partisans à descendre dans les rues de Caracas samedi, Guaidó pour exiger le libre passage de l’aide, Maduro pour dénoncer ce qu’il considère comme une « tentative d’intervention militaire ».

Vêtus de rouge et brandissant des drapeaux aux couleurs nationales – bleu, rouge, jaune – des centaines de partisans de M. Maduro défilent en affirmant que « 90 % de la population refuse une intervention des États-Unis ». « Maduro, le peuple est avec toi », crie la foule. « Yankee Go Home » exige le t-shirt d’un jeune homme.

Outre la fermeture des grands ponts avec la Colombie et celle de la frontière terrestre avec le Brésil, M. Maduro a également suspendu les liaisons avec l’île néerlandaise de Curaçao, autre point de stockage de l’aide, tandis qu’ils avaient ordonné jeudi la fermeture de la frontière avec le Brésil.

M Guaidó, arrivé par surprise en Colombie, n’a pas précisé quand ni comment il comptait regagner le Venezuela, où il risque d’être arrêté pour avoir violé l’interdiction de sortie décrétée par la justice fidèle au régime.

Le rôle des militaires apparait plus que jamais déterminant. Le président colombien Ivan Duque, qui condamne « la dictature » de Maduro, et son homologue chilien Sebastian Piñera ont appelé les militaires à rejoindre le « juste côté de l’Histoire » en permettant l’entrée de l’aide.