Le Bangladesh n’acceptera plus de réfugiés Rohingya

De jeunes réfugiés rohingyas surveillent le camp de réfugiés de Palong Khali, un site tentaculaire situé sur une zone de collines près de la frontière avec le Myanmar, dans le sud-est du Bangladesh. (HCR/Andrew McConnell)
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De jeunes réfugiés rohingyas surveillent le camp de réfugiés de Palong Khali, un site tentaculaire situé sur une zone de collines près de la frontière avec le Myanmar, dans le sud-est du Bangladesh. (HCR/Andrew McConnell)
Le Bangladesh a indiqué jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu’il n’était «plus en mesure d’accueillir davantage» de réfugiés Rohingya fuyant la Birmanie.

Le Bangladesh a indiqué jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, qu’il n’était «plus en mesure d’accueillir davantage» de réfugiés Rohingya fuyant la Birmanie.

Les problèmes posés par le retour en Birmanie de centaines de milliers de Rohingya vont «de mal en pis», a par ailleurs alerté Shahidul Haque, appelant le Conseil à prendre des mesures «concrètes».  

«Le Bangladesh, qui se montre réceptif et responsable en ayant de l’empathie envers une minorité persécutée d’un pays voisin, en paie-t-il le prix?», s’est-il interrogé.

Depuis l’été 2017, environ 740 000 musulmans Rohingya ayant fui une répression militaire birmane vivent dans des camps au Bangladesh, sans grand espoir de revenir rapidement en Birmanie. Un exil assimilé à un «nettoyage ethnique» par l’ONU.  

En vertu d’un accord conclu avec le Bangladesh, la Birmanie a accepté un retour de réfugiés, mais l’ONU insiste sur le fait que leur sécurité doit être assurée.

L’ambassadeur birman à l’ONU, Hau Do Suan, a affirmé de son côté que son gouvernement faisait de son mieux, et appelé à la patience.

Il a évoqué d’«immenses barrières physiques et psychologiques» et estimé qu’il fallait «du temps et de la patience, ainsi que du courage, pour construire une confiance mutuelle entre les différentes communautés».

«Progrès lents»

«Les progrès sont lents» pour résoudre la crise des Rohingya, a convenu jeudi l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie, la Suissesse Christine Burgener Schraner, estimant que la perspective d’élections l’année prochaine dans ce pays pourrait retarder encore une solution.

L’émissaire s’est rendue à cinq reprises en Birmanie et c’est la première fois qu’elle rendait compte publiquement au Conseil de sécurité de l’ONU de ses démarches depuis sa prise de fonctions en avril 2018.

«Tout en partageant l’inquiétude face à des progrès lents, mes cinq premières visites en Birmanie ont mis en évidence les énormes défis qui nécessitent un soutien international considérable», a-t-elle déclaré.

L’ambassadrice britannique à l’ONU, Karen Pierce, a fait part de sa «forte déception face à l’absence de davantage de progrès en faveur d’un retour des réfugiés».

L’émissaire a aussi reconnu que les agences onusiennes continuaient d’avoir un accès «insuffisant» sur le terrain pour préparer un retour des Rohingya.

La campagne électorale «pourrait ajouter à la complexité» des tentatives de résoudre la crise, a-t-elle ajouté. En ayant en ligne de mire les élections de 2020, la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi «avance avec prudence sur le terrain des réformes démocratiques», a dit Christine Burgener Schraner.

Au Conseil de sécurité, la Chine, premier soutien de la Birmanie, freine toute initiative internationale, soulignant que la crise relève d’un seul problème bilatéral entre la Birmanie et le Bangladesh. «Il revient aux deux pays de trouver une solution», a réaffirmé l’ambassadeur chinois adjoint, Wu Haitao.  

Le Royaume-Uni a fait circuler au Conseil un projet de résolution qui imposerait une échéance à la Birmanie pour une stratégie de règlement du conflit, mais la Chine a menacé d’utiliser son veto, selon des diplomates.