Crimes de l’EI: les forces arabo-kurdes appellent à la création d’un tribunal international

0
Des jihadistes du groupe Etat islamique après leur reddition aux Forces démocratiques syriennes (FDS), le 24 mars 2019 à Baghouz, après la chute de leur ultime réduit dans l’est de la Syrie. (AFP)
Les Kurdes de Syrie ont appelé lundi à la création d’un tribunal international spécial, basé dans le nord-est de ce pays, pour juger les crimes commis par le groupe Etat islamique (EI) durant les plus de quatre ans de son « califat » aujourd’hui éradiqué.

L’organisation jihadiste la plus redoutée au monde est accusée d’avoir commis de nombreux crimes -exécutions de masse, viols, enlèvements, attentats- sur les vastes territoires qu’elle a contrôlés en Syrie et en Irak de 2014 à 2019-. Elle a aussi revendiqué des attaques meurtrières sur d’autres continents.

Le dernier réduit de ce proto-Etat est tombé samedi, quand une alliance arabo-kurde, les Forces démocratiques syriennes (FDS), ont conquis le dernier lambeau du « califat » à Baghouz dans l’est de la Syrie, avec l’aide d’une coalition internationale menée par les Etats-Unis.

A l’issue de cette ultime bataille, les FDS ont indiqué avoir arrêté plus de 5.000 combattants jihadistes qui sont désormais détenus dans les prisons de l’administration autonome de facto établie par les Kurdes dans les régions sous leur contrôle (nord-est).

Hors Syriens et Irakiens, ils sont environ un millier d’étrangers, a précisé à l’AFP le chargé des Affaires étrangères au sein de cette administration, Abdel Karim Omar.

Après avoir appelé en vain les pays d’origine à les rapatrier, les autorités kurdes semblent avoir changé de stratégie.

« Nous appelons la communauté internationale à établir un tribunal international spécial dans le nord-est de la Syrie » pour juger les jihadistes, ont déclaré les FDS et l’administration autonome.

« Procès équitables »

« Les jihadistes « doivent être jugés dans le pays où les crimes ont été commis », ont-elles argué dans un communiqué commun.

Les FDS et l’administration autonome ont explicitement regretté que, malgré leurs appels répétés, de nombreux pays n’aient pas répondu à leurs demandes de rapatrier leurs ressortissants jihadistes. « Aucune initiative n’a été prise à cet égard », ont-elles déploré dans un communiqué.

Avec la création d’un tribunal spécial dans cette région qu’ils contrôlent, cela permettra « que les procès soient conduits de manière équitable et en respectant le droit international et les droits humains », selon elles.

En Irak, où s’étendait également le « califat » de l’EI jusqu’à fin 2017, plus de 600 personnes -dont de nombreux étrangers- ont déjà été condamnées à mort ou à la perpétuité pour avoir rejoint l’EI.

Les ONG de défense des droits humains dénoncent des procès « expéditifs » et des « aveux » obtenus après de « possibles tortures ».

Dans le passé, deux tribunaux ont notamment été créés par la communauté internationale. Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), après le génocide de 1994, qui siégeait à Arusha en Tanzanie.

Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), qui a jugé les personnes accusées de génocide et crimes contre l’humanité lors des guerres des années 1990 dans les Balkans, était lui établi à La Haye.

Par ailleurs, il existe désormais une Cour pénale internationale (CPI), premier tribunal permanent chargé de juger les plus graves violations du droit humanitaire. Les Etats-Unis, principal soutien des FDS, ne reconnaissant toutefois pas sa compétence.

Plus de 9.000 étrangers proches de jihadistes dans un camp de déplacés

Des femmes et des enfants au camp al-Hol, le 17 février 2019 à Hassaké, en Syrie. (AFP)

Par ailleurs, plus de 9.000 femmes et enfants étrangers proches de jihadistes se trouvent dans un camp de déplacés du nord-est de la Syrie, a indiqué lundi un responsable kurde, deux jours après l’annonce de la fin du « califat » du groupe Etat islamique (EI).

« Le nombre d’étrangers de Daech (EI) présents dans le camp » d’Al-Hol dépasse les 9.000, dont plus de 6.500 enfants, a déclaré à l’AFP le porte-parole des autorités kurdes en Syrie, Luqman Ahmi, en précisant que ce chiffre datait d’il y a une semaine.

Les combattants de l’EI arrêtés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) lors de l’offensive contre le dernier réduit jihadiste en Syrie, ne se trouvent pas dans le camp avec leurs proches mais sont emprisonnés par les autorités kurdes dans la région semi-autonome qu’elles contrôlent.

Le porte-parole n’a pas détaillé la nationalité des femmes et des enfants dans le camp d’Al-Hol. Mais il a appelé les Nations unies et la communauté internationale à un effort majeur pour traiter l’urgence humanitaire dans ce camp.

Plus de 70.000 personnes s’entassent en effet dans « des conditions extrêmement critiques » dans ce camp, qui a connu un énorme afflux depuis décembre et l’assaut final contre les jihadistes, a souligné auprès de l’AFP une porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM) en Syrie.

Les FDS ont déclaré samedi la fin « du califat » autoproclamé par l’EI en 2014 sur des territoires en Irak et en Syrie. 

Les commentaires sont fermés.