Gaza et Israël au-devant d’un anniversaire à haut risque

Une photo prise le 30 mars 2018 du côté israélien de la frontière, montre des Palestiniens participant à des manifestations dans la bande de Gaza, sous le regard des militaires israéliens. (AFP)
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Une photo prise le 30 mars 2018 du côté israélien de la frontière, montre des Palestiniens participant à des manifestations dans la bande de Gaza, sous le regard des militaires israéliens. (AFP)
Mobilisation pacifique ou prélude à l’escalade? Gaza et Israël vont au-devant d’une situation à haut risque samedi, jour où les Palestiniens sont appelés à manifester en masse le long de la frontière.

Des dizaines de milliers de Palestiniens devraient se rassembler en différents points le long de la barrière israélienne hermétique et lourdement gardée qui enferme la bande de Gaza.

Il s’agit de marquer le premier anniversaire des « Marches du retour », mobilisation qui a fortement contribué à de vives tensions depuis le 30 mars 2018.

Vendredi matin, jour de repos et de prière, la ville de Gaza ne donnait guère de signe de se préparer à une journée de tous les dangers. De l’autre côté, Israël a déployé troupes, chars et artillerie.

Les organisateurs de la manifestation ont appelé à laisser tomber toute autre activité samedi. Ismaïl Haniyeh, le chef du mouvement islamiste Hamas au pouvoir depuis 2007 dans l’enclave coincée entre Israël, l’Egypte et la Méditerranée, parle de « manifestation d’un million » de personnes.

L’ONU a appelé à éviter une effusion de sang.

Et les organisateurs ont appelé à manifester pacifiquement.

L’une des grandes questions est de savoir si le Hamas s’efforcera ou non de contenir la manifestation et de maintenir les participants à distance des tirs israéliens, le mouvement ayant fait auparavant la démonstration qu’il contrôlait l’intensité de la flamme en fonction des circonstances.

Sous pression

La réponse réside en grande partie dans la réussite ou non de la médiation menée par le voisin égyptien, intermédiaire historique entre le Hamas et Israël.

Une délégation égyptienne a négocié avec le Hamas et d’autres groupes jusqu’aux premières heures vendredi, selon un responsable palestinien qui a requis l’anonymat.

Le Hamas cherche un allègement du blocus israélien qui depuis plus de dix ans étouffe la bande de Gaza éprouvée par les guerres et la pauvreté. Israël justifie le blocus par la nécessité de contenir le Hamas, qui refuse son existence et auquel il a fait trois fois la guerre depuis 2007.  

Après une nouvelle année de tensions et violences, Israël cherche un retour au calme, a fortiori à moins de deux semaines de ses élections parlementaires le 9 avril.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a multiplié les mises en garde au cours d’une semaine qui a vu un énième accès de fièvre entre les deux camps.

Il a prévenu que son pays était prêt à une opération « d’envergure », mais souligné qu’il épuiserait d’abord « toutes les autres possibilités », paraissant laisser leur chance aux Egyptiens.

Le Hamas et M. Netanyahu sont sous pression.

Le premier a fait face récemment à des manifestations contre le profond marasme économique, la hausse des prix et des taxes. Il les a sévèrement réprimées.

Le second, confronté à une dangereuse concurrence aux élections, est accusé par ses adversaires de faiblesse face au Hamas.

« Journée de la terre »

Selon un sondage publié vendredi, 63% des Israéliens ne sont pas satisfaits de l’attitude de M. Netanyahu vis-à-vis du Hamas. 

A la veille des manifestations, le coordinateur de l’ONU pour les affaires humanitaires dans les territoires palestiniens, Jamie McGoldrick, a estimé que « la priorité est de préserver les vies et chacun doit agir en ce sens ».

Palestiniens et défenseurs des droits humains accusent Israël d’usage excessif de la force. Israël dit ne faire que défendre sa frontière.

Dans un communiqué, M. McGoldrick a appelé aussi le Hamas à empêcher toute violence, exprimant son inquiétude pour les enfants. Environ 40 d’entre eux ont été tués depuis un an, selon l’Unicef.

Depuis le 30 mars 2018, des milliers de Gazaouis participent toutes les semaines à ces manifestations, souvent accompagnées de violences. Ils réclament outre la levée du blocus le droit de revenir sur les terres qu’eux-mêmes ou leurs parents ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création d’Israël en 1948.

Au moins 258 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, la grande majorité le long de la frontière, depuis cette date. Deux soldats israéliens ont péri.

La protestation a culminé le 14 mai 2018 avec la mort d’un moins 62 Palestiniens sous les balles israéliennes à Gaza, le jour de l’inauguration de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem.

Ailleurs dans les Territoires palestiniens et en Israël même, Palestiniens et Arabes israéliens sont appelés samedi à prendre part à la « Journée de la terre », hommage annuel à six Arabes israéliens tués en 1976 lors de manifestations contre la confiscation de terres par Israël.