Les habitants du Golan divisés, avant comme après les propos de Trump

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Des panneaux pour touristes à un poste militaire sur la partie ocupée du Golan par Israël, montrent diverses directions, le 22 mars 2019. (AFP)
Marla van Meter va continuer à s’occuper de ses petits-enfants et des jardins du kibboutz Afik comme avant, et n’ira sûrement pas voter Netanyahu aux prochaines élections parce que son ami Donald Trump veut reconnaître le Golan, où elle vit, comme faisant partie d’Israël.

Pour Marla van Meter comme d’autres Israéliens de la partie du Golan occupée par l’Etat hébreu, le président américain, proche allié du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ne fait que reconnaître une « réalité » en se prononçant pour une reconnaissance de la souveraineté israélienne, une rupture de plus de sa part avec des années de consensus international.

Pour Ghassan Abou Jabal au contraire, membre de la communauté druze, l’autre groupe présent côté israélien, M. Trump travestit la réalité pour aider le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en vue des législatives du 9 avril, et pour flatter son électorat américain.

« C’est une décision imbécile, de la part d’un imbécile lui-même, qui fait cadeau de quelque chose qui ne lui appartient pas à un autre imbécile encore plus corrompu que lui », dit ce médecin de Majdal Shams, localité druze d’environ 10.000 habitants touchant à la zone-tampon onusienne séparant la partie occupée et non occupée du Golan syrien.

Des dizaines de milliers de Syriens ont fui ou ont été chassés quand Israël s’est emparé d’une partie du Golan lors de la guerre en 1967 avant de l’annexer en 1981. Mais une partie des Syriens est restée et aujourd’hui environ 23.000 druzes, minorité arabophone et musulmane également présente en Syrie et au Liban voisin, vivent du côté israélien, ainsi que 25.000 colons israéliens arrivés depuis 1967.

Cerise sur le gâteau

La grande majorité de ces druzes se voient comme Syriens, ont refusé de prendre la nationalité israélienne, et sont apatrides.

« Nous faisons partie intégrante de la Syrie », dit à l’AFP Nizar Ayoub, à la tête d’Al-Marsad, organisation de défense des droits humains des Arabes sur le Golan. Il s’alarme de propos de M. Trump qui reflèteraient une volonté de diviser selon lui la Syrie en zones d’influence: américaine, russo-iranienne, turque et à présent israélienne.

Dans l’air depuis quelque temps, la reconnaissance américaine, qui doit encore se matérialiser au Congrès ou sous la forme d’un acte de l’exécutif, est plus largement interprétée comme une largesse faite à M. Netanyahu, en pleine bataille pré-électorale à l’issue incertaine.

La campagne a abondamment exploité la proximité de M. Netanyahu avec le président américain qui le reçoit la semaine prochaine. M. Netanyahu a parlé de moment historique, comme quand M. Trump a annoncé la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël malgré le statut disputé de la ville.

Dans le Golan même, on est moins emphatique. « C’est la cerise sur un gâteau déjà cuit », dit Marla van Meter, 61 ans, qui vit là depuis 35 ans.

Pas de miracle

« Je ne connais personne ici qui ne soit pas content », abonde Nadav Katz, ancien libraire de 71 ans, mais ce n’est qu’un « reflet de la réalité », et certainement pas « le miracle de Pourim », la joyeuse fête juive célébrée cette semaine, comme l’a proclamé M. Netanyahu.

Ce n’est pas davantage une raison de rallier la bannière Netanyahu aux élections du 9 avril. « Netanyahu, c’est fini pour moi », dit Mme van Meter, qui se dit « socialiste » avec des priorités socio-économiques.

Quant à M. Katz, il n’a pas encore décidé qui voter et, « croyez-moi, je ne suis pas le seul à ne pas savoir ».

L’argument historique ou biblique invoqué par un certain nombre de juifs pour défendre la colonisation en Cisjordanie, territoire palestinien occupé, est bien moins prégnant dans le Golan que la préoccupation sécuritaire par exemple, face à l’ennemi syrien et la menace d’une implantation iranienne vis-à-vis d’Israël.

M. Katz et sa famille sont venus de Jérusalem pour vivre à l’écart des villes comme il serait allé « de Paris à Orléans ».

Mme van Meter est venue du Texas pour prendre part à la construction d’une « patrie pour le peuple juif », et vivre le « rêve sioniste ». Mais elle défend la recherche de la paix avec les voisins d’Israël, à commencer par les Palestiniens.

Avec les retombées de la guerre en Syrie sur le Golan, ils connaissent l’urgence de courir aux abris en cas d’alerte à la roquette. Ils ont aussi longtemps redouté qu’un règlement diplomatique rende cette partie du Golan à la Syrie et les force à partir.

Donald Trump fait « peur » à Debbie Attoun, 71 ans, sur le Golan depuis 1974, et ce qui compte pour elle plus que ses propos, c’est que le reste d’Israël ait compris « l’importance que nous soyons restés sur le plateau ».

La Syrie et les pays arabes dénoncent la position de Trump sur le Golan

Le déclenchement en 2011 de la guerre en Syrie, voisine d’Israël, a attisé les tensions sur le Golan. (AFP)

La Syrie et les pays arabes ont condamné vendredi la déclaration du président Trump en faveur d’une reconnaissance de la souveraineté d’Israël sur la partie du plateau du Golan syrien occupée.

Israël a conquis en 1967 une grande partie du Golan et l’a annexée en 1981, mais la communauté internationale n’a jamais reconnu cette annexion. L’annonce de M. Trump a été interprétée comme un vrai coup de pouce au premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à l’approche des législatives du 9 avril.

«Après 52 ans, il est temps pour les États-Unis de reconnaître pleinement la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, qui a une importance stratégique pour l’État d’Israël et la stabilité régionale», a tweeté M. Trump, une décision en rupture avec la position des États-Unis depuis des décennies.

«La position américaine sur la partie occupée du Golan syrien reflète clairement le mépris des États-Unis pour les règles internationales et leur violation flagrante du droit international», a déclaré une source aux Affaires étrangères syriennes citée par l’agence Sana.

«Parti pris aveugle»

Pour le régime syrien, les déclarations de M. Trump «confirment une nouvelle fois le parti pris aveugle des États-Unis en faveur de l’occupation sioniste […]». Mais elles «ne changeront rien au fait que le Golan est et restera arabe et syrien».

Le déclenchement en 2011 de la guerre en Syrie, voisine d’Israël, a attisé les tensions sur le Golan. Les tirs d’obus en provenance de la Syrie, rarement mortels, étaient fréquents ces dernières années sur le Golan, et Israël ripostait à chaque fois.

Il y a quelques semaines, Israël a accusé le Hezbollah libanais, son ennemi juré, d’établir secrètement dans la partie non occupée du Golan, un réseau militaire du mouvement allié de l’Iran, autre bête noire de l’État hébreu. En janvier 2015, un raid israélien ciblant le Hezbollah a tué des militaires iraniens sur le Golan.

Au Caire, la Ligue arabe a jugé que la position de l’administration américaine était «dépourvue de toute valeur légale».

La Syrie a été suspendue par la Ligue arabe en 2011, mais plusieurs États arabes ont exprimé récemment leur soutien à la normalisation des relations avec le président Bachar al-Assad.

L’Égypte, proche de l’administration Trump, a elle réaffirmé dans un communiqué sa position selon laquelle «le Golan syrien est un territoire arabe occupé» et son annexion «nulle et non avenue» au regard du droit international.  

L’institution de l’islam sunnite Al-Azhar, basée au Caire, a également condamné les propos de M. Trump «au sujet de la prétendue souveraineté sioniste sur le plateau du Golan syrien occupé», dans un tweet publié sur son compte officiel.

«Tous choqués»

Le Conseil de coopération du Golfe (CCG, qui regroupe l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, Oman, le Qatar et le Koweït) a dit dans un communiqué regretter les propos de M. Trump. Cela «ne change pas la réalité qui est que le plateau du Golan arabe est une terre syrienne qu’Israël a occupée par la force militaire en juin 1967».

Frontalière de la Syrie et d’Israël, la Jordanie a également souligné que le Golan était «un territoire syrien occupé au regard des lois internationales».  

Une «paix globale et durable requiert le retrait d’Israël de toutes les terres arabes occupées, dont le Golan syrien fait partie intégrante», a indiqué le ministre jordanien des Affaires étrangères Aymane al-Safadi, cité par l’agence officielle Petra.  

Hormis les pays arabes, les alliés russe et iranien de la Syrie ainsi que la Turquie ont également réagi.

Bien qu’hostile à M. Assad, le président turc Recep Tayyip Erdogan a estimé que la déclaration de M. Trump mettait la région «au bord d’une nouvelle crise».

Pour le Kremlin, «de tels appels peuvent déstabiliser considérablement la situation […] au Proche-Orient».  

«Nous sommes tous choqués par @realDonaldTrump qui continue d’essayer de donner ce qui ne lui appartient pas à (l’État) raciste d’Israël : d’abord Al-Qods (nom arabe de Jérusalem), maintenant le Golan», a déclaré pour sa part le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif sur son compte Twitter.


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