Au moins 49 morts dans les fusillades des mosquées en Nouvelle-Zélande

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Le commissaire de police Mike Bush parle aux médias des fusillades perpétrées à Christchurch, le 15 mars 2019 à Wellington. (AFP)

Mise à jour 15/03/2019, à 20h50

Brenton Tarrant, l’extrémiste de droite qui a fait un carnage dans deux mosquées néo-zélandaises vendredi, a comparu pour meurtre samedi. Il n’a pas demandé de libération sous caution et restera donc en prison jusqu’à la prochaine audience le 5 avril.

Quarante-neuf personnes ont été tuées pendant la prière du vendredi dans des attaques contre deux mosquées de la ville néo-zélandaise de Christchurch, le tireur étant identifié comme Brenton Tarrant, un ancien instructeur de fitness australien qui se présente comme un militant d’extrême droite.


Au moins deux armes semi-automatiques, vraisemblablement des AR-15, et deux fusils ont été utilisés par le tireur. Certaines armes avaient été modifiées pour être plus efficaces, selon la première ministre néo-zélandaise.

À Sydney, le Premier ministre australien a décrit le tireur comme un « violent extrémiste de droite ».

L’Australien de 28 ans a été arrêté et inculpé de meurtres. Il doit comparaître samedi devant le tribunal du district de Christchurch. Deux autres hommes étaient toujours en garde à vue sans que l’on sache ce qui leur est reproché.

L’assaillant a diffusé en direct sur internet les images de ses attaques, où on le voit passer de victime en victime, tirant sur les blessés à bout portant alors qu’ils tentent de lui échapper. 

Le principal suspect a également publié un manifeste raciste sur les réseaux sociaux avant de passer à l’action, où il semble s’inspirer de théories populaires dans les milieux d’extrême droite selon lesquelles les « peuples européens » seraient « remplacés » par des populations non-européennes immigrées.

Le document détaille deux années de radicalisation et de préparatifs avant le passage à l’acte. Il affirme que les facteurs déterminants dans sa radicalisation ont été la défaite à la présidentielle française de 2017 de la dirigeante d’extrême droite Marine Le Pen et la mort de la petite Ebba Åkerlund à 11 ans dans l’attaque au camion-bélier de 2017 à Stockholm.

Il y rend aussi hommage au président américaine Donald Trump, lequel, interrogé vendredi soir à Washington, a estimé que l’idéologie de la suprématie blanche n’était pas une menace répandue…

De nombreuses images d’armes semi-automatiques publiées sur le compte Twitter lié au tireur étaient recouvertes de noms de personnages historiques, dont de nombreux Européens ayant combattu les forces ottomanes aux XVe et XVIe siècles.

Les comptes Twitter, Instagram et Facebook où ont été publiés la vidéo, les photos et le manifeste ont été suspendus depuis.

La première ministre Jacinda Ardern a décrit l’une des « journées les plus sombres » jamais vécues par cette nation du Pacifique Sud réputée paisible après ces attaques, les pires contre des musulmans dans un pays occidental.  

Des témoins ont raconté avoir vu des corps ensanglantés. Des enfants et des femmes figureraient parmi les morts. La police a demandé aux gens de ne pas partager « des images extrêmement pénibles » après la mise en ligne d’une vidéo montrant un homme blanc se filmant en train de tirer sur des fidèles dans une mosquée.

« Il est clair qu’on ne peut que décrire cela comme une attaque terroriste », a déclaré Mme Ardern, ajoutant que 20 personnes avaient été grièvement blessées. « Pour ce que nous en savons, (l’attaque) semble avoir été bien planifiée ».

Des engins explosifs improvisés ont aussi été désarmés par les militaires.

« Couverts de sang »

Un Palestinien présent dans l’un des lieux de culte de Christchurch a raconté qu’il avait vu un homme être abattu d’une balle dans la tête.

« J’ai entendu trois coups de feu rapides et après environ dix secondes, ça a recommencé. Cela devait être une arme automatique, personne ne pourrait appuyer sur la gâchette aussi vite », a dit cet homme à l’AFP sous couvert de l’anonymat. « Puis, les gens ont commencé à sortir en courant. Certains étaient couverts de sang ».

Des vidéos et des documents circulant sur l’internet, mais non confirmés officiellement, semblent indiquer que l’assaillant a publié son attaque sur Facebook Live.  

L’AFP a étudié ces images, qui ont depuis été retirées. Des journalistes expérimentés dans les techniques de vérification estiment qu’elles sont authentiques.

Quant au «manifeste» mis en ligne sur des comptes liés à la même page Facebook, il fait référence aux thèses du « grand remplacement » circulant dans les milieux d’extrême droite et qui théorise la disparition des « peuples européens ». 

Les deux cibles connues étaient la mosquée Masjid al Noor dans le centre de la ville – où 41 personnes ont péri, selon la police – ainsi qu’une seconde mosquée, à Linwood, dans la banlieue.

Un témoin a raconté au site internet d’information Stuff.co.nz qu’il était en train de prier à la mosquée Masjid al Noor sur l’avenue Deans quand il a entendu des tirs. En prenant la fuite, il a vu sa femme morte devant l’édifice religieux.

Un autre homme a dit avoir vu des enfants se faire abattre. « Il y avait des corps partout ».

Un témoin a expliqué à Radio New Zealand qu’il avait entendu des coups de feu et vu quatre personnes gisant au sol, « avec du sang partout ».

Les forces de l’ordre avaient imposé un bouclage du centre-ville avant de lever les mesures quelques heures plus tard. La police a demandé aux fidèles d’éviter les mosquées « partout en Nouvelle-Zélande ».

Fusillades en Nouvelle-Zélande. (AFP)

« État de choc »

La municipalité a ouvert un téléphone rouge destiné aux parents inquiets d’enfants qui manifestaient non loin contre le dérèglement climatique.

Toutes les écoles de la ville avaient été bouclées. La police avait appelé « tous ceux qui sont présents dans le centre de Christchurch à ne pas descendre dans la rue et à signaler tout comportement suspect ».

Des bâtiments publics comme la bibliothèque centrale étaient aussi fermés.

L’équipe de cricket du Bangladesh, un sport extrêmement populaire dans ce pays, se rendait dans l’une des mosquées au moment de l’attaque, mais aucun des joueurs venus jouer un match en Nouvelle-Zélande n’a été blessé, selon un porte-parole.

« Ils sont en sécurité. Mais ils sont en état de choc. Nous avons demandé à l’équipe de rester confinée dans son hôtel », a-t-il dit à l’AFP.

La Nouvelle-Zélande, pays réputé pour sa faible criminalité, a relevé son niveau d’alerte à la sécurité de bas à élevé.  

Par mesure de précaution, l’armée a fait exploser deux sacs qui semblaient abandonnés près d’une garde d’Auckland.

Selon le recensement de 2013, quelque 46 000 personnes s’identifiaient comme musulmanes en Nouvelle-Zélande, soit un peu plus de 1 % de la population totale.

Vague de condamnations

L’attentat a suscité une vague de condamnations dans le monde, du pape à la reine Elizabeth II, de Donald Trump au président turc Recep Tayyip Erdogan.

Au Canada, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a réagi à la tragédie tôt vendredi.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a écrit sur Twitter que la liberté avait été attaquée vendredi en Nouvelle-Zélande et que tous devraient pouvoir pratiquer leur religion librement et sans peur.

Le chef néo-démocrate a écrit avoir eu le « coeur brisé » en apprenant la nouvelle.

« Mon cœur va aux familles des personnes tuées et à tous ceux qui ont été touchés par cet acte de terreur. L’islamophobie tue, et n’a sa place nulle part dans le monde », a publié Jagmeet Singh sur Twitter.

Et au Centre culturel islamique de Québec, où une fusillade a fait 6 morts et 8 blessés le 29 janvier 2017, l’ancien président Mohamed Labidi a affirmé que l’actuel état d’esprit de sa communauté était le même qu’au lendemain de la fusillade d’il y a deux ans.

L’auteur de la fusillade de Québec, Alexandre Bissonnette, a été condamné à la prison à perpétuité.

Inquiet de ce genre de menaces qu’il n’avait pas vraiment vu venir et alarmé par la hausse des crimes haineux, le Canada a d’ailleurs récemment commandé une vaste enquête sur la montée de l’extrême droite, des groupes suprémacistes et des néo-nazis.

«La tragédie dans 2 mosquées en Nouvelle-Zélande ravive de pénibles souvenirs de l’attentat au Québec en jan 17.», a pour sa part écrit sur son compte Twitter la brigadier-général Jennie Carignan, commandante de la 2e Division du Canada, basée au Québec, ajoutant que «Les valeurs d’inclusivité et de respect sont fondamentales. »

Ciblée : la communauté musulmane de Nouvelle-Zélande

La petite communauté musulmane de Nouvelle-Zélande était quant à elle sous le choc vendredi après avoir été la cible d’une attaque meurtrière dans deux mosquées de Christchurch alors qu’elle estimait jusque là vivre « dans le pays le plus sûr au monde ».

Les musulmans de Nouvelle-Zélande cohabitent d’ordinaire sans problème avec les autres communautés dans l’île où une majorité d’habitants voit d’un bon oeil la diversité.

Population 

On dénombre un peu plus de 46 000 musulmans en Nouvelle-Zélande, selon le dernier recensement de 2013, ce qui représente 1 % de la population.

Le nombre de personnes se déclarant musulmanes a progressé de 28 % entre 2006 et 2013 selon l’agence des statistiques néo-zélandaise. Environ un quart d’entre eux est né dans le pays.

Jacinda Ardern, la première ministre néo-zélandaise s’est efforcée de rassurer cette communauté après la tuerie.

« Nous sommes une nation fière d’avoir plus de 200 origines ethniques et 160 langues. Et à travers cette diversité nous partageons des valeurs communes », a-t-elle affirmé.

Intégration 

Mustafa Farouk, le président de l’association islamique de Nouvelle-Zélande, a souligné après l’attaque que la communauté musulmane s’était sentie jusque là toujours en sécurité dans cet archipel isolé d’Océanie.

La communauté estimait que « nous vivions dans le pays le plus sûr au monde, nous n’aurions jamais pensé que quelque chose comme cela pouvait arriver », a-t-il dit à la télévision TVNZ.

« Les musulmans ont vécu en Nouvelle-Zélande pendant plus de 100 ans et rien ne nous est jamais arrivé de tel, donc ça ne changera pas notre sentiment » sur le pays, a-t-il insisté.

Les jeunes issus de la communauté musulmane « s’adaptent bien à la vie en Nouvelle-Zélande », comparés aux jeunes d’origine maorie ou à ceux d’origine européenne, selon des études réalisées par le centre de recherches interculturelles de l’Université Victoria de Wellington en 2010 (CACR).

Difficultés 

La communauté fait face cependant à certaines difficultés dans cet archipel du Pacifique. Les immigrés musulmans sont vus « moins favorablement » que d’autres communautés par les Néo-Zélandais, selon ce centre de recherche.

Par exemple, les immigrés venant de pays musulmans comme le Pakistan ou l’Indonésie affrontent des attitudes plus négatives que ceux venant de Chine ou des Philippines.

Et même s’ils sont souvent plus qualifiés que d’autres communautés, les musulmans ont plus de difficultés à trouver un emploi, selon une enquête du journal New Zealand Herald en 2015.

Tension 

L’un des principaux épisodes de tension ces dernières années a été provoqué par des caricatures de Mahomet considérées comme blasphématoires par les musulmans, publiées dans la presse danoise, et reprises par des médias locaux en 2006.

Ces caricatures ont déclenché de vives réactions dans la communauté musulmane et fait descendre dans la rue des centaines de manifestants.

La première ministre d’alors, Helen Clark, avait défendu la liberté de la presse tout en estimant que ces publications étaient malvenues.

*Avec AFP

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