Pompeo au Moyen-Orient avec les élections israéliennes en toile de fond

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Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo (G) s'entretient avec l'émir du Koweït cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah dans la capitale koweïtienne le 20 mars 2019. (AFP)
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Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo (G) s’entretient avec l’émir du Koweït cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah dans la capitale koweïtienne le 20 mars 2019. (AFP)
Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a entamé mercredi au Koweït ses nouvelles rencontres au Moyen-Orient pour tenter encore et toujours d’intensifier le combat des Etats-Unis contre l’Iran, avant d’aller rencontrer le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en pleine campagne pour sa réélection.

A l’occasion d’un « dialogue stratégique » avec le gouvernement koweïtien, il a mis l’accent sur la mise en place d’une Alliance stratégique du Moyen-Orient, sorte d’Otan locale voulue par Washington pour souder ses alliés arabes face à Téhéran. 

Et pour cela, Mike Pompeo et son homologue de l’émirat, Cheikh Sabah Al-Khaled Al-Sabah, ont plaidé pour en finir avec la crise entre le Qatar et l’Arabie saoudite.

Cette dispute qui dure depuis près de deux ans « n’est dans l’intérêt ni de la région ni du reste du monde », a insisté le secrétaire d’Etat. 

« Nous sommes tous confrontés aux mêmes menaces », de la part des jihadistes du groupe Etat islamique ou d’Al-Qaïda, mais aussi « de la République islamique d’Iran », a-t-il ajouté, énonçant un thème qui sera décliné lors des étapes suivantes, en Israël et au Liban.

Mais sa principale rencontre de cette première journée est prévue dans l’après-midi à Jérusalem avec Benjamin Netanyahu.

Officiellement, le contexte électoral — électrique — qui règne en Israël est étranger au timing de cette visite.

« Je vais en Israël en raison de notre relation importante » et pour parler « de questions stratégiques », a tenté de balayer en amont Mike Pompeo. « Cette relation compte, quels que soient les dirigeants. »

Son passage est néanmoins largement interprété comme un soutien appuyé au chef du gouvernement israélien qui mène une délicate bataille pour rester au pouvoir à l’issue des législatives du 9 avril, d’autant qu’aucune rencontre n’est prévue avec ses adversaires.

« Contrôlé » ou « occupé »

Benjamin Netanyahu, qui ne perd pas une occasion de dénoncer le régime iranien, est considéré à Washington comme le bon élève de la coalition anti-Iran que les Américains tentent de bâtir.

Le programme des deux journées de Mike Pompeo à Jérusalem est aussi l’occasion d’une visite symbolique à la nouvelle ambassade des Etats-Unis, transférée depuis Tel-Aviv sur ordre de Donald Trump. Une manière de rappeler que le président américain a reconnu fin 2017 Jérusalem comme capitale de l’Etat hébreu, pour le plus grand bonheur du Premier ministre israélien et d’une grande partie de son opinion publique.

Et pour appuyer encore un peu cette proximité, Benjamin Netanyahu s’envolera ensuite pour Washington pour la grand-messe annuelle de l’AIPAC, le principal lobby pro-israélien aux Etats-Unis.

En revanche, même si la Maison Blanche, sous la houlette de Jared Kushner, le gendre du président Trump, devrait dévoiler dans les semaines qui suivent le scrutin du 9 avril son plan de paix israélo-palestinien, Mike Pompeo ne va pas profiter de sa présence pour rencontrer l’Autorité palestinienne.

« Il faudrait déjà qu’ils veuillent nous parler, ce serait un bon début », a-t-il ironisé, alors que les dirigeants palestiniens refusent tout contact avec l’administration Trump en raison de sa décision controversée sur Jérusalem.

Depuis, les tensions se sont même exacerbées, le département d’Etat américain ayant coupé l’aide aux Palestiniens et entretenu un flou de plus en plus évident sur certains dossiers sensibles.

Ainsi, dans certains rapports, la diplomatie américaine ne désigne plus la Cisjordanie ou le Golan syrien comme étant « occupés » par Israël. S’agissant du Golan, désormais qualifié de « contrôlé » par l’Etat hébreu, certains y voient le prélude à une reconnaissance américaine de la souveraineté israélienne sur ce plateau stratégique. Des élus républicains défendent une action législative en ce sens.

« Pas de changement dans la politique américaine », s’est borné à répondre mercredi Mike Pompeo à une question sur ce glissement sémantique. Mais il n’a pas expliqué le contenu de cette politique.

Avant d’arriver au Koweït, il avait évoqué une description « factuelle » et « très précise » de comment Washington voit « la situation », donnant une fois le plus l’impression d’aller dans le sens d’Israël mais à l’encontre du consensus juridique international.

Pour autant, le chef de la diplomatie koweïtienne s’est dit convaincu que « les relations fortes entre les Etats-Unis et plusieurs pays » mènerait à « une solution politique » au conflit israélo-palestinien qui soit « acceptable pour tous les acteurs ».