Raid anti-Pyongyang à Madrid: un mystérieux groupe d’opposants suspend ses opérations

Un mystérieux groupe d'opposants à Pyongyang annonce la suspension provisoire de ses opérations en invoquant l'intérêt médiatique tout en promettant de "plus grandes choses à venir". (AFP)
Temps de lecture estimé : 3 minutes
Un mystérieux groupe d’opposants à Pyongyang annonce la suspension provisoire de ses opérations en invoquant l’intérêt médiatique tout en promettant de « plus grandes choses à venir ». (AFP)
Un mystérieux groupe d’opposants à Pyongyang soupçonné d’être derrière la récente attaque contre l’ambassade de Corée du Nord en Espagne a annoncé jeudi la suspension provisoire de ses opérations en invoquant l’intérêt médiatique tout en promettant de « plus grandes choses à venir ».

Le groupe Défense civile Cheollima (DCC) a revendiqué cette semaine le raid visant l’ambassade nord-coréenne à Madrid, expliquant vouloir mettre en lumière les activités « illégales » des représentations diplomatiques de Pyongyang à l’étranger. 

Après des semaines de mutisme total, un juge d’instruction espagnol a dévoilé cette semaine une série d’informations sur cet assaut et le commando l’ayant perpétré, dont plusieurs membres font l’objet d’un mandat d’arrêt international. Son chef présumé est un certain Adrian Hong Chang, de nationalité mexicaine mais résidant aux Etats-Unis.

« Nous sommes un groupe de transfuges qui se sont rassemblés avec des compatriotes du monde entier », explique la DCC dans un communiqué publié sur son site internet.

Divers préparatifs pour renverser le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un sont en cours mais ils ont été entravés par le brouhaha médiatique, ajoute-t-il.

« Les activités des membres ont été suspendues provisoirement. Les médias doivent s’abstenir de mettre leur nez dans les affaires de notre groupe et de nos membres. De plus grandes choses nous attendent », prévient le communiqué.

Ce dernier ne fournit aucune indication sur la localisation géographique du groupe. Mais il ne collabore pas avec les Nord-Coréens ayant fait défection en Corée du Sud pour « de strictes raisons de sécurité », souligne le communiqué.

Avec ce texte, la DCC donne pour la première fois des informations sur ses membres.

Elle est apparue en 2017 lorsqu’elle a publié sur internet une vidéo du fils du demi-frère assassiné de Kim Jong Un, expliquant avoir assuré sa protection.

Les informations sur la Défense civile Cheollima (DCC), qui tient son nom d’un cheval ailé coréen mythique, sont rares. Certains spéculent cependant sur ses liens éventuels avec les services de renseignement sud-coréens.

CIA et FBI

D’après les analystes, ce coup de projecteur sur les activistes de la DCC pourrait être à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour ses opérations futures.

« Ils peuvent recevoir un soutien international des forces hostiles à Pyongyang. Il y a une atmosphère plus propice à ce qu’ils mènent des campagnes plus ouvertes, plus publiques », juge Ahn Chan-il, un transfuge nord-coréen devenu chercheur à Séoul. 

Mais pour Shin Beom-cheol, chercheur à l’Institut d’études politiques Asan, ils s’exposent désormais à des représailles de Pyongyang. « S’ils ouvrent un bureau en Asie du Sud-Est ou aux Etats-Unis, ils risqueraient une attaque nord-coréenne ».

Selon Park Sang-hak, un Nord-Coréen passé au Sud qui dit connaître la DCC, la plupart de ses membres sont des transfuges installés aux Etats-Unis et titulaires de la nationalité américaine.

D’après lui, Kim Han Sol, le fils du demi-frère de Kim Jong Un assassiné en février 2017 à l’aéroport de Kuala Lumpur, est l’un de membres du groupe. Il vivrait aux Etats-Unis sous la protection du FBI.

Selon le quotidien espagnol El Pais, citant des sources policières et au sein du contre-espionnage espagnol (CNI), au moins deux des  membres du commando de Madrid « ont des liens avec les services secrets des Etats-Unis », à savoir la CIA.

Et dans son communiqué de revendication, mercredi, la DCC a affirmé qu’elle avait partagé « des informations d’une énorme valeur avec le FBI » après son raid contre l’ambassade nord-coréenne à Madrid

Le chef du commando, Adrian Hong Chang, milite depuis longtemps pour les droits humains et est un homme cultivé, ajoute  M. Park. En décembre 2006, il avait été arrêté en Chine, avec deux autres militants qui tentaient d’aider six Nord-Coréens en fuite. Tous avaient été libérés au bout de dix jours.

« C’est quelqu’un de très déterminé, qui met toujours ses idées en pratique », assure M. Park. 

Adrian Hong Chang avait ouvert par la suite un cabinet de consultants appelé Pegasus Strategies, ce qui suggère un lien avec le nom du cheval coréen Cheollima. Pégase est un cheval ailé de la mythologie grecque.

Le mois dernier, le groupe s’est autoproclamé gouvernement nord-coréen en exil, baptisé « Joseon libre », du nom de la dynastie qui occupa le trône coréen de 1392 à 1910, année de l’annexion par le Japon.

La DCC a affirmé par le passé avoir offert sa « protection » à des « compatriotes », remerciant des pays comme les Pays-Bas, la Chine et les Etats-Unis pour leur aide. Il a aussi dit ne « rien vouloir en retour ».