Sous-utilisation chronique des sommes allouées à la Défense

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La MRC a célébré le 5 octobre 2018 le baptême officiel du Harry DeWolf, le premier navire bâti dans le cadre du projet de navire de patrouille extracôtier et de l’Arctique (NPEA), au cours d’une cérémonie au chantier naval d’Irving Shipbuilding, à Halifax.(Archives)
La «machine» administrative ne parvient pas à dépenser les milliards de dollars prévus pour l’achat de nouveau matériel militaire, suscitant des inquiétudes quant à l’état de préparation des Forces canadiennes et à la possibilité que le Canada puisse atteindre la cible en dépenses qu’il s’était fixée comme pays de l’OTAN.

Un peu comme si tout le processus d’acquisition était une vieille bagnole qui ne va pas plus vite en noyant le moteur d’essence, la machine administrative n’arrive pas à dépenser tout l’argent voté pour équiper les Forces armées canadiennes.

Une vieille bagnole à laquelle on demande de «performer» pour rattraper ses retards.

En outre, cette sous-utilisation des ressources ne signifie pas seulement que la livraison de certains équipements promis sera inévitablement retardée, cela menace également la capacité du Canada à se rapprocher du fameux objectif de 2% du PIB en dépenses de défense que se sont donné les pays de l’OTAN et que Washington, Trump en tête, ne cesse de réclamer à cor et à cri.

En 2017, la Politique de défense du Canada de l’actuel gouvernement prévoyait des augmentations considérables des sommes consacrées chaque année, au cours des deux prochaines décennies, aux nouveaux aéronefs, navires, véhicules blindés et autres équipements militaires.

Après des années de sous-financement, ces investissements visaient à remplacer les avions de combat, les navires et autres équipements vieillissants des Forces canadiennes par des équipements ultramodernes.

Pourtant, alors que le gouvernement est sur le point d’investir davantage dans de nouveaux équipements pour la deuxième année consécutive, les documents budgétaires montrent que le ministère de la Défense n’a pas réussi à dépenser beaucoup plus que 4 milliards des 6,5 milliards mis à sa disposition.

La Défense nationale avait jusqu’au 31 mars, date de la fin de l’exercice financier fédéral, pour dépenser le budget qui lui était alloué. La sous-ministre de la Défense avait dit cet automne espéré que les fonds inutilisés inutilisés ne dépasseraient pas 1 milliard $, mais, à quelques semaines de l’échéance, c’est maintenant mission impossible.

Certes, le budget n’a finalement pas pu être dépensé tel que prévu en partie parce que, heureux problème, certains équipements ont fini par coûter moins cher que prévu, la sous-ministre Jody Thomas expliquant la semaine dernière à un comité des Communes que près de 700 millions n’ont pas été dépensés parce que certains projets ont coûté moins cher qu’anticipé et qu’en raison d’autres «gains d’efficacité: donc nous n’avons pas eu besoin de cet argent».

Mais cela n’explique pas tout.

Si le gouvernement a dépensé 2,3 milliards de moins que prévu l’année dernière, c’est bel et bien principalement en raison de retards dans des projets comme le renouvellement de la flotte de la Marine royale canadienne.

Cette fois, tout simplement, l’argent (seul) ne fait pas le bonheur, encore faut-il pouvoir l’utiliser.

Comme a du le reconnaître la sous-ministre, l’appareil gouvernemental et son efficacité ou inefficacité à mener les projets à bien sont aussi en cause.

Surtout que l’industrie a également rencontré des difficultés pour mener à bien ses projets, a également expliqué la sous-ministre.

Toutefois, a-t-elle ajouté, on ne devrait pas se surprendre qu’il y ait eu certains problèmes, compte tenu du nombre de projets en cours.

«Nous allons avoir des ralentissements», a-t-elle déclaré. «Si l’argent ne circule pas assez vite en raison d’un problème lié à une chaîne d’approvisionnement, un fournisseur particulier, un contrat, la définition que nous avons donnée un projet, nous travaillons avec l’industrie pour essayer de résoudre ce problème.»

Le ministre de la Défense Harjit Sajjan, a toutefois admis devant le même comité des Commune qu’il faudra que l’appareil gouvernemental soit plus performant: bien bien que le gouvernement dépense plus en équipements militaires que les années précédentes, «nous devons réunir suffisamment de personnes pour pouvoir gérer le volume de projets. Nous devons nous améliorer», a reconnu le ministre.

Quand l’argent ne suffit pas

Force est de reconnaître que le problème ne date pas d’hier et il serait extrêmement simpliste d’en faire porter tout le blâme au gouvernement en place, quel qu’il soit. Par contre, l’heure est sans doute venue de se poser de sérieuses questions, à l’instar de plusieurs analystes qui se demande, par exemple, si la construction navale est vraiment gérée de façon optimale.

Les responsables de la défense et les observateurs imputent également à une pénurie d’experts en approvisionnement les retards dans les projets et des dépassements de coûts.

Cette pénurie est l’héritage des années de sous-financement, tant sous les libéraux dans les années 1990 que sous les conservateurs au début de la décennie actuelle.

Aujourd’hui en mode «rattrapage», le Canada reste pénalisé par ces années de sous-financement même après y avoir mis fin et tout l’argent du monde n’y changerait rien alors que l’industrie canadienne peine à livrer les équipements qu’attendent nos militaires.

Parfois, «tout le temps qui passe ne se rattrape guère. (…)» , dit la chanson et, s’il se rattrape, ce n’est certainement pas en un claquement de doigts, semble-t-il.

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