Les combats font rage pour chasser l’EI de sa dernière poche en Syrie

Un homme suspecté d'appartenir au groupe État islamique est fouillé par des membres des Forces démocratiques syriennes après avoir quitté l'enclave de Baghouz, le 1er mars. (Bulent Kilic/AFP)
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Un homme suspecté d’appartenir au groupe État islamique est fouillé par des membres des Forces démocratiques syriennes après avoir quitté l’enclave de Baghouz, le 1er mars. (Bulent Kilic/AFP)
Les combats font rage samedi entre les forces arabos-kurdes et les djihadistes du groupe État islamique (EI) défendant leur dernière poche en Syrie, au deuxième jour d’une bataille finale censée sonner le glas du « califat » proclamé par cette organisation ultraradicale.

Après une montée en puissance fulgurante en 2014, l’EI avait proclamé un «califat» sur des pans entiers de la Syrie et de l’Irak voisin, mais le groupe djihadiste, cible de multiples offensives, a vu ces deux dernières années son territoire se réduire comme peau de chagrin.

Encerclés depuis des semaines dans leur ultime carré dans la province orientale de Deir Ezzor en Syrie, les derniers djihadistes sont retranchés dans des tunnels, au milieu d’un océan de mines, dans la périphérie Est du village de Baghouz, sur la rive orientale du fleuve Euphrate, non loin de la frontière irakienne.  

Les Forces démocratiques syriennes (FDS), fer-de-lance de la lutte anti-EI en Syrie, sont engagées dans cette dernière bataille visant à signer la fin du «califat» où l’organisation ultraradicale accusée de crimes contre l’Humanité menait de multiples exactions.

«Les violents combats se poursuivent», a indiqué samedi à des journalistes un porte-parole des FDS, Adnane Afrine, faisant état de «huit blessés graves» dans les rangs de l’alliance arabo-kurde.

En cours de journée, une épaisse fumée noire s’élevait au-dessus du réduit de l’EI, tandis que sur les hauteurs surplombant le village de Baghouz, un combattant des FDS faisait crépiter sa mitrailleuse, a décrit un collaborateur de l’AFP sur place.

«Les affrontements se font de plus en plus proches, la distance qui nous séparait des djihadistes a été réduite», a-t-il souligné. Peu avant, les FDS évoquaient leur progression d’un kilomètre dans une sorte de zone tampon existant entre les belligérants.

«Surprises» ?

Le dernier carré de l’EI se résume à quelques pâtés de maisons accolées à un campement informel.

«Nous ne pouvons pas fixer de calendrier pour cette bataille : deux semaines, trois semaines ou une semaine, cela dépendra des surprises que nous aurons en chemin», a affirmé plus tôt à l’AFP M. Afrine.

«Ceux qui ne se sont pas encore rendus, ils mourront sur place», a-t-il prévenu.

Dans une vidéo diffusée samedi par les FDS, des hommes armés s’installent sur un immeuble abandonné. Une autre vidéo diffusée vendredi montre des combattants tracer leur chemin dans l’obscurité au rythme des blindés militaires, tandis que des rafales de tirs retentissent.  

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a confirmé le «progrès» des FDS.

La prudence est toutefois de mise «en raison de la présence de nombreux tunnels» et de djihadistes armés «de ceintures explosives», a assuré un commandant sur le terrain, qui a dit s’attendre à des attentats-suicides.

Pour résister, «l’EI compte sur les tireurs embusqués et les mines», a-t-il expliqué.

Soutenues par une coalition internationale anti-EI conduite par les États-Unis, les FDS, engagées depuis septembre dans cette offensive, avaient suspendu leurs opérations pendant plus de deux semaines pour épargner les civils et permettre leur évacuation.

Des milliers de personnes – femmes et enfants surtout – ont ainsi pu abandonner le secteur. Et depuis décembre, au total quelque 53 000 personnes, dont plus de 5000 djihadistes qui ont été arrêtés, l’ont quitté, selon l’OSDH.

Jeudi, un autre porte-parole des FDS, Mustapha Bali, a affirmé que les civils «qui se trouvaient encore à l’intérieur ne voulaient pas partir», relatant les récits de civils déjà évacués.

Une présence de civils retenus par l’EI pourrait retarder l’assaut en cours.

Clandestinité

La grande majorité des personnes évacuées sont transférées vers le camp de déplacés d’Al-Hol dans la province de Hassaké, plus au nord, où elles s’entassent dans des conditions qualifiées de «rudes» par des ONG. 

L’ONU a appelé à une collecte de fonds urgente : «davantage de tentes, de vivres, d’eau, d’équipements sanitaires et médicaux […], sont nécessaires de toute urgence», a-t-elle dit.

Une perte de la poche de Baghouz signifierait la fin territoriale du « califat » de l’EI qui a toutefois déjà entamé sa mue en organisation clandestine. Ses combattants ont fui dans le désert syrien qui s’étend du centre du pays à la frontière irakienne et parviennent toujours à mener des attentats meurtriers.

Selon Adnane Afrine, «le  » califat  » disparaîtra géographiquement avec la prise de Baghouz, mais idéologiquement et avec les cellules (dormantes) ce ne sera pas la fin» de l’EI.

L’armée américaine a averti récemment, qu’en cas d’absence d’un engagement soutenu contre l’EI, il ne faudrait à ce groupe que six à 12 mois pour entamer une «résurgence».

Déclenchée le 15 mars 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, la guerre en Syrie qui s’est complexifiée au fil des ans avec l’implication de plusieurs acteurs, a fait plus de 360 000 morts et poussé à la fuite des millions de personnes.