Syrie: de nouvelles évacuations attendues depuis l’ultime réduit de l’EI

Des personnes évacuées du réduit du groupe Etat islamique à Baghouz, dans l'est de la Syrie, sont fouillées par les combattants des Forces démocratiques syriennes, le 27 février 2019. (AFP)
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Des civils fuyant les zones de combats près de Baghouz, dans l’est de la Syrie, le 14 février 2019. (AFP)
Les forces arabo-kurdes soutenues par des frappes aériennes américaines se préparent lundi à de nouvelles évacuations de civils depuis l’ultime bastion du groupe Etat islamique (EI) dans l’est syrien, où les jihadistes sont accusés de défendre leur carré avec des « boucliers humains ».

Les forces arabo-kurdes soutenues par des frappes aériennes américaines se préparent lundi à de nouvelles évacuations de civils depuis l’ultime bastion du groupe Etat islamique (EI) dans l’est syrien, où les jihadistes sont accusés de défendre leur carré avec des « boucliers humains ».

Après l’évacuation de milliers de civils en plus de deux semaines, les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont repris vendredi l’offensive contre les derniers combattants de l’EI, terrés dans une poche du village de Baghouz, dans la province orientale de Deir Ezzor.

Tirs d’artillerie et frappes aériennes de la coalition internationale emmenée par Washington ont ainsi visé ces derniers jours plusieurs positions jihadistes dans cet ultime réduit, constitué de quelques pâtés de maisons accolées à un campement informel.

« Il y a un ralentissement dans l’opération depuis hier, des familles de (membres de) l’EI sont sorties », a expliqué lundi à une équipe de l’AFP un commandant des FDS sur le terrain.

« Nous nous attendons à de nouvelles évacuations aujourd’hui, mais nous n’avons pas de chiffres exacts », a-t-il ajouté, alors que les FDS accusent les jihadistes d’utiliser ces civils comme « boucliers humains ».

Lundi, trois frappes aériennes ont toutefois visé le réduit de l’EI, provoquant un épais nuage de fumée noire et grise, a constaté une journaliste de l’AFP sur place. Au sommet d’une colline reconquise par les FDS surplombant le secteur, deux imposants drapeaux des unités kurdes flottent au vent.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) a confirmé un « ralentissement des combats ces dernières heures », disant s’attendre à « une trêve pour évacuer les blessés, les membres des familles de jihadistes ainsi que les civils et les combattants » souhaitant se rendre.

Des dizaines de camions vides se sont dirigés lundi matin vers Baghouz, a rapporté un journaliste de l’AFP. Selon un chauffeur, il s’agit d’un nouveau convoi de 40 camions pour transporter les civils pris au piège.

Fin territoriale

Retranchés au milieu d’un océan de mines, les jihadistes ont des tireurs embusqués et essayent de lancer des contre-attaques, mais les FDS assurent déjouer leurs tentatives.

Durant des affrontements dimanche, « huit kamikazes se sont faits exploser avant d’arriver à des positions » des forces arabo-kurdes, tandis que les explosifs de trois voitures piégées ont été activés à distance, selon un communiqué de l’alliance.

Depuis vendredi, sept membres des FDS ont été tués, contre 18 jihadistes morts sur le champ de bataille ou lors d’attaques kamikazes, indique de son côté l’OSDH.

Quelque 53.000 personnes, principalement des familles de jihadistes, ont déjà quitté l’ultime réduit depuis décembre, selon l’Observatoire. Parmi eux, plus de 5.000 jihadistes ont été arrêtés, d’après la même source.

La grande majorité des évacués sont transférés vers le camp de déplacés d’Al-Hol, plus au nord, où ils s’entassent dans des conditions difficiles.

Après une montée en puissance fulgurante en 2014, l’EI avait proclamé en juin de la même année un « califat » sur les vastes régions et les grandes villes conquises en Syrie et en Irak voisin, où l’organisation ultraradicale a mené de multiples exactions.

Mais face à plusieurs offensives ces deux dernières années, les jihadistes ont vu leur territoire se réduire comme peau de chagrin.

Réunion russo-américaine

Si l’EI perd son dernier réduit, à Baghouz, cela signerait la fin territoriale du « califat » en Syrie après sa défaite en Irak en 2017. 

Mais le groupe a déjà entamé sa mue en organisation clandestine. Ses combattants sont disséminés dans le désert syrien, dans le centre du pays, et parviennent toujours à mener des attentats meurtriers.

La bataille contre l’EI représente aujourd’hui le principal front de la guerre en Syrie qui a fait plus de 360.000 morts depuis 2011, au moment où le régime, soutenu par la Russie et l’Iran, a repris le contrôle de près des deux-tiers du pays.

Parallèlement à l’offensive anti-EI, les chefs d’état-major russe et américain, Valeri Guerassimov et Joe Dunford, se rencontrent lundi à Vienne, en Autriche, pour évoquer la poursuite des opérations en Syrie, où les Etats-Unis ont décidé de maintenir une « force résiduelle ».

Le président américain Donald Trump avait décidé en décembre de retirer les quelque 2.000 soldats américaines déployées dans le nord-est de la Syrie, en soutien aux FDS, mais il s’est finalement laissé convaincre d’y maintenir environ 200 militaires.

Depuis l’entrée de la Russie dans le conflit en 2015, Moscou et Washington se sont entendus pour se départager leurs zones d’opérations contre l’EI, et éviter tout incident par des mesures dites de déconfliction.