Pour ses 70 ans, l’Otan tente de refaire son unité contre les « agressions » russes

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Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg à l'ouverture d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance à Washington.(AFP)
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Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg à l’ouverture d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance à Washington.(AFP)
Les 29 pays membres de l’Otan tentent jeudi à Washington d’afficher leur unité face aux « agressions » de la Russie, lors d’un anniversaire terni par des différends entre les Etats-Unis et deux alliés-clés, la Turquie et l’Allemagne.

Retour aux fondamentaux, 70 ans jour pour jour après la signature par douze pays fondateurs, le 4 avril 1949 dans la capitale américaine, du traité de l’Alliance atlantique née pour contrer l’Union soviétique au début de la Guerre froide.

Le monde a changé mais Moscou reste la principale « menace » aux yeux de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, célébrée comme l’alliance la plus ancienne et « la plus efficace de l’Histoire ».

« Nous ne voulons pas d’une nouvelle Guerre froide » mais l’Otan n’hésitera pas à assurer sa défense, a martelé mercredi son secrétaire général, Jens Stoltenberg.

Jeudi, à l’ouverture d’une réunion des ministres des Affaires étrangères alliés, il a de nouveau accusé la Russie de « violer » le traité de désarmement sur les armes nucléaires de portée intermédiaire (INF) « en déployant des missiles susceptible d’être armés d’ogives nucléaires en Europe ».

Le président américain Donald Trump a dénoncé début février ce texte signé avec Moscou pendant la Guerre froide. Son homologue l’a imité en suspendant à son tour la participation de la Russie, et les négociations semblent dans l’impasse.

Soulignant l’importance de ce traité pour « la sécurité de l’Europe », Jens Stoltenberg a appelé les Russes à le respecter. « Mais l’Otan est aussi unie désormais pour se préparer à vivre dans un monde sans traité INF », a-t-il prévenu.

Les Alliés doivent aussi aborder « les actes d’agression de la Russie dans la région de la mer Noire », a-t-il ajouté, tandis que le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, hôte de la réunion, a placé « l’agression russe » en tête des « menaces » face auxquelles il faut « adapter » l’Alliance.

Sécurité en mer Noire

Les ministres doivent adopter des mesures pour « renforcer la surveillance » aérienne et maritime en mer Noire où ils comptent déployer davantage de navires. Objectif: « faire en sorte que les bateaux ukrainiens puissent passer en toute sécurité par le détroit de Kertch et la mer d’Azov », a expliqué mardi l’ambassadrice des Etats-Unis auprès de l’Otan Kay Bailey Hutchison.

Il s’agit d’une réponse à l’affrontement armé entre les marines russe et ukrainienne en novembre au large de la péninsule de Crimée, dont l’annexion il y a cinq ans par la Russie n’a jamais été reconnue par les Occidentaux.

Avant même la réunion de Washington, le Kremlin a dénoncé ce plan, qu’il voit « de manière négative ».

La confrontation avec la Russie offre aux Alliés une occasion de refaire leur unité, mise à mal par plusieurs bisbilles internes.

Mercredi, le vice-président américain Mike Pence a ravivé les tensions avec l’Allemagne, accusée de ne pas mettre suffisamment la main au portefeuille pour contribuer aux dépenses militaires. Cette question du « partage du fardeau », principal cheval de bataille de Donald Trump qui n’a eu de cesse de bousculer ses alliés depuis deux ans, revient jeudi au menu d’un déjeuner ministériel.

L’administration Trump a aussi haussé le ton contre un autre Etat membre, la Turquie, qui a entrepris d’acheter à la fois un système de défense antimissiles russe, les S-400, et des avions de chasse américains, les F-35. Washington menace Ankara de sanctions économiques si elle persiste dans l’achat d’armes russes.

Mais le gouvernement turc lui a opposé une fin de non recevoir.

Selon le département d’Etat américain, Mike Pompeo a en outre mis en garde mercredi son homologue turc Mevlut Cavusoglu contre « les conséquences potentiellement dévastatrices d’une action militaire turque unilatérale » dans le nord-est de la Syrie, où Ankara entend déloger les combattants kurdes alliés des Etats-Unis dans la lutte antijihadistes.

Signe que leur rencontre à Washington n’a pas apaisé les esprits, la diplomatie turque s’est offusquée d’un compte-rendu américain qui « ne reflète par le contenu de l’entretien ».

« Seule l’unité interne peut permettre de présenter un front uni et fort sur la scène internationale », a prévenu dans la capitale américaine le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas. Et face aux nouveaux défis, de la Chine aux cyberattaques en passant par la menace terroriste, « nous en avons urgemment besoin ».

Déclaration pour le 70ᵉ anniversaire de l’OTAN, publiée par les ministres des Affaires étrangères des pays de l’OTAN Washington, 3-4 avril 2019

Il y a soixante-dix ans, le traité fondateur de l’OTAN était signé à Washington. Aujourd’hui, notre Alliance est la plus puissante qui ait jamais existé. Elle garantit la liberté des citoyens de ses pays membres, soit près d’un milliard de personnes, ainsi que la sécurité de son territoire, et elle protège nos valeurs, parmi lesquelles la démocratie, la liberté individuelle, les droits de l’homme et l’état de droit. Nous réaffirmons le lien transatlantique qui unit durablement l’Europe et l’Amérique du Nord, notre adhésion aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies, ainsi que notre attachement indéfectible à l’article 5 du traité de Washington, qui dispose qu’une attaque contre un Allié est considérée comme une attaque contre nous tous. Nous sommes résolus à partager de façon plus équilibrée le coût et les responsabilités qu’implique notre sécurité, qui est indivisible. Nous demeurons attachés à chacun des trois volets de l’engagement en matière d’investissements de défense pris au pays de Galles en 2014, à savoir le seuil de dépenses à atteindre d’ici à 2024, les capacités prévues et les contributions aux missions et opérations. Nous avons accompli des progrès considérables mais nous pouvons, devons et allons faire plus.

L’OTAN est une alliance défensive, qui n’a jamais cessé de s’adapter afin de faire face à l’évolution des menaces pesant sur la sécurité de ses pays membres et de leur population. L’unité et la persévérance de l’Alliance ont permis de mettre fin à la Guerre froide et d’apporter la stabilité aux Balkans. Chaque nouvelle adhésion à l’OTAN a été gage de sécurité pour des millions d’Européens. En réaction aux attentats du 11­Septembre, l’Organisation a pour la première fois de son histoire invoqué l’article 5, témoignant ainsi sa solidarité et son soutien aux États-Unis. Nous rendons hommage à toutes les personnes qui ont contribué à la réussite de l’OTAN au fil de ses soixante-dix années d’existence. Nous honorons la mémoire de celles et ceux qui ont sacrifié leur vie pour préserver notre sécurité.

Aujourd’hui, nous évoluons dans un contexte de sécurité imprévisible et difficile, marqué notamment par une Russie plus agressive et par la persistance de la menace que représente le terrorisme, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations. L’ordre international fondé sur des règles est remis en cause. L’instabilité observée au-delà de nos frontières favorise la migration irrégulière. Nous sommes confrontés à des menaces cyber et hybrides. L’évolution rapide et profonde des technologies nécessite l’adoption de nouvelles approches.

En tant qu’Alliés, nous ferons face ensemble à tous les défis qui se présenteront. Depuis 2014, nous renforçons notre défense et nos capacités collectives, notre posture de dissuasion et de défense ainsi que notre résilience. Nous faisons front ensemble et collaborons avec nos partenaires internationaux pour lutter contre le terrorisme. Nous avons noué de solides partenariats avec des pays situés dans notre voisinage et au-delà, ainsi qu’avec l’Organisation des Nations Unies, l’Union européenne et d’autres organisations, afin de répondre aux menaces et aux défis auxquels nous sommes confrontés. Nous sommes attachés à la politique de la porte ouverte de l’OTAN car elle renforce l’Alliance et contribue à la sécurité euro-atlantique. Nous sommes déterminés à prendre toutes les mesures qui s’imposent pour protéger le territoire de l’Alliance et la population de ses pays membres. Grâce à l’adaptation continue de l’OTAN, nous pourrons faire face à tout moment à n’importe quelle menace, d’où qu’elle vienne. Les atouts que constituent nos valeurs, les habitants de nos pays, notre unité et notre solidarité nous permettront de rendre l’Alliance toujours plus forte.