Assange a « réitéré » ses violations de l’accord imposé par l’Equateur

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Le président de l'Equateur, Lenin Moreno, lors d'une interview à Guayaquil, le 2 avril 2019. (AFP)
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Le président de l’Equateur, Lenin Moreno, lors d’une interview à Guayaquil, le 2 avril 2019. (AFP)
Le président équatorien Lenin Moreno a affirmé mardi que Julian Assange a « réitéré ses violations » de l’accord sur ses conditions d’asile à l’ambassade de Quito à Londres, où le fondateur de WikiLeaks est réfugié depuis six ans

« M. Assange a trop souvent réitéré ses violations de l’accord auquel nous étions parvenu avec lui et son conseil juridique », a déclaré le chef de l’Etat lors d’un entretien avec des radios locales à Guayaquil (sud-ouest).

Le président Moreno, qui n’a pas précisé si l’asile serait retiré au fondateur de WikiLeaks, a ajouté: « Ce n’est pas qu’il ne peut parler librement, ce n’est pas qu’il ne peut s’exprimer librement, c’est qu’il ne peut mentir et encore moins pirater ou intercepter des comptes ou des téléphones privés ».

Quito a dénoncé devant un rapporteur de l’ONU la diffusion par le site web WikiLeaks, ainsi que sur les réseaux sociaux Twitter et Facebook, de photos, vidéos et conversations privées du président équatorien.

Le portail web inapapers.org dénonce en outre des faits présumés de corruption attribués à M. Moreno, qui les a rejetés et affirmé, sans donner de nom, en connaître l’origine.

« Nous savons qui paie cela. Nous le savons parfaitement. Il est lié à ceux qui ont détourné des milliards de dollars au cours de la décennie passée », avait déclaré vendredi M. Moreno, en rupture avec son prédécesseur et ex-allié Rafael Correa (2007-2017).

Il a réaffirmé mardi que le gouvernement continue « à chercher une solution » à la situation de Julian Assange, réfugié en 2012 à l’ambassade équatorienne pour éviter d’être extradé en Suède, où il était accusé de viol présumé, un dossier depuis classé.

Depuis octobre dernier, Quito applique un protocole qui régule ses visites, communications et conditions de salubrité dans l’ambassade, en réaction à ce que le gouvernement considère comme de constantes ingérences du fondateur de WikiLeaks dans les affaires internes de l’Equateur et d’autres pays. Le document précise que son non respect aboutirait à l' »interruption de l’asile ».

Julian Assange, 48 ans, reste sous le coup d’un mandat d’arrêt britannique pour violation des conditions de liberté surveillée dans l’affaire suédoise. 

Il craint, en cas d’arrestation, d’être extradé aux Etats-Unis pour la publication en 2010 sur son site de milliers de documents confidentiels du département d’État américain et du Pentagone, repris dans les médias du monde entier.

Julian Assange, de héraut de la transparence à fugitif controversé

Le fondateur de WikiLeaks Julian Assange sur le balcon de l’ambassade d’Equateur à Londres, le 19 mai 2017. (AFP/Archives/Justin TALLIS)

Menacé par la police britannique, inculpé par la justice américaine, Julian Assange doit aussi compter avec l’inimitié de l’Équateur, lassé de sa présence dans son ambassade à Londres, où le fondateur de WikiLeaks vit réfugié depuis presque sept ans.

C’est dans ce bâtiment diplomatique d’un quartier chic de la capitale britannique que l’Australien aux cheveux argentés avait trouvé asile le 19 juin 2012, déguisé en coursier, pour échapper au mandat d’arrêt pour des accusations de viol et d’agression sexuelle en Suède qu’il a toujours rejetées, défendant la théorie d’un complot.

En accordant sa protection au fondateur de WikiLeaks, l’Équateur, alors présidé par Rafael Correa, une figure de la gauche sud-américaine, avait trouvé une occasion en or de narguer Washington.

Mais tout change en 2017 avec l’arrivée au pouvoir de Lenin Moreno, pour qui la présence de Julian Assange constitue un « problème ».

Comme Tom Sawyer

Le changement de ligne de Quito coïncide aussi avec le déclin de la popularité du « cyber-warrior ». Son image s’est particulièrement brouillée avec la diffusion par sa plateforme, en 2016, à un moment-clé de la campagne présidentielle américaine, de milliers de courriels piratés provenant du Parti démocrate et de l’équipe d’Hillary Clinton, qui ont contribué à discréditer la candidate.

Ces révélations suscitent alors des éloges appuyés du candidat Donald Trump. « J’adore WikiLeaks », affirme-t-il au cours d’un meeting. D’après la CIA, ces documents ont été obtenus par WikiLeaks auprès d’agents russes, ce que nie la plateforme.

Personnage difficile à suivre, Julian Assange a été balloté de gauche à droite dès son plus jeune âge par sa mère, Christine Ann Assange, une artiste de théâtre qui s’était séparée de son père avant même sa naissance.

Il compare son enfance à celle de Tom Sawyer, entre construction de radeau et explorations diverses de son environnement. Jusqu’à l’âge de 15 ans, il vivra dans plus de trente villes australiennes différentes et fréquentera de nombreuses écoles avant de se poser à Melbourne où il étudiera les mathématiques, la physique et l’informatique.

Doué, travailleur, il est happé par la communauté des hackers et commence à pirater les sites internet de la NASA ou du Pentagone en utilisant le pseudo de « Mendax ».

« Libérer », « démasquer »

C’est à cette époque qu’il a un fils, Daniel, dont il se disputera la garde avec la mère. Lorsqu’il lance WikiLeaks dans le but de « libérer la presse » et de « démasquer les secrets et abus d’État », il devient, selon l’un de ses biographes, « l’homme le plus dangereux du monde ».

Il se fait connaître du grand public en 2010 avec la publication des centaines de milliers de documents américains. Un coup d’éclat qui vaut à cet homme grand et mince au teint diaphane d’être présenté comme un champion de la liberté d’informer.

Mais en même temps que sa notoriété grandit, les critiques s’accumulent.

En 2011, les cinq journaux (dont The New York Times, The Guardian et Le Monde) associés à WikiLeaks condamnent la méthode de la plateforme, qui rend publics des télégrammes du département d’État américain non expurgés. Ils estiment que les documents sont susceptibles de « mettre certaines sources en danger ». La critique sera également formulée par le lanceur d’alertes Edward Snowden.

Chargé de rédiger l’autobiographie de Julian Assange, Andrew O’Hagan finit par jeter l’éponge avec ce verdict définitif : « L’homme qui se targue de dévoiler les secrets de ce monde ne supporte pas les siens ».

Depuis, seul un noyau dur-et quelques célébrités comme l’acteur américain Martin Sheen et l’actrice Pamela Anderson-lui est resté fidèle.