Aux portes de la capitale libyenne, le jeu du chat et de la souris

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Un combattant loyal au Gouvernement d’union nationale, à Ain Zara dans la banlieue de Tripoli, le 10 avril 2019. (AFP)
Aux portes de Tripoli, la guerre prend la forme d’un jeu du chat et de la souris entre les forces du maréchal Haftar qui mène une offensive sur la capitale libyenne et ses rivaux qui se disent déterminés à l’en empêcher. 

Depuis le début de l’assaut le 4 avril, le site d’un aéroport international abandonné à une vingtaine de km au sud de Tripoli a changé de mains deux ou trois fois, de même qu’une caserne située un peu plus à l’est. 

« Pour le moment, c’est toujours le jeu du chat et de la souris », lance un commandant d’un groupe armé loyal au Gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par la communauté internationale et basé à Tripoli.

« Nous sommes encore en train de nous organiser. Pour nous, la guerre n’a pas vraiment commencé », dit-il.

Mais « ça tire à l’artillerie lourde et aux obus. L’aéroport est sur la ligne de front aujourd’hui. C’est très dangereux pour vous », explique cet officier pour justifier son interdiction à une équipe de l’AFP de s’approcher des combats.

« Criminels »

Coupée à la circulation, la route entre Tripoli et l’aéroport qui avait été détruit en 2014 par des violences similaires, n’est empruntée que par des véhicules militaires des forces du GNA et des ambulances de retour du front. 

Des tirs à l’arme lourde ont été entendus à une dizaine de km de l’aéroport, selon les journalistes de l’AFP.

A Ain Zara, une ville de la banlieue de Tripoli parsemée de fermes agricoles, les combats font rage.

Après une percée dans cette zone des combattants de l’Armée nationale libyenne (ANL) auto-proclamée par le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est libyen, les force du GNA ont réussi à les repousser plus au sud.

Sur l’avenue principale de cette ville, bordée de commerces et de maisons, un monticule de sable érigé par les forces pro-GNA sépare désormais les deux camps.   

« Aujourd’hui, les criminels du groupe de Haftar ont avancé. Mais nous (leur) avons détruit un char et eux blindés », se réjouit Youssef, un des combattants pro-GNA.  

« La situation est bonne maintenant », dit-il.

Derrière lui, chaque tir de canon ou de roquette provoque un nuage de sable, sur fond d’un bruit assourdissant de mitraillettes et un ballet de pick-ups armés de canons anti-aériens tirant à tour de rôle.

Soudain un obus siffle et déchire l’air. Il atterrit sur une maison proche. Puis un autre finit sa trajectoire sur le goudron sans exploser. 

Peur de « pillage »

« Vous voyez? Il (Haftar) veut détruire nos maisons et tout Tripoli », crie un des combattants qui se reposait à l’ombre d’un mur.

La plupart des habitants ont fui les combats. Mais plusieurs d’entre eux ont refusé de quitter leurs maisons, par crainte de « pillage », selon un habitant.  

« Les affrontements se sont intensifiés. Nous avons peur de quitter la maison (…). Ca tape fort! », a indiqué à l’AFP par téléphone une habitante.

Le Croissant rouge libyen a affirmé que ses équipes ont pu « intervenir mercredi matin pour faire sortir des civils, résidant dans les zones de combats ». 

Une trentaine de familles ont été évacuées notamment d’Ain Zara et Ouadi al-Rabi, plus au sud.

Des combats violents opposent aussi les deux camps rivaux dans la région d’Al-Aziziya, à une cinquantaine de kilomètre au sud de Tripoli où l’ANL a indiqué mercredi avoir pris le contrôle d’une caserne qui étaient farouchement disputée depuis quelques jours. 

Il n’était pas possible dans l’immédiat de vérifier l’information de source indépendante. 

Mardi, le porte-parole des forces pro-GNA, Mohamad Gnounou, a accusé l’ANL de « s’infiltrer » dans certains endroits, prendre des photos pour leur propagande puis se retirer. 

Pour ce colonel, la guerre entre les deux camps rivaux se déroule aussi via les médias et sur Facebook.

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