Le CST fait le point sur les cybermenaces contre le processus démocratique du Canada en 2019

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Le Centre de la sécurité des télécommunications a fait le point sur les cybermenaces contre le processus démocratique du Canada en 2019 dans un rapport publié aujourd’hui, qui donne comme très probable une ingérence étrangère dans les élections fédérales à venir.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères à Dinard vendredi dernier, avait déjà estimé «très probable» une ingérence étrangère dans les prochaines élections fédérales au Canada.

«Nous sommes très inquiets», avait alors déclaré la cheffe de la diplomatie canadienne. à moins de sept mois des élections fédérales prévues en octobre, où le premier ministre libéral Justin Trudeau remet son mandat en jeu. «Nous estimons que l’ingérence est très probable et nous pensons que des acteurs étrangers mal intentionnés ont déjà probablement déployé des efforts en vue de perturber notre démocratie».

Le Canada est une proie alléchante: il fait partie du G7, de l’OTAN, et est actif sur la scène internationale. Ses déploiements militaires, accords, investissements, échanges diplomatiques, aide étrangère intéressent donc les autres États.

Le rapport aujourd’hui du service de renseignement du gouvernement canadien chargé du programme de renseignement d’origine électromagnétique, se veut une mise à jour du rapport que l’organisme avait publié en 2017 et vise à informer les Canadiens des cybermenaces qui pèsent sur le processus démocratique du Canada en 2019, vient aujourd’hui confirmer les craintes exprimées la semaine dernière par Chrystia Freeland.

Ce rapport de l’organisme qui se rapporte au ministère de la Défense nationale et qui traite des cybermenaces, dont l’ingérence étrangère en ligne, qui touchent le processus démocratique, révèle que les activités de cybermenace continuent de cibler trois principaux aspects du processus démocratique :

·         les électeurs;

·         les partis politiques, les candidats et leur personnel;

·         les élections.

La Russie comme principal contributeur au phénomène.

Selon l’évaluation du CST, il est très probable que les électeurs canadiens feront face à des activités d’ingérence étrangère en ligne avant et pendant les élections générales de 2019. En outre, les partis politiques, les candidats et leur personnel demeurent des cibles attrayantes.


«Les Canadiens peuvent toutefois continuer de compter sur un processus électoral solide et sécurisé, puisque les élections fédérales canadiennes se déroulent toujours principalement sur support papier.» , nuance le rapport.

Mais le rapport présente la Russie et ses activités de désinformation et d’intoxication comme principale menace au processus démocratique.

L’Internet Research Agency (IRA) russe « continue de créer des sites web illégitimes pour y afficher des renseignements faux et trompeurs qu’il fait passer pour des blogues personnels ou du journalisme électronique indépendant », indique le CST..

«Le site web ReportSecret.com lié à l’IRA a automatiquement diffusé et amplifié illicitement des articles sur des thèmes canadiens dans Twitter. Une campagne, menée en septembre 2017, a tenté de provoquer au Canada les mêmes dissensions politiques qui touchent la Ligue nationale de football des États-Unis en faisant la promotion de titres d’articles comme « La Ligue canadienne de football proteste contre SON PROPRE hymne national !  » […]», souligne le rapport pour illustrer les efforts de manipulation russes.

La ligne de défense canadienne

Le Groupe de travail sur les menaces en matière de sécurité et de renseignements visant les élections – formé de représentants du CST, du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et d’Affaires mondiales Canada (AMC) – s’emploie à détecter les activités criminelles, secrètes ou clandestines et à les empêcher d’influencer le processus électoral canadien ou de s’ingérer dans celui-ci, grâce aux mesures suivantes, dit le rapport:

·         Mieux faire connaître les menaces étrangères contre le processus électoral du Canada;

·         Préparer le gouvernement à évaluer et à contrer ces menaces.

Le Centre canadien pour la cybersécurité a pour sa part publié une brochure intitulée Conseils en matière de cybersécurité à l’intention des intervenants politiques, qui offre aux partis politiques, aux candidats et à leur personnel des conseils utiles et des pratiques exemplaires pour les aider à se protéger contre les cyberactivités malveillantes.                       

En vue des élections générales de 2019, le gouvernement du Canada a finalement mis en œuvre un protocole public en cas d’incident électoral majeur, révèle le rapport du CST, qui précise qu’il s’agit d’un processus impartial, simple et clair par lequel les Canadiens seront informés si des incidents majeurs menacent l’intégrité des élections générales de 2019.

Dans de nombreuses démocraties libérales, les activités d’ingérence n’ont pas tellement pour objectif d’obtenir un résultat particulier à l’issue d’élections, mais de faire en sorte que nos sociétés se polarisent davantage et de nous rendre, nous citoyens de ces démocraties, plus cyniques envers la démocratie et son fonctionnement», avait souligné la ministre freeland à Dinard.

« Le Centre de la sécurité des télécommunications a mis à profit son expertise et sa perspective uniques pour produire cette évaluation actualisée des menaces contre nos institutions démocratiques. J’encourage tous les Canadiens à lire et à adopter les pratiques de base en matière de cybersécurité conseillées par le CST et le Centre canadien pour la cybersécurité.», invite aujourd’hui le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan.

« Une démocratie saine repose sur des élections justes, libres et sécurisées. Nous sommes conscients que des adversaires étrangers sont susceptibles d’utiliser des technologies en ligne pour s’ingérer dans les élections et influencer les Canadiens, à l’instar de ce qu’ils ont fait dans d’autres pays. Le rapport du CST renforce les efforts déjà solides et multilatéraux que déploie le gouvernement du Canada afin de protéger les élections canadiennes. Le plan annoncé au début de l’année a pour objectif de cerner, d’évaluer et de contrer les menaces éventuelles. », a pour sa part déclaré la ministre des Institutions démocratiques, Karina Gould, lors de la publication du rapport.

Faits saillants

·         En 2018, des cybermenaces ont ciblé le processus démocratique de la moitié de toutes les démocraties avancées qui tenaient des élections nationales. Le nombre de cybermenaces a donc presque triplé depuis 2015 et le CST s’attend à ce que cette hausse se poursuive en 2019.

·         L’ingérence étrangère en ligne, soit les activités d’ingérence menées au moyen de cyberoutils, qui cible les électeurs représente maintenant le type de cybermenace le plus courant contre les processus démocratiques à l’échelle mondiale. Les auteurs de cybermenace manipulent de l’information diffusée en ligne, souvent au moyen de cyberoutils, pour influencer l’opinion et le comportement des électeurs.

·         Au Canada, les élections fédérales se déroulent encore principalement sur support papier, et Élections Canada a mis en place de nombreuses mesures juridiques, procédurales et liées aux technologies de l’information (TI) qui offrent une protection robuste contre les auteurs de menace qui tentent de modifier secrètement le compte de votes officiel.

·         Le CST et le Centre canadien pour la cybersécurité continueront de travailler avec diligence avec Élections Canada, les organismes partenaires de la sécurité et du renseignement du Canada ainsi que les partis politiques fédéraux pour combattre l’ingérence étrangère en ligne.