Le « combat » contre l’extradition commence pour Julian Assange

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Le panneau de la prison britannique où Julian Assange est présumé être détenu. (AFP)
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Le panneau de la prison britannique où Julian Assange est présumé être détenu. (AFP)
C’est le début d’un long « combat » judiciaire pour le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, qui vient de passer sa première nuit en détention et risque d’être extradé vers les Etats-Unis qui le considèrent comme une menace pour leur sécurité et veulent le juger.

Le lieu de la détention de l’Australien de 47 ans n’a pas été communiqué mais selon des experts juridiques, cités dans la presse britannique, il pourrait s’agir de la prison de Wandsworth, établissement où il avait déjà été incarcéré neuf jours en 2010. L’endroit est particulièrement pensé pour éviter les risques d’évasion, dixit le site du ministère de la Justice.

Située dans le sud de Londres, cette prison est « la plus surchargée du pays » avec près de 1.600 prisonniers qui partagent « pour la plupart » à plusieurs une cellule « conçue pour une personne », d’après un rapport d’inspection de 2018.

Des agents consulaires australiens vont demander à lui rendre visite au plus vite, a annoncé jeudi la ministre australienne des Affaires étrangères Marise Payne, tout en se disant « persuadée » qu’il serait « traité de manière équitable ».

Arrêté jeudi matin et extirpé de force par la police de l’ambassade d’Equateur où il avait trouvé refuge il y a sept ans pour échapper à un mandat d’arrêt britannique pour des accusations de viol et d’agression sexuelle en Suède qu’il a toujours niées, Julian Assange a été présenté dans l’après-midi même au tribunal londonien de Westminster. Un juge l’y a reconnu coupable de soustraction à la justice, un délit passable d’un an de prison. Sa peine sera prononcée à une date qui n’a pas été communiquée. 

« Je vous l’avais dit »

Outre le mandat d’arrêt britannique, Assange fait face à une demande d’extradition américaine pour « piratage informatique ».

« Vous pourriez consentir à la demande », lui a dit le juge Michael Snow lors de sa comparution. Avant de lui exposer de manière étonnamment ironique l' »inconvénient » et l' »avantage » d’un tel choix: pas de possibilité de faire appel mais celle d’aller « plus vite aux Etats-Unis » et de « reprendre le cours de (sa) vie ».

Dans le box des accusés, Julian Assange, vêtu d’une veste noire, cheveux blancs rassemblés dans une queue de cheval et longue barbe blanche, a refusé. La demande américaine sera donc examinée au cours d’une audience le 2 mai.

Son avocate Jennifer Robinson a annoncé qu’il allait « contester et combattre » cette demande d’extradition qu’il craignait, et avait invoquée comme motif de sa réclusion volontaire dans la représentation diplomatique équatorienne.

« Il a dit +Je vous l’avais dit+ », a ajouté Mme Robinson, s’adressant aux journalistes devant le tribunal jeudi, avant de dénoncer une arrestation, autorisée par Quito, qui « crée un dangereux précédent pour les organes de presse et les journalistes » dans le monde.

Accusé d’avoir aidé l’ex-analyste du renseignement américain Chelsea Manning à obtenir un mot de passe pour accéder à des milliers de documents classés secret-défense, Julian Assange encourt jusqu’à cinq années de prison aux Etats-Unis selon le ministère américain de la Justice.

Mais « il n’y a aucune garantie qu’il n’y aura pas d’accusation supplémentaire (une fois) sur le sol américain », a averti le rédacteur en chef de Wikileaks, Kristin Hrafnsson, appelant le gouvernement britannique à s’opposer à la demande d’extradition.

Coût pour la police

« Le gouvernement britannique doit s’assurer qu’un journaliste ne sera jamais extradé aux Etats-Unis pour avoir publié des documents et des vidéos (montrant) des meurtres de citoyens innocents », a-t-il ajouté.

Le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a également appelé le gouvernement conservateur de Theresa May à « s’opposer » à cette extradition « pour avoir exposé des preuves d’atrocités en Irak et en Afghanistan ».

Mais Londres s’est attaché à présenter Assange en justiciable comme les autres. « Au Royaume-Uni, personne n’est au-dessus de la loi », a souligné Mme May devant la Chambre des communes jeudi. « Julian Assange n’est pas un héros », a de son côté jugé le chef de la diplomatie Jeremy Hunt.

Selon le ministre de la Justice Sajid Javid, le coût de son séjour dans l’ambassade d’Equateur s’est élevé à 13,2 millions de livres (15,26 millions d’euros) de 2012 à 2015 pour la police britannique, contrainte de le surveiller 24 heures sur 24 pour éventuellement l’arrêter s’il sortait.

En Suède, l’accusatrice de M. Assange compte demander la réouverture de l’enquête qui avait été classée, a déclaré jeudi son avocate à l’AFP. « Nous allons tout faire pour que les procureurs rouvrent l’enquête suédoise et qu’Assange soit remis à la Suède et traduit en justice pour viol », a dit Me Elisabeth Massi Fritz.