Le Congrès américain exige de Trump l’arrêt de tout engagement militaire au Yémen

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Des manifestants protestent contre le soutien américain à la coalition saoudienne au Yémen, devant la Maison Blanche le 13 avril 2017. (AFP)
Le Congrès américain a approuvé jeudi une résolution exhortant Donald Trump à arrêter tout soutien à la coalition saoudienne dans la guerre au Yémen, infligeant un sévère camouflet au président qui va probablement mettre son veto. 

En limitant les pouvoirs présidentiels en matière d’engagement dans des conflits à l’étranger, ce vote marque une première historique. 

« Nous nous sommes clairement élevés aujourd’hui contre la guerre et la famine, et en faveur des pouvoirs militaires du Congrès, en votant la fin de notre complicité dans la guerre au Yémen », a réagi le sénateur indépendant et candidat à la primaire démocrate Bernie Sanders, auteur de la résolution. 

La Chambre des représentants, à majorité démocrate, a voté le texte (247 voix pour, contre 175) qu’avait déjà approuvé le Sénat, contrôlé par les républicains. 

Au moins une quinzaine d’élus républicains de la Chambre ont approuvé la proposition de loi. Soit un revers particulièrement humiliant pour Donald Trump, qui va sans doute désormais dégainer son droit de veto présidentiel afin de bloquer une mesure adoptée avec le soutien d’une partie de son propre camp. 

Le sénateur et autre candidat démocrate à la présidentielle de 2020, Cory Booker, s’est adressé directement au président républicain sur Twitter. « Vous aviez affirmé que +les grandes nations ne combattent pas dans des guerres sans fin+. Montrez nous que vous êtes sincère: mettez fin à notre engagement dans cette guerre catastrophique ». 

Colère après Khashoggi

C’est la première fois en quelque 45 ans que le Congrès utilise une loi, votée en 1973 (War Powers Resolution), afin de limiter les pouvoirs militaires d’un président américain. 

Avec la résolution sur le Yémen, « le Congrès exige au président de retirer les forces armées américaines des hostilités dans, ou affectant, la république du Yémen, à l’exception » des opérations visant Al-Qaïda et associés, sous 30 jours après l’adoption du texte. 

Le texte prévoit que le président puisse demander un report de cette date, que le Congrès devrait approuver.

La Maison Blanche s’était déclarée en mars « fermement opposée » à cette résolution « bancale », laissant entendre que Donald Trump la bloquerait.

Le Yémen est déchiré par un conflit dévastateur depuis l’intervention d’une coalition arabe sous commandement saoudien en mars 2015 pour soutenir des forces progouvernementales contre les rebelles Houthis.

Ceux-ci sont soutenus par l’Iran, grand rival chiite de l’Arabie saoudite sunnite au Moyen-Orient.

Ce conflit a provoqué la pire catastrophe humanitaire au monde selon l’ONU et a fait plus de 10.000 morts. Des ONG estiment que le bilan des victimes est largement supérieur.

« L’administration n’a demandé aucun compte aux Saoudiens », a déploré jeudi Eliot Engel, chef démocrate de la commission sur les Affaires étrangères à la Chambre, avant le vote. 

Depuis 2015, le Pentagone fournit un « soutien non-combattant » à la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen, dont la livraison d’armes et du renseignement. Depuis fin 2018, les Etats-Unis ont suspendu leurs opérations de ravitaillement en vol de son aviation.

La rare union entre parlementaires démocrates et certains républicains autour de ce vote s’explique en grande partie par la profonde colère provoquée au Congrès américain par l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, en octobre 2018, par un commando venu de Ryad. 

La réaction tiède de Donald Trump face au jeune prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane avait indigné jusque dans ses rangs. 

Le milliardaire républicain avait fait usage pour la première fois de son droit de veto le 15 mars, pour défendre sa grande promesse présidentielle: la construction d’un mur à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. 

Là encore, plusieurs parlementaires républicains s’étaient ralliés aux démocrates pour contrer la procédure d’urgence qu’il avait décrétée afin de débloquer des fonds dédiés à la construction de l’édifice controversé.

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