Les défis de la diversité dans les Forces, à la 10e rencontre Université-Défense (PHOTOS/VIDÉOS)

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Dixième rencontre Université-Défense, à l'Université Laval, à Québec, le 27 mars 2019. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)
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Co-organisée par le Centre sur la sécurité internationale et l’Institut militaire de Québec, la 10e rencontre Université-Défense a porté cette année sur le thème de la diversité… ou plutôt des diversités.

Puisque la politique de Défense canadienne de 2017 ‘Protection, Sécurité, Engagement’ commence, dans son premier chapitre, par parler de la question humaine et notamment de la diversité, il était donc normal que cette rencontre se fasse sur ce thème, a indiqué dans son discours d’ouverture le brigadier-général (ret.) Richard Giguère.

Pour sa part, le contre-amiral Luc Cassivi, commandant de l’Académie canadienne de la Défense, a rappelé qu’il n’y pas si longtemps encore, ce sont les francophones qui étaient une des ‘minorités visibles’ au sein des Forces armées canadiennes. À ses débuts dans la Marine, le jeune Cassivi se faisait ainsi dire ‘speak white’.

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Le spirituel, le religieux et l’ethnique

La première tribune a notamment porté sur la question de la religion et du spirituel. Qui de mieux pour en parler que l’aumônier général des Forces armées canadiennes, le major-général Guy Chapdelaine?

Il a ainsi rappelé que le Canada a la seule aumônerie multiconfessionnelle interarmées. Que ce soit les catholiques, les protestants, les musulmans, les juifs, les sikhs, les bouddhistes, l’aumônerie des Forces armées canadiennes se doit de servir tout le monde.

Le major-général a d’ailleurs rappelé que la diversité a été voulue par Dieu dans sa sagesse. La diversité peut interroger, mais elle enrichit.

L’Église catholique a d’ailleurs reconnu, lors du concile Vatican II qu’il y a du vrai, du bon et du saint dans les autres religions.

Puisque la population canadienne est extrêmement riche en croyances, l’institution des Forces armées canadiennes doit être à son image et comptera d’ailleurs bientôt une première aumônière bouddhiste.

Pascale Caidor, chargée de cours à l’Université de Montréal, a expliqué elle-aussi que les différences rendent aveugles.

Au cours de recherches qu’elle a effectué au sein d’organisations comme Hydro-Québec, elle s’est rendu compte que les politiques mises en places pour mettre en avant les minorités visibles peuvent ‘créer des tensions’. Elle estime toutefois que c’est justement là qu’il faut en profiter pour ‘dialoguer, échanger et comprendre’.

Si je suis pas bien dans ce que je suis, c’est difficile de rentrer en dialogue avec l’autre et vaincre ma peur. Au-delà de nos différences, nous sommes tous des êtres humains.

La génération

Du X, du Y, ou du Z… peu importe finalement les générations, et c’est d’ailleurs a se demander si le concept même de ‘génération’ n’est pas flou, voire douteux!

Selon Charles Fleury, professeur au département de sociologie de l’Université Laval, chaque génération a des choses à dire sur la ‘jeune’ génération. Les baby-boomers en ont dit sur la génération X, la génération X en a dit sur la génération Y, et la génération Y en dit en ce moment sur la génération Z (les milléniaux).

Est-ce un problème de génération alors? Ou plutôt un problème d’expériences de vie? Des panélistes membres des Forces armées canadiennes, bien que dans leur jeune vingtaine, étaient mariés et avec des enfants et se retrouvaient avec les mêmes problèmes que la ‘génération’ précédente.

Toutefois, si la génération X dit préférer se sacrifier pour l’institution, la génération Y lâche d’emblée que si un choix doit être fait entre la job et la vie personnelle… ce sera la job qui écopera.

Il faut dire que la grande différence entre les baby-boomers et la génération Z qui commence tout juste à arriver à l’université, c’est qu’à l’époque on pouvait trouver plus facilement du travail peu importe le diplôme. Aujourd’hui il faut déjà avoir des années d’expériences… pour commencer!

Et si les générations précédentes ont fait beaucoup de sacrifices à titre individuel, mais aussi collectif, c’est pour léguer de meilleures conditions de vie et de travail à leurs descendants.

En revanche, s’il n’y a pas de réel conflit générationnel, il y a sans nul doute un conflit au sein d’une même génération, alors que les valeurs et les positions des uns et des autres se durcissent, renforcées à l’heure de l’hyper-connexion des médias sociaux.

Le genre

La question de l’égalité des sexes et de l’accession des femmes à tous les niveaux des Forces armées canadiennes est aussi vieille… que les Forces elles-mêmes.

Au Canada, le nombre de femmes générales était de seulement 13 sur plus de 130 officiers généraux!

Ce n’est qu’en 1989 que les femmes ont pu accéder aux métiers de combat après la décision d’un tribunal des droits de la personne. Et même encore de nos jours, dans la force régulière, les femmes ne comptent que pour… moins de 3% de l’ensemble des effectifs.

En 2015, le général Jonathan Vance disait souhaiter atteindre 25% de femmes dans les Forces d’ici à 2025.

En janvier 2014, le pourcentage des femmes qui faisaient partie de la Force régulière et de la Première réserve des FAC s’établissait à 14,8%, tandis qu’en janvier 2019 il était de 15,7%. Moins de 1% d’augmentation en cinq années donc.

Même si les objectifs de recrutement sont relativement bons (18% des recrues en 2018-2019 sont des femmes), à ce rythme là il faudra plusieurs décennies!

L’avenir

Les défis sont donc grands pour les Forces armées canadiennes, alors que la rétention de ses soldats reste un des objectifs majeurs.

Au cours de l’année 2018-2019, la force régulière exigeait un recrutement d’au moins 6382 personnes, alors même que la capacité annuelle d’entraînement de l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes est de 5364, soit une différence de près de 1000 enrôlés!

Avant même de se consacrer au recrutement intensif, les Forces doivent donc tenter à tout prix d’augmenter leur capacité d’entraînement et surtout de retenir le plus longtemps possible ses soldats en leur offrant ce que le monde civil ne pourrait leur offrir.