Roto 7 de l’Opération ATHENA, 10 ans déjà

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Opération ATHENA. (Archives/FAC)
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Le colonel Steve Jourdain, alors major – commandant de la compagnie C (Cobra) du 2e Bataillon, Royal 22e Régiment. (Archives/Major Ray Wiss)
Cinq ans après notre première interview bilan avec le colonel Steve Jourdain, 45eNord.ca a récidivé, cette fois pour les 10 ans de la mission!

Steve Jourdain a publié Mon Afghanistan, un livre racontant et décrivant en détail ce que la compagnie C du 2e Bataillon Royal 22e Régiment a accompli en Afghanistan entre avril et septembre 2009.

D’emblée, le colonel a indiqué son intention de faire une réédition du livre, mais avec de nombreux rajouts. S’il a pris beaucoup de retard sur son calendrier car ‘Ça demande beaucoup de temps que je n’ai pas en tant que colonel’, il s’est quand même lancé au cours de son interview avec 45eNord.ca un défi personnel d’y arriver pour le prochain jour du souvenir. La réflexion est en cours pour déterminer s’il ajoutera un chapitre au complet ‘10 ans plus tard’ ou si chaque chapitre sera amélioré avec les réflexions 10 ans après.

Se remémorant le long processus pour parvenir au déploiement en Afghanistan au printemps 2009, le colonel Jourdain rappelle que nombre de ses hommes et femmes qui étaient sous son commandement, alors qu’il était major, en étaient à leur tout premier déploiement opérationnel et que la moyenne d’âge de ce groupe de 153 personnes était de 23 ans seulement; le plus jeune ayant tout juste 18 ans à l’époque.

«C’est comme si toute les planètes s’étaient alignées pour me donner la plus belle équipe qui m’ait été donné de commander. À travers toutes les difficultés, les défis et le caractère extrême de la situation».

L’entraînement préalable à la mission avait été particulièrement intense, selon les dires du colonel, qui se rappelle avoir eu, en Afghanistan, des flashbacks de journées à Wainwright où les troupes tombaient sur cinq voire six engins explosifs improvisés d’affilés. Mais rien ne prépare vraiment au théâtre des deux premières semaines sur le terrain, reconnaît-il.

«Comme institution, tout a été fait pour rendre la préparation le plus fidèle à ce que le terrain est. Mais perdre des soldats… tu peux pas le représenter dans un entraînement. Avec nos années en Afghanistan, on a grandi pour amener nos spécialistes à préparer le soldat à ce qu’il y fasse face».

Le lieutenant-colonel Steve Jourdain (g) lors d’une inspection des troupes sur parade. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Quelques années après avoir commandé la compagnie C du 2e Bataillon, Steve Jourdain s’est retrouvé lieutenant-colonel commandant le 3e Bataillon Royal 22e Régiment. Il a expliqué avoir vu les conséquences de la mission.

«C’était comme un triangle, une trilogie. La chaîne de commandement qui doit dire ‘écoutez, les soins existent, les soins sont là. Hésitez pas à consulter, à aller chercher de l’aide si vous voyez que vous avez des difficultés auxquelles vous faites face sont trop grandes, lorsque que vous n’êtes plus en mesure de fonctionner comme vous étiez pré-Afghanistan’.

Le deuxième point de la trilogie pour moi, c’est les amis comme tels qui sont là et qui peuvent voir leur chum puis qui disent ‘hey le gros j’pense que ça feel pas ton affaire. J’pense que tu devrais aller voir, je pense que tu devrais consulter’. Puis ces amis là qui doivent être là au retour pour l’appuyer. Parce que la dernière chose qu’il veut après être parti en congés maladie c’est qu’au retour les gens le rabaissent parce qu’il a pas été là pour prendre sa charge de travail. On a besoin que les confrères et les consœurs appuient les gens qui ont demandé de l’aide.

Et puis le troisième point du triangle c’est l’individu en tant que tel. Les soins peuvent être là, les amis peuvent le dire, mais en bout de ligne ça reste que ça revient à tout un chacun lorsque l’on découvre une difficulté de prendre ce courage là envers soi-même, d’être honnête envers soi-même et demander cette aide».

Pour beaucoup des militaires qui ont pris part à l’Opération ATHENA, certaines dates resteront plus fortes que d’autres. C’est le cas du colonel Jourdain qui se rappelle de «Chuck Michaud décédé le 4 juillet, Yannick Pépin le 6 septembre, Jonathan Couturier le 17 septembre…».

Depuis qu’on a servi en Afghanistan le jour du souvenir a pris complètement un autre sens pour tous ceux qui ont servi récemment.

«On comprend mieux ce que ça veut dire, ce que ça représente le fait d’honorer ceux qu’on a perdu, ceux qui sont blessés et qui vivent encore avec des séquelles. Je l’ai accepté y a longtemps que le 11 novembre ça m’arrive et ça va encore m’arriver d’avoir la larme à l’œil à y repenser», d’affirmer le colonel, qui s’est fait dire par plusieurs spécialistes qu’avoir écrit son livre a fait l’effet d’une thérapie par exposition.

Finalement, 10 ans après sa mission en Afghanistan, la question s’est donc posé si ‘Cela a valu la peine’?

«On a accompli à l’époque avec succès la mission locale qu’on nous avait demandé d’accomplir. La mission de la compagnie C (Cobra) était de perturber les opérations des insurgés dans la région de Sperwan Ghar afin de commencer à établir des conditions pour atteindre une certaine stabilité. Notre job c’était de garder les insurgés le plus loin possible pour que l’équipe de reconstruction provinciale développe l’appareil gouvernemental avec les institutions locales, et que l’équipe de mentorat travaille à professionnaliser l’armée et la police afghanes. La compagnie C a donc accompli sa mission et le groupement tactique du 2e bataillon a accompli sa mission. Dans ce qu’on nous a donné comme mandat, je pense que chaque canadien peut être fier de ce qu’on a accompli en Afghanistan», lance le colonel Jourdain.

Du même souffle, celui qui est désormais le Directeur des capacités interarmées rappelle que la solution au conflit n’a jamais été militaire. «On était la pour fournir un environnement sécuritaire. On ne veut pas retomber dans ce qui nous a amené là, alors je pense que la réconciliation politique est la clé pour une solution durable en Afghanistan».

Il faudra toutefois du temps, beaucoup de temps pour avoir la vraie réponse à la question si cela a valu la peine. «Il faudra sans doute une génération ou deux», estime-t-il.