Interruption des services «alarmantes» à venir, ont constaté des députés fédéraux au Mali

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Évacuation sanitaire de nuit, à Petawawa, le 18 octobre 2018, lors de l’entraînement pré-déploiement. (Archives/Nicolas Laffont/45eNord.ca)
Dans son plus récent rapport, le comité permanent de la Défense nationale de la Chambre des communes dit avoir entendu de la part de hauts dirigeants des Nations Unies que l’interruption des services après le départ du Canada de la MINUSMA au 31 juillet est «alarmante» et qu’elle «pourrait entraîner de graves problèmes».

Présent au Mali depuis l’été 2018 au sein de la MINUSMA, le Canada a envoyé 250 soldats ainsi que trois hélicoptères de transport CH-147F Chinook et cinq hélicoptères d’escorte CH-146 Griffon.

La MINUSMA est la troisième mission en importance des Nations Unies, mais est aussi la plus meurtrière avec pas moins de 195 casques bleus tués depuis avril 2013.

Les attaques de groupes armés contre le personnel de l’ONU au Mali est passé de 139 en 2016 à 217 en 2018.

C’est donc dans ce contexte que le Canada fournit une force opérationnelle aérienne pour effectuer des évacuation médicales prioritairement, puis du transport logistique.

Or, malgré la contribution «exemplaire» de la force opérationnelle au Mali, ainsi que son «professionnalisme» et sa «qualité», l’Opération PRESENCE doit prendre fin le 31 juillet 2019, relève le rapport, basé sur un récent voyage au Mali de plusieurs députés du comité.

Le comité dit avoir entendu de la part de plusieurs intervenants rencontrés sur place qu’ils sont «préoccupés par l’interruption des services de trois mois entre la fin de la mission canadienne le 31 juillet, et le début de la mission roumaine le 15 octobre».

La Roumanie a accepté de prendre le relais du Canada, mais ne sera pas prête avant cette date [le 15 octobre], notamment en raison de la formation de son personnel et de la modification de son équipements aux fins de la mission. De plus, la Roumanie ne possède pas de capacité de transport aérien stratégique.

Lors d’une visite au quartier général de la MINUSMA, à Bamako, les membres du comité ont donc entendu de la part de hauts dirigeants de l’ONU leurs inquiétudes et notamment le fait que l’interruption de services entre le 31 juillet et le 15 octobre était «alarmante, car elle pourrait entraîner des graves problèmes sur le terrain si des membres du personnel des Nations Unies devaient être attaqués et blessés, sans accès à des services immédiats et adéquats d’évacuation médicale d’urgence».

Puisque le Canada a refusé, malgré plusieurs demandes de la part de l’ONU, de prolonger sa mission, la MINUSMA devra faire appel à des hélicoptères et des équipages civils «à un coût démesuré»!

Mais cette solution n’offrira même pas la qualité de service que le Canada donne en ce moment puisque «les hélicoptères et équipages militaires peuvent voler de nuit et, puisqu’ils sont armés et qu’ils utilisent des technologies et des équipements plus sophistiqués, ils peuvent intervenir dans des contextes plus risqués et dangereux que leurs homologues civils», note encore le rapport.

Au vu de ces risques, il semblerait que les Nations Unies vont tout simplement restreindre leurs activités au Mali pendant la période de transition entre le Canada et la Roumanie. Les troupes réduiraient considérablement leur périmètre de patrouille, de même que les services qu’ils fournissent aux collectivités locales.

Malgré ces constatations frappantes, le comité de la Défense nationale, dominé par les Libéraux, ne recommande pas de prolonger un peu plus la mission actuelle pour pallier à l’interruption des services.

Selon les députés fédéraux, des cadres militaires canadiens ont précisé qu’il fallait absolument rapatrier les hélicoptères à la date actée afin «d’éviter une interruption des services au pays».

La mission malienne ralentirait également la formation des équipages des Chinook, car les pilotes actuellement déployés sont aussi des instructeurs.

Fournissant quelques pistes de réflexion, le comité note toutefois que «les équipements et le personnel» ne seront pas rapatriés au Canada avant cinq à six semaines après la fin officielle de la mission. Ces ressources pourraient donc servir à «écourter la transition et prêter main forte à la Roumanie», puisque son personnel et son matériel doivent arriver à l’été.

Le Canada pourrait «aider la Roumanie», vu son expérience, dans «les lourds processus administratifs dont doivent s’acquitter les pays qui envoient des troupes auprès de l’ONU» et finalement offrir un appui logistique et de l’aide sous forme de transport aérien lourd au gouvernement de la Roumanie pour faciliter le déploiement du personnel et de l’équipement opérationnels au Mali et la transition entre les détachements.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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