Kim Jong-un en Russie pour renouer avec un allié historique

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Le président russe Vladimir Poutine et le leader nord-coréen Kim Jong-un ( Alexander Zemlianichenko/AFP)
En allant cette semaine en Russie rencontrer le président Vladimir Poutine, Kim Jong-un entend renouer avec un allié historique afin de ne pas dépendre exclusivement de Pékin, au moment où la diplomatie s’enlise avec Washington.

Peu de détails ont filtré sur ce sommet, qui est le premier à ce niveau depuis la rencontre il y a huit ans entre Kim Jong-il, le père du dirigeant actuel, et l’ex-président russe Dmitri Medvedev.

M. Kim doit rencontrer M. Poutine à Vladivostok – possiblement mercredi et jeudi – deux mois après le fiasco du second sommet, à Hanoï, entre le dirigeant nord-coréen et le président américain Donald Trump, alors que les discussions sur la dénucléarisation sont au point mort.

Voilà plusieurs décennies que les relations entre la Corée du Nord et la Russie ont perdu de leur éclat. Et on en oublierait presque que ce fut Moscou qui installa dans les années 40 à la tête du régime nord-coréen Kim Il-sung, grand-père de Kim Jong-un.

Pourtant, à Pyongyang, le souvenir de cette amitié perdure.

C’est à deux pas de la colline de Mansu, qui est dominée par les deux statues géantes de Kim Il-sung et Kim Jong-il, que l’on trouve dans la capitale nord-coréenne un des témoignages de propagande les plus forts de cette relation.

Là, trône la Tour de la libération, une obélisque de pierre surmontée d’une étoile. À sa base, un drapeau soviétique en bronze et un panneau montrant Coréens et Soviétiques combattant ensemble les Japonais.

Histoire sélective

Une inscription proclame que « la grande armée de l’Union soviétique » a « libéré les Coréens de l’oppression japonaise » et que son « héroïsme illuminera 10 000 générations et plus ».

En réalité, l’URSS, qui avait signé un pacte de neutralité avec Tokyo en 1941, ne déclara la guerre au Japon que le 8 août 1945, soit après le bombardement nucléaire américain de Hiroshima.  

L’histoire officielle nord-coréenne – très sélective – ne donne presque aucun crédit aux États-Unis pour la fin de 45 années de colonisation japonaise. Au contraire, le régime attribue à Washington la partition de la Corée, faisant abstraction d’un accord en ce sens entre les États-Unis et l’URSS.

Mais ce furent bien les Soviétiques qui installèrent à la tête du Nord Kim Il-sung, un Coréen qui avait combattu les forces japonaises dans la Chine occupée avant de se réfugier en URSS. Et c’est dans un village russe des rives de l’Amour que serait né Kim Jong-il, et non, comme le disent les livres d’histoire nord-coréens, sur le mont Paektu, une montagne sacrée pour les Coréens.

Pendant la Guerre froide, Moscou demeura un soutien important de Pyongyang. Le russe était obligatoire à l’école et Kim Jong-il, dit-on, le parlait couramment.

Cet héritage pourrait aider MM. Kim et Poutine, estime le chercheur Ahn Chan-il, un transfuge du Nord.

« Kim Jong-un a toujours eu pour modèle son grand-père, et non son père », explique-t-il.

« Beaucoup pensent qu’il a une vision enjolivée de ce que fut la relation avec l’Union soviétique, essentiellement en raison de la haute idée qu’il a de son grand-père. »

L’URSS réduisit dans les années 80 son aide au Nord à mesure qu’elle se rapprochait de Séoul. Puis Pyongyang prit de plein fouet la chute de l’Union soviétique.

Jouer un allié contre l’autre

Pékin a profité de ce vide pour devenir le plus proche allié et le premier partenaire commercial du Nord.  

Pour preuve, M. Kim a rencontré quatre fois en un an le président chinois Xi Jinping. Il pourrait désormais chercher à rééquilibrer les choses avec Moscou, estiment des experts, et contrebalancer ainsi la dépendance vis-à-vis de Pékin.

Moscou a déjà demandé un allègement des sanctions internationales pesant sur le Nord. De leur côté, les États-Unis accusent la Russie d’aider Pyongyang à contourner ces sanctions, ce que nie Moscou.

Après Hanoi, l’ambassadeur de Russie en Corée du Nord Alexandre Matsegora avait estimé auprès de l’AFP que Pyongyang semblait déçu.

Au temps de la Guerre froide, Kim Il-sung était passé maître dans l’art d’exploiter la rivalité sino-soviétique.

« Cela fait partie de l’idéologie d’auto suffisance du Nord, ne pas dépendre d’un seul allié », explique Jeong Young-tae, de l’Institut des études nord-coréennes de Séoul.

« Pyongyang compte des diplomates en poste depuis des décennies. Ils savent jouer le coup pour monter les alliés de la Corée du Nord les uns contre les autres. »

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