Le procureur général exonère Trump avant la publication du rapport

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William Barr a témoigné lors d'une audience de confirmation de la commission judiciaire du Sénat américaion mardi 15 janvier 2018. (capture d'écran)
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William Barr a témoigné lors d’une audience de confirmation de la commission judiciaire du Sénat américaion mardi 15 janvier 2018. (Archives/capture d’écran)
Le procureur général des États-Unis a confirmé l’absence d’entente entre l’entourage de Donald Trump et les Russes à la présidentielle de 2016, quelques instants avant la publication du rapport d’enquête du procureur Mueller, qui pourrait toutefois être embarrassant pour le président.

Dans une conférence de presse au timing vilipendé par les démocrates, Bill Barr a également assuré que M. Trump n’avait pas entrepris d’action pour contrarier les 22 mois d’investigations de Robert Mueller.

Le procureur général William P. Barr commente le rapport d’enquête sur les ingérences de la Russie dans l’élection présidentielle de 2016 >>

«Pas de collusion. Pas d’entrave (à la justice). Game Over», a instantanément réagi le locataire de la Maison-Blanche, alors que le fameux rapport d’enquête ne devait être transmis au Congrès qu’en fin de matinée jeudi. Seuls Bill Barr et les avocats du président ont eu accès à la teneur de ce document de 400 pages, expurgé de ses données confidentielles.  

Dans son tweet M. Trump a utilisé une affiche inspirée de Game of Thrones, pour ce qu’il considère être une disculpation retentissante, au terme d’une «chasse aux sorcières» menée par ses ennemis politiques. Le milliardaire républicain avait dénoncé plus tôt «la plus grande arnaque politique de tous les temps», ainsi qu’un «harcèlement présidentiel».

L’opposition démocrate a de son côté critiqué le procureur général, nommé par M. Trump, l’accusant de gérer avec «une partialité regrettable» la communication autour du rapport que lui a remis le 22 mars le procureur spécial Mueller, un ancien chef respecté du FBI.

Donald Trump a tweeté ce photo-montage inspiré de l’esthétique de Game of Thrones peu de temps après la conférence de presse de Bill Barr, jeudi matin. «Pas de collusion. Pas d’entrave à la justice. Pour les détracteurs et les démocrates de la gauche radicale – », peut-on y lire.

Ce document pourrait permettre à Donald Trump de se tourner résolument vers sa campagne de réélection à la Maison-Blanche.

Mais l’opposition démocrate se tient à l’affût, convaincue que MM. Trump et Barr ont oeuvré ensemble pour dissimuler des actes à mettre au passif du président. Si c’est le cas, elle usera de tous les moyens en son pouvoir, à commencer par son contrôle de la chambre basse du Congrès, pour relancer les poursuites.

Les démocrates ont demandé jeudi au procureur Mueller de témoigner à la chambre des représentants d’ici le 23 mai. M. Barr a dit qu’il ne s’y opposerait pas.

Entrave

Le procureur spécial Mueller a supervisé pendant 22 mois des investigations tentaculaires, ponctués par l’inculpation de 34 personnes russes et américaines, dont six proches collaborateurs du président Trump pour des malversations diverses.

Cet homme méthodique et austère, qui s’est toujours tenu à l’écart du vacarme politique et médiatique, a simplement remis son rapport final à Bill Barr, sans dire un mot de plus.

Selon ce dernier jeudi, Robert Mueller «a confirmé que le gouvernement russe avait mené des efforts pour s’ingérer de manière illégale dans l’élection présidentielle de 2016, mais n’a pas trouvé de collusion avec la campagne Trump ou d’autres Américains».

Bill Barr a par ailleurs évoqué «dix épisodes» ayant alimenté les soupçons d’entrave à la justice visant le président Trump.  

En raison notamment du limogeage du chef du FBI James Comey en mai 2017, qui dirigeait alors l’enquête russe, Donald Trump était suspecté d’avoir abusé de ses prérogatives présidentielles pour mettre des bâtons dans les roues des enquêteurs.

«Des preuves montrent que le président était frustré et en colère, sincèrement convaincu que cette enquête portait atteinte à sa présidence», a ajouté Bill Barr.

«Pour autant, la Maison-Blanche a pleinement coopéré avec l’enquête du procureur spécial» et le «président n’a pas agi pour (le) priver des documents et témoins nécessaires pour mener à bien son enquête», a-t-il poursuivi.

Coupes

Des membres de l’équipe Mueller ont déclaré à la presse que le résumé de Bill Barr ne reflétait pas fidèlement le résultat de leurs travaux.  

Soupçonnant le procureur général d’avoir édulcoré les conclusions du procureur spécial, les démocrates réclament d’avoir accès au rapport intégral pour se forger leur propre opinion.

La version publiée jeudi sera expurgée des détails risquant de révéler les sources des enquêteurs, de nuire à la réputation d’acteurs «périphériques», de compromettre des enquêtes en cours ou obtenues par un «grand jury».

Les principales conclusions du rapport Mueller

Le rapport Mueller, rendu public le 18 avril 2019. (AFP)

Long de 448 pages, le rapport du procureur spécial américain Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine de 2016 a été publié jeudi. 

Le premier volume est consacré à une éventuelle collusion entre l’équipe de campagne Trump et la Russie, le second aux tentatives éventuelles d’entrave à l’enquête Mueller par le président des Etats-Unis, Donald Trump.

Version expurgée du Rapport Mueller, Volume I de II >>

En voici les principaux points.

« Je suis foutu »

Donald Trump a réagi avec effroi à l’annonce, le 17 mai 2017, qu’un procureur spécial avait été nommé.

« Oh mon Dieu. C’est terrible. C’est la fin de ma présidence. Je suis foutu », a réagi le président dans le Bureau ovale, quand son ministre de la Justice de l’époque, Jeff Sessions, lui a appris la nomination de Robert Mueller.

Donald Trump « s’est écroulé dans son fauteuil », précise le rapport du procureur Mueller, s’appuyant sur des notes prises par le directeur de cabinet de M. Sessions.

« Tout le monde me dit que si vous avez un de ces procureurs spéciaux, ça vous gâche la présidence. Ça prend des années et des années, je ne pourrai rien faire. C’est la pire chose qui me soit arrivée ». 

Pas de preuve de collusion

Le procureur Mueller conclut qu’il n’y a pas eu d’entente entre les membres de l’équipe de Trump et la Russie, malgré de nombreux contacts plus ou moins discrets.

Le fils du candidat républicain, Donald Jr., a reçu des messages de WikiLeaks, l’entourage de M. Trump a retweeté de faux comptes américains créés par les Russes, une réunion a eu lieu avec des Russes à la Trump Tower… mais rien ne prouve qu’il s’agissait d’une conspiration.

« Les indices n’étaient pas suffisants pour accuser les membres de l’équipe de campagne de Trump de s’être coordonnés avec des représentants du gouvernement russe pour influencer l’élection de 2016 ».

Mais y a-t-il eu entrave?

Sur ce point explosif, le procureur Mueller ne blanchit pas Donald Trump: « Si ce rapport ne conclut pas que le président a commis de délit, il ne l’exonère pas non plus ».

Robert Mueller explique que le président a bien tenté, pendant des mois, en public et en privé, de déjouer ses investigations, mais qu’il a échoué pour une raison: « les personnes entourant le président ont refusé d’exécuter ses ordres ou de donner suite à ses demandes ».

Le président a ainsi ordonné au chef des services juridiques de la Maison Blanche de faire limoger le procureur spécial, mais Don McGahn a refusé d’obtempérer. M. Trump a multiplié les pressions sur son ministre de la Justice et des témoins-clés, conduisant ses collaborateurs à mentir à la presse ou dans des communiqués.

« Voir les actes dans leur ensemble peut permettre d’illuminer leur sens », écrit Robert Mueller, qui livre, sur des dizaines de pages, un compte-rendu minutieux des machinations et mensonges au sein de la Maison Blanche.

Au Congrès de jouer ?

« Si nous étions certains, après une enquête rigoureuse, que le président n’avait clairement pas commis d’entrave à la justice, nous le dirions », écrit le procureur.

Mais il rappelle qu’un président en exercice ne peut pas être inculpé pénalement devant la justice ordinaire. Par conséquent, il argue que, même s’il avait obtenu des preuves que M. Trump avait commis des délits, il n’aurait pas pu recommander de poursuites.

En revanche, il souligne que le Congrès a, lui, les moyens de poursuivre un président pour entrave à la justice. Cette procédure, sur l’opportunité de laquelle l’équipe Mueller ne se prononce pas, s’appelle le processus de destitution.

Ingérence russe

Sur ce point, aucun doute pour le procureur spécial: « l’Etat russe s’est immiscé dans l’élection présidentielle de 2016 d’une façon systématique ». 

« D’abord, une organisation russe a mené une campagne sur les réseaux sociaux qui a favorisé » Donald Trump et « dénigré » son opposante démocrate Hillary Clinton.

Puis des hackers russes, émanant du service de renseignement militaire russe GRU, ont piraté des messages du parti démocrate et d’un proche d’Hillary Clinton, diffusés sur internet par des sites anonymes et par WikiLeaks, qui avait reçu les messages volés directement des Russes.

« 5 heures » pour cibler Hillary Clinton

Robert Mueller rapporte que des officiers du GRU ont « ciblé pour la première fois le bureau personnel de Clinton environ cinq heures après la déclaration de Trump » du 27 juillet 2016, lors de laquelle il avait appelé la Russie à retrouver les emails effacés de sa rivale: « Russie, si vous écoutez »…

Dans une réponse écrite à M. Mueller, le président a affirmé que sa petite phrase avait été prononcée « pour plaisanter, sarcastiquement ».

Voir aussi: Report on the Investigation into Russian Interference in the 2016 Presidential Election Volume II of II >>