Moscou veut s’immiscer dans l’épineux dossier nord-coréen

Photo de l'agence KCNA de Kim Jong Un, accompagné de son épouse Ri Sol Ju, quittant la gare de Pyongyang pour la Chine, le 7 janvier 2019. (AFP)
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Photo de l’agence KCNA de Kim Jong Un, accompagné de son épouse Ri Sol Ju, quittant la gare de Pyongyang pour la Chine, le 7 janvier 2019. (AFP)
Avec une rencontre prévue fin avril entre le président russe Vladimir Poutine et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, Moscou veut jouer un rôle grandissant dans l’une des affaires diplomatiques les plus tendues de la planète, selon des experts.

Si la situation dans la péninsule coréenne semblait se stabiliser après la poignée de main historique entre Kim Jong-un et le président américain Donald Trump l’année dernière, la détente apparaît de plus en plus fragile depuis le fiasco de la deuxième rencontre entre les deux hommes, en février au Vietnam.

Cette semaine, une nouvelle ronde de négociations avec Washington s’est soldée par un échec, Pyongyang annonçant dans la foulée avoir testé une nouvelle arme.  

De son côté, Vladimir Poutine se dit depuis longtemps prêt à rencontrer le leader nord-coréen, soulignant la volonté de Moscou de s’impliquer dans les négociations sur l’arsenal nucléaire de son ancien allié de la Guerre froide.  

Pour Andreï Lankov, de l’université Kookmin de Séoul, la Russie souhaite rappeler aux autres puissances «qu’elle existe et possède un potentiel économique et politique dans la région».

«La Russie se doit d’avoir au moins quelque contrôle sur la situation dans la péninsule coréenne. Les événements récents ont évincé presque tout le monde hormis la Corée du Nord et les États-Unis», affirme-t-il.

Selon l’expert, la Russie souhaitait inviter Kim Jong-un depuis l’année dernière, mais ce dernier n’avait pas le temps et les ressources nécessaires pour une visite, Moscou ne faisant pas partie des principaux acteurs du dossier.

Désormais, le dirigeant nord-coréen cherche tous les alliés possibles car le deuxième round des négociations avec les États-Unis a été un «échec» et car «il n’a pu réaliser ce qu’il souhaitait», poursuit M. Lankov.

Moscou maintient de bonnes relations avec Pyongyang, même si elles sont loin des sommets de l’époque soviétique.  

L’année dernière, M. Poutine avait exprimé tacitement son soutien au régime nord-coréen en déclarant «qu’il semble contre-productif de tout demander aux Nord-Coréens et qu’ils ne reçoivent rien en échange».  

La Russie livre des produits alimentaires à la Corée du Nord et a été accusée par Washington de l’aider à contourner certaines sanctions internationales, ce qu’elle dément.

Zone d’influence chinoise

Le Kremlin n’a toutefois pas le même poids régional que Pékin, seul allié majeur de Pyongyang et son principal partenaire commercial.  

Dans l’optique de garder la Corée du Nord dans son giron, la Chine avait même prêté un jet à Kim Jong-un pour se rendre à sa première rencontre avec Trump à Singapour.  

Le rôle de Moscou se présentera vraisemblablement sous la forme d’un groupe avec la Chine et la Corée du Nord, soutient Constantin Asmolov, de l’Institut d’Extrême-Orient de Moscou.

L’attention diplomatique de la Russie reste toutefois focalisée sur les anciennes républiques soviétiques et le Moyen-Orient, précise M. Asmolov, notamment sur le soutien au régime de Bachar al-Assad en Syrie.  

L’expert Andreï Lankov ne s’attend à aucune avancée concrète lors du sommet entre Kim Jong-un et Poutine.

«Il y aura des déclarations, des promesses. Ils feront une déclaration d’intention pour multiplier par dix les échanges en cinq ans, mais deux ans après tout sera oublié», ironise-t-il.  

La rencontre doit avoir lieu avant la fin du mois en Russie, a annoncé jeudi le Kremlin, sans donner de détails. Plusieurs médias avancent qu’elle se tiendra à Vladivostok, ville russe d’Extrême-Orient près de la frontière nord-coréenne.  

Mais il est aussi envisageable qu’elle ne se concrétise pas.  

En mai 2015, l’actuel dirigeant nord-coréen aurait dû se rendre à Moscou pour les 70 ans de la victoire contre l’Allemagne nazie, mais il y avait renoncé quelques jours auparavant.

La dernière rencontre entre des chefs d’État russe et nord-coréen remonte à 2011. A l’époque, le père de Kim Jong-un, Kim Jong-il, s’était rendu en Sibérie pour rencontrer Dmitri Medvedev, l’actuel premier ministre russe, alors président.  

Mort peu après cette visite, Kim Jong-il s’était dit prêt à renoncer aux essais nucléaires.