Le Rwanda se souvient, 25 ans après le génocide

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M. Kagame lance les commémorations du 25e anniversaire du génocide en allumant une flamme du souvenir au mémorial de Gisozi à Kigali. (PaulKagame/Flickr)
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Un quart de siècle après le génocide de 1994, qui coûta la vie à au moins 800 000 personnes, le président rwandais Paul Kagame a vanté dimanche la force de son peuple, sorti de l’abîme pour redevenir une « famille », « plus unie que jamais ».  

« En 1994, il n’y avait pas d’espoir, seulement les ténèbres. Aujourd’hui, la lumière irradie de cet endroit. Comment cela est arrivé ? Le Rwanda est redevenu une famille », a déclaré M. Kagame, 61 ans, et homme fort du pays depuis 1994.

Il s’exprimait lors d’une cérémonie au Centre de conventions de Kigali, emblème de la modernité de la capitale rwandaise et du renouveau du pays en 25 ans.

« Notre peuple a porté un immense poids sans se plaindre ou presque », a-t-il ajouté. « Cela nous a rendus meilleurs et plus unis que jamais »

« Rien n’aura jamais plus le pouvoir de tourner les Rwandais les uns contre les autres. Cette histoire ne se répètera pas. C’est notre ferme engagement », a-t-il promis.

M. Kagame a appelé la jeune génération – les moins de 25 ans représentent 60 % de la population – à reprendre le flambeau. « Ils ont la responsabilité de prendre de plus en plus les choses en mains, et de participer à construire le Rwanda que nous voulons et méritons. »

Au bras de son épouse Jeannette, M. Kagame avait auparavant lancé les célébrations en allumant une flamme du souvenir au mémorial de Gisozi à Kigali, où plus de 250 000 victimes du génocide sont enterrées.

Dans l’après-midi, une marche du souvenir devait le mener avec ses invités vers le stade Amahoro (Paix, en kinyarwanda), où aura lieu une veillée.

M. Kagame lance les commémorations du 25e anniversaire du génocide en allumant une flamme du souvenir au mémorial de Gisozi à Kigali. (PaulKagame/Flickr)

« Part de responsabilité »

Ce stade, dans lequel s’étaient réfugiés en 1994 des milliers de Tutsi pour échapper, sous la protection de l’ONU, aux tueries, est souvent le lieu de crises traumatiques, appelées Ihahamuka, parmi le public bouleversé qui revit le drame.

À l’instigation du régime extrémiste hutu alors au pouvoir, le génocide a coûté la vie, entre avril et juillet 1994, à au moins 800 000 personnes, selon l’ONU, essentiellement au sein de la minorité tutsi, mais aussi parmi les Hutu modérés.

Le déclencheur du génocide a été l’assassinat au soir du 6 avril 1994 du président rwandais Juvénal Habyarimana, un Hutu. Le lendemain, les Forces armées rwandaises (FAR) et les miliciens extrémistes hutu Interahamwe ont donné le signal des massacres.

Encouragée par les autorités et les « médias de la haine », une partie de la population a prêté son concours à l’extermination, à coups de gourdin ou de machette, d’hommes, de femmes et d’enfants partout dans le pays.

Le carnage n’a pris fin que grâce à l’entrée le 4 juillet à Kigali de la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR), avec à sa tête un jeune chef militaire de 36 ans, Paul Kagame.

Les présidents du Tchad, Idriss Déby, du Congo, Denis Sassou Nguesso, de Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh, du Niger, Mahamadou Issoufou, ainsi que le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed ont assisté aux cérémonies.

Seul chef de gouvernement non-africain, le premier ministre belge Charles Michel, est venu exprimer le soutien de l’ancienne puissance coloniale. Reconnaissant les erreurs de la communauté internationale en 1994, il a dit parler « au nom d’un pays qui veut aussi assumer les yeux dans les yeux sa part de responsabilité face à l’histoire ».

Ouverture des archives

L’absence de chefs d’État ou de gouvernement de la sous-région a toutefois témoigné du relatif isolement dont continue à souffrir le Rwanda.

Sans dire qui il visait, M. Kagame a d’ailleurs lancé un message de mise en garde à ceux qui voudraient le défier. « À ceux ici ou en dehors qui pensent que notre pays n’a pas vu assez de désordre et veulent mettre le bazar chez nous […], je veux leur dire que nous mettrons le bazar chez eux encore bien plus », a-t-il menacé.

« Personne ne devrait sous-estimer quelle formidable force les Rwandais sont devenus en raison des circonstances », a-t-il souligné.

La commémoration s’est déroulée sans le président français Emmanuel Macron, qui a décliné l’invitation, officiellement pour des raisons d’agenda. Son absence est une déception pour les Rwandais, qui espéraient le voir exprimer des excuses de la France pour son rôle en 1994.

La France est accusée par le pouvoir rwandais d’avoir été complice du régime hutu responsable du génocide, voire d’avoir pris une part active aux massacres, ce qu’elle a toujours nié.

La polémique empoisonne depuis des années les relations entre les deux pays, même si elles sont meilleures depuis l’élection en 2017 de M. Macron. Le chef de l’État français a fait plusieurs gestes symboliques à l’attention de Kigali.

Il a annoncé vendredi l’ouverture à une commission d’historiens de « toutes les archives françaises » sur la période 1990-1994, un engagement pris en mai 2018 à l’issue d’une rencontre avec M. Kagame.

Et dimanche, tout en exprimant sa « solidarité avec le peuple rwandais et sa compassion à l’égard des victimes et de leurs familles », il a annoncé vouloir faire du 7 avril « une journée de commémoration du génocide des Tutsi ».