Ukraine: le triomphe de Zelensky ouvre une période d’incertitudes

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Volodymyr Zelensky sort du bureau de vote à Kiev, le 21 avril 2019. (AFP)
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Volodymyr Zelensky sort du bureau de vote à Kiev, le 21 avril 2019. (AFP)
Le comédien novice en politique Volodymyr Zelensky a remporté dimanche la présidentielle en Ukraine avec une majorité écrasante face au sortant Petro Porochenko, ouvrant une page riche en incertitudes pour ce pays en guerre aux portes de l’Union européenne.

Les messages de félicitations ont afflué des capitales étrangères, le président français Emmanuel Macron décrochant son téléphone, après la publication des sondages sorties des urnes attribuant à l’acteur et humoriste de 41 ans environ 73 % des voix au second tour contre 25 % pour son adversaire, un scénario encore inimaginable il y a quelques semaines.  

La Commission électorale va publier les résultats partiels officiels au fil de la nuit : avec 42 % des bulletins dépouillés, Volodymyr Zelensky recueillait 73 % des voix et son rival, 24 %.

Après avoir voté, Volodymyr Zelensky a brandi devant les dizaines de journalistes massés dans son petit bureau de vote son bulletin, violant le secret du vote, ce qui lui a valu de recevoir une amende, selon son service de presse.

Cinq ans après la révolution pro-occidentale du Maïdan, réprimée dans le sang, les Ukrainiens ont une nouvelle fois décidé de renverser la table, cette fois par une élection qui n’a pas manqué de coups bas mais s’est déroulée dans le calme et dans le respect des normes démocratiques.

« Je ne vous laisserai jamais tomber ! », a lancé aux Ukrainiens le vainqueur depuis son quartier général avant de s’adresser à « tous les pays de l’espace post-soviétique » : « Regardez-nous ! Tout est possible ! ».

Corruption et pauvreté

Le nouveau président a embrassé son épouse Olena à l’annonce des premiers résultats.

Nouvel épisode spectaculaire de la vague mondiale anti-élites, le raz-de-marée remporté par Volodymyr Zelensky, qui a promis de « casser le système » sans dévier du cap pro-occidental, donne la mesure de la défiance des Ukrainiens envers leur classe politique, dont Petro Porochenko est un vétéran.

A 53 ans, ce dernier paie les scandales de corruption incessants depuis l’indépendance en 1991, les difficultés économiques de l’un des pays les plus pauvres d’Europe, et son incapacité à mettre fin au conflit qui endeuille son pays.

Les défis sont immenses dans cette ex-république soviétique, confrontée à une crise inédite depuis son indépendance.  L’arrivée au pouvoir de pro-occidentaux en 2014 a été suivie de l’annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée et d’une guerre dans l’est avec les séparatistes prorusses qui a fait près de 13 000 morts en cinq ans.

Cette crise a largement contribué aux graves tensions actuelles entre la Russie et les Occidentaux, qui ont décrété des sanctions réciproques. L’élection d’un nouveau président inexpérimenté est ainsi suivie de très près par les chancelleries.

Les présidents français Emmanuel Macron et polonais Andrzej Duda ont été les premiers à téléphoner au comédien pour le féliciter, ont indiqué respectivement l’ambassadrice de France en Ukraine et la présidence polonaise.

« Vous serez maintenant vraiment un Serviteur du Peuple », a écrit sur Twitter le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt en référence à la série télévisée éponyme dans laquelle M. Zelensky joue un président ukrainien.

L’ambassade américaine à Kiev a également félicité Volodymyr Zelensky, disant vouloir « continuer un partenariat fort » entre les deux pays, alors que le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg s’est déclaré « impatient de poursuivre la coopération » avec Kiev.  

Le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk s’est félicité d’un « changement de pouvoir pacifique » promettant la poursuite du soutien de l’UE à Kiev.  

« Les citoyens ukrainiens ont voté pour le changement », a constaté le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Grigori Karassine, cité par l’agence Ria-Novosti. « Le nouveau pouvoir doit comprendre et réaliser les espoirs des électeurs ».

« Relancer » le processus de paix

Lors de sa première conférence de presse en tant que président élu, Volodymyr Zelensky a dit souhaiter « relancer » le processus de paix de Minsk et « arriver à un cessez-le-feu », en référence aux accords signés en février 2015 dans la capitale bélarusse sous l’égide de Kiev, Moscou, Paris et Berlin.  

Il a qualifié de « priorité numéro un » le retour dans leur pays de « tous nos prisonniers », notamment militaires. En novembre dernier, la Russie a capturé, après avoir ouvert le feu, trois navires de guerre ukrainiens avec 24 marins à leur bord au large de la Crimée.

Reconnaissant sa défaite, M. Porochenko a promis d’« épauler le nouveau président » pendant la transition. « Je quitte mes fonctions mais je veux souligner avec fermeté : je ne quitte pas la politique », a-t-il prévenu. « Le nouveau président aura une opposition forte, très forte. »

Le président sortant Petro Porochenko a assuré qu’il demeurerait en politique.

Si Volodymyr Zelensky disposera à la présidence de pouvoirs forts, notamment comme chef des armées, sa marge de manoeuvre pour prendre des mesures concrètes sera très limitée faute de majorité parlementaire. Des législatives ne sont prévues pour l’instant que le 27 octobre, présageant l’ouverture d’une nouvelle phase de luttes politiques.

Petro Porochenko était crédité par ses partisans d’avoir rapproché l’Ukraine des Occidentaux, redressé l’armée et évité une faillite de son pays, mais aucun haut responsable n’a été condamné pour corruption et le processus de paix semble dans l’impasse.