Le pire pourrait être passé de la vague de suicides qui a suivi l’Afghanistan, suggère un rapport

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(Archives/Vet Support Line)
Aujourd’hui, le ministère de la Défense nationale a publié le rapport de 2018 du médecin général sur la mortalité par suicide dans les Forces armées canadiennes, qui suggère que la vague de suicide ayant suivi le déploiement en Afghanistan pourrait maintenant être chose du passé.

Plus de 155 membres des Forces armées canadiennes se sont enlevé la vie depuis 2010, au cours de leur service ou après leur libération, un bilan aussi meurtrier, à trois décès près, que celui des 158 militaires qui sont morts en Afghanistan de 2001 à 2014.

Alors que les Forces armées canadiennes se sont montrées dans le passé réticentes à admettre l’ampleur du problème de suicides malgré des indices visibles et évidents, aujourd’hui, même si l’amélioration observée est ténue, le rapport en fait grand cas, comme si elle était l’indice que tout va mieux, même si, de leur propre aveu, les différences ne sont pas statistiquement significatives.

«Les antécédents de déploiement comme un éventuel facteur de risque de suicide paraissent être en déclin,», affirme le rapport de la Défense, tout en admettant que les données à l’appui de cette observation ne sont pas assez significatives pour en tirer une conclusion.

Certains pourraient se demander si, à la Défense, on n’a pas la fâcheuse manie de minimiser les problèmes, mais de magnifier les victoires, aussi fragiles soient-elles ?


VOUS N’ÊTES PAS SEULS

Programme d’aide aux membres des Forces canadiennes : 1 800-268-7708

Ligne d’information pour les familles de militaires : 1-800-866-4546

Ligne québécoise en prévention du suicide : 1-866-277-3553.

Appel d’urgence : 911


Anciens combattants Canada, pour sa part, a publié le même jour l’Étude sur la mortalité par suicide chez les vétérans 2018

«Le gouvernement du Canada doit fournir les meilleurs soins et le meilleur soutien possible aux membres des Forces armées canadiennes (FAC) et aux vétérans. Chaque suicide est une tragédie. Le suicide est une question complexe que nous prenons au sérieux, et le ministère de la Défense nationale (MDN), les FAC et Anciens Combattants Canada (ACC) continuent d’explorer les façons d’améliorer le soutien, les programmes et les services offerts aux membres des Forces armées canadiennes, aux vétérans, ainsi qu’à leurs familles.» , écrivent la Défense nationale et le ministère des Anciens combattants en introduction du communiqué qui annonce la publication des deux rapports.

Le rapport annuel du médecin général, publié depuis 2008, a pour objet d’améliorer la compréhension du suicide chez les membres actifs des FAC.

L’Étude de 2018 sur la mortalité par suicide chez les vétérans, deuxième rapport du genre publié par ACC, vise, elle, à améliorer la compréhension du suicide chez les vétérans.

Les conclusions de ces études et d’autres initiatives de recherche en cours sont destinées à soutenir la mise à niveau des programmes et des avantages qui, au bout du compte, amélioreront la santé et le bien-être des membres des Forces armées canadiennes et des vétérans, font aussi valoir le ministère de la Défense et celui des vétérans.

Le rapport sur la mortalité par suicides chez les membres en service actif

Fait étonnant, le rapport de la Défense affirme que les constatations les plus récentes révèlent que le taux de suicide chez les militaires ayant fait l’objet d’un déploiement pourrait être inférieur que chez ceux qui n’ont jamais fait l’objet d’un déploiement.

L’effet d’une meilleure prévention ? D’une conscience accrue du risque chez les proches après tout le battage médiatique autour de la question ? Les campagnes de sensibilisation visant à combattre la stigmatisation, les préjugés et à inciter les militaires aux prises avec un trouble de stress opérationnel à demander de l’aide ? Une interprétation erronée des données ? On ne sait pas.

Mais l’hypothèse que la couverture médiatique de ce problème qu’il y a quelques années à peine les Forces armées canadiennes tentaient de garder sous le boisseau ait pu favoriser cette amélioration, toute petite soit-elle, serait à examiner.

Quoi qu’il en soit, cette révélation va à l’encontre de la tendance sur dix ans (2005 à 2014) qui semble indiquer que les militaires ayant fait l’objet d’un déploiement présentent un risque accru comparativement à ceux qui n’ont jamais fait l’objet d’un déploiement.

Bien que l’écart observé n’est pas statistiquement significatif, admet le rapport, ces chiffres suggèrent que la tendance observée pendant le conflit en Afghanistan et à la suite de celui-ci semble bouger, déclare le rapport de la Défense, trop heureuse à la perspective de pouvoir mettre les années sombres de la vague de suicides chez les soldats de retour d’Afghanistan derrière elle.

Mais on aurait sans doute tort de se réjouir trop tôt.

Le rapport confirme aussi ce qu’on avait déjà constaté dans le passé, que les hommes de la Force régulière faisant partie du commandement de l’Armée de terre présentent un risque significativement plus élevé de suicide par rapport aux hommes de la Force régulière relevant d’un autre commandement.

En outre, bien que les taux globaux soient relativement élevés, le rapport prétend qu’il n’y a pas eu entre 1995 et 2017 d’augmentation statistiquement significative des taux globaux de suicide. Le nombre d’hommes de la Force régulière décédés par suicide n’était pas statistiquement plus élevé que le taux prévu en fonction des taux de suicide observés chez les hommes dans la population canadienne, note le rapport.

Ce que, par contre, le rapport ne dit pas davantage que les autres rapports semblables produits par la Défense nationale est qu’il reste quand même étonnant que des hommes jeunes, triés sur le volet, mieux encadrés que ne le sont les hommes dans la population générale et pouvant compter sur la camaraderie de leurs pairs, présentent un taux de suicide comparable à celui de la population canadienne où on retrouve un grand nombre de personnes vulnérables et isolés.

Sans doute le phénomène du «quand on se regarde on se désole, quand on se compare on se console» ?

Les taux de suicide chez les hommes vétérans culmine quatre ans après la libération

L’étude sur la mortalité chez les vétérans a quant à elle conclu que, chez les hommes vétérans, le risque de suicide culminait chez les militaires du rang subalternes à la libération et chez les militaires libérés de façon non volontaire.

Le risque de suicide diminuait avec l’augmentation de l’âge à la libération.

Chez les vétérans ayant effectué un service de classe C dans la Réserve, le risque de suicide était similaire à celui des vétérans ayant servi dans la Force régulière.

Les taux de suicide chez les hommes vétérans étaient à leur plus haut pendant les dix premières années suivant la libération et diminuaient pour rejoindre le taux observé chez les hommes canadiens vingt ans après la libération.

Le risque de suicide chez les hommes vétérans culminait environ quatre ans après la libération.

Chez les femmes vétérans, le risque de suicide était particulièrement élevé chez celles qui étaient libérées pour des raisons médicales. L’âge à la libération, l’âge au décès et l’élément constitutif n’étaient pas associés de façon statistiquement significative à un risque de suicide accru.

Chez les femmes vétérans, les taux de suicide étaient à leur plus bas pendant les dix années suivant la libération et ils étaient à leur plus haut pendant la deuxième décennie suivant la libération, après quoi ils diminuaient pour rejoindre ceux observés chez les femmes canadiennes vingt ans après la libération. Le risque de suicide chez les femmes vétérans culminait environ vingt ans après la libération.

Ces résultats fournissent des données probantes permettant de mettre en œuvre des interventions de prévention du suicide au-delà des premières années suivant la libération des Forces armées canadiennes et de faire en sorte que les activités de prévention ciblent tout particulièrement les MR, les vétérans libérés à un jeune âge et les vétérans libérés de façon non volontaire, conclut l’étude sur la mortalité des vétérans..

De plus, ajoute le rapport, les différentes tendances observées chez les femmes et les hommes au chapitre du risque de suicide en fonction de l’âge au décès, de l’âge à la libération et du temps écoulé depuis la libération constituent des données probantes robustes indiquant que les efforts de prévention et de traitement doivent tenir compte des divers profils de risque.

En bref, extrait du communiqué de la Défense

Depuis 1996, les FAC effectuent le suivi du taux de mortalité par suicide et rendent les résultats accessibles au public.

Les Services de santé des Forces canadiennes publient annuellement le Rapport sur la mortalité par suicide afin d’examiner les taux de suicide et la relation entre le suicide, les déploiements et d’autres risques potentiels de suicide.

Le rapport annuel de 2018 du médecin général sur la mortalité par suicide est une mise à jour couvrant la période s’échelonnant de 1995 à 2017. Entre 1995 et 2017, il n’y a pas eu d’augmentation statistiquement significative des taux globaux de suicide.

L’Étude sur la mortalité par suicide chez les vétérans est fondée sur le suivi des vétérans ayant été libérés des FAC entre 1976 et 2012.

En 2017, l’étude examinait le risque de suicide en fonction de l’âge et du sexe, de même que les tendances qui se sont dessinées au fil du temps. Cette année, l’étude examine en profondeur ces mêmes vétérans pour déterminer, entre autres, le risque de suicide selon la composante (Réserve ou Force régulière), le grade, l’âge au moment de la libération, les raisons qui ont mené à la libération, ainsi que les périodes après leur libération durant lesquelles les vétérans courent le plus grand risque de mourir par suicide.

On s’attend à ce que les conclusions de l’Étude sur la mortalité par suicide chez les vétérans 2019 tiennent compte des statistiques de 2013 et de 2014.

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