Apparence d’ingérence politique dans l’affaire Mark Norman: Justin Trudeau a des comptes à rendre aux Canadiens

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Justin Trudeau vs Mark Norman. (45eNord.ca)
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Justin Trudeau vs Mark Norman. (45eNord.ca)
Décidément, les libéraux sont devenus maîtres pour créer des scandales de corruption et d’influence politique. Alors que nous ne sommes toujours pas remis du tsunami de l’affaire SNC-Lavalin, voilà que Justin Trudeau et son entourage récidivent avec l’histoire du vice-amiral Mark Norman.

Toute cette affaire est digne d’un roman d’espionnage ou militaire de la Seconde Guerre mondiale. Sauf que cette histoire se déroule au Canada, un pays respectant supposément l’état de droit, les libertés et la justice, et non pas dans les années 1940, mais bien entre 2016 et 2019. Du jamais vu dans l’histoire militaire canadienne qu’un officier amiral, le second dans la hiérarchie des Forces armées canadiennes, soit poursuivi au criminel pour « abus de confiance » pour avoir supposément transmis des renseignements confidentiels du cabinet de Justin Trudeau au chantier maritime de la Davie situé à Lévis au Québec en lien avec un important contrat naval.

Dans l’espace de très peu de temps, le vice-amiral Mark Norman, un officier médaillé, au parcours sans tache, devenait la honte de tout le système militaire et du gouvernement fédéral. Il a été suspendu de ses fonctions et après une enquête de la GRC, il était, à l’hiver 2018, officiellement accusé en justice criminelle.

Mark Norman a toujours clamé son innocence dans cette affaire criminelle.

Prenez le temps d’imaginer ce que cet homme, qui a donné sa vie au service du Canada, a subi pendant tous les mois de cette affaire. Sur le plan financier, ce cauchemar lui a coûté 500 000$ de sa poche et sur le plan personnel et familial, la pression fut sans aucun doute très lourde à soutenir. Aujourd’hui, la suspension des accusations le délivre sans doute de certains stresseurs, mais ne vient pas réparer les impacts sur sa réputation et les dommages qu’il a subis pendant cette période. Le vice-amiral Mark Norman doit réintégrer dans l’immédiat le poste de vice-chef d’État major de la Défense qu’il occupait avant cette affaire. Rien de moins ! De plus, des excuses publiques de la part de Justin Trudeau seraient la moindre des choses. 

En regardant objectivement la séquence des événements de l’affaire Mark Norman, plusieurs éléments semblent indiquer qu’il y a eu de l’ingérence politique de la part de Justin Trudeau et de son gouvernement.

L’histoire s’amorce avec l’ex-président du Conseil du Trésor et député de la circonscription de Kings-Hants en Nouvelle-Écosse, Scott Brison, qui a tenté de s’ingérer dans un contrat naval par de nombreuses interventions. Scott Brison a démissionné soudainement en janvier 2019 pour des raisons familiales.  

Justin Trudeau est celui qui a demandé à la GRC de procéder à une enquête suite à la fuite des informations émanant du cabinet. Avant même que la GRC complète son enquête, Justin Trudeau a laissé entendre, en avril 2017, que cette affaire « se terminera probablement devant les tribunaux, et c’est pourquoi je ne ferai pas plus de commentaires ». Justin Trudeau l’a mentionné une autre fois avant que les accusations soient portées en février 2018 en disant que l’enquête de la GRC « se dirigera inévitablement vers des procédures judiciaires ».

Les noms Michael Wernick (ex-greffier du Conseil privé qui a « pris » sa retraite en plein cœur du scandale de SNC-Lavalin), de Gérald Butts (ex-secrétaire principal et ami de longue date de Justin Trudeau qui a démissionné en raison du scandale de SNC-Lavalin), et de Katie Telford (chef de Cabinet de Justin Trudeau) sont associés au scandale de SNC-Lavalin et à l’affaire Mark Norman. Toutes ces personnes sont intervenues dans ces deux scandales, de différentes manières, à un moment ou un autre.  

Les dés semblaient pipés pour le vice-amiral Norman qui a été la victime d’une véritable chasse aux sorcières moderne. En fait, lorsque Justin Trudeau et son entourage se sont faits prendre à tenter de l’ingérence politique dans le contrat naval, Mark Norman est devenu la cible de choix pour porter le blâme.

Conférence de presse du vice-amiral Mark Norman et de Me Marie Henein. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Lors de la conférence de presse suivant la suspension des accusations, l’avocate du vice-amiral Norman, Marie Heinen, a été très claire sur le fait que le gouvernement de Justin Trudeau a catégoriquement refusé de fournir à la poursuite et à la défense pendant six mois de nombreux documents essentiels à la cause. D’ailleurs, ce sont ces mêmes documents gardés secrets par Justin Trudeau et son entourage qui ont fait en sorte que les accusations ont été suspendues.

Pourquoi Justin Trudeau a-t-il refusé de soumettre les documents demandés? Mystère et boule de gomme ! Soyons francs, ça ne sent pas très bon cette affaire ! Le procès devait s’amorcer en août 2019, quelques jours avant le déclenchement de la campagne électorale pour les élections du 21 octobre.

Pour ce qui est de Justin Trudeau et de son entourage, ils doivent des réponses claires et sans équivoque aux Canadiens. Sans réponses claires, toute cette affaire porte à croire que Justin Trudeau cachait délibérément des preuves pour maintenir la poursuite factice et motivée par des raisons politiques contre Mark Norman. Marie Heinen n’a pas mâché ses mots en affirmant : « On peut être d’accord ou non avec ce qui se passe devant un tribunal, et c’est très bien. Mais ce qu’on ne peut pas faire est de pointer quelqu’un du doigt et de tenter de  faire pencher la balance de la justice. Ça ne devrait pas se produire. »

Maintenant, le vice-amiral Norman ne devra pas subir de procès et devrait réintégrer les Forces armées canadiennes dans un avenir très rapproché. Cette réintégration présente certains défis importants. Il risque d’y avoir un certain froid entre le vice-amiral Norman et le général Vance qui fut directement impliqué à titre de chef d’État-major de la Défense. Je ne serais aucunement surpris que Mark Norman poursuive le gouvernement fédéral en raison des dommages liés à toute cette affaire.

En terminant, la suspension des accusations ne met pas un terme à cette histoire! Bien au contraire, elle amène des questions supplémentaires qui doivent être élucidées.

Deux choses sont claires. Premièrement, cette affaire laisse un très mauvais goût en bouche pour Mark Norman, pour les Forces armées canadiennes et pour les Canadiens. Deuxièmement, Justin Trudeau a des comptes à rendre à la population canadienne, car ses comportements et ceux de son entourage viennent remettre en question l’indépendance de notre système de justice.

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